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Zola or not Zola ?

Publié le 06 décembre 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

«Je hais les railleurs malsains, les petits jeunes gens qui ricanent, ne pouvant imiter la pesante gravité de leurs papas.»

Émile Zola - « Mes haines »

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Merci monsieur Émile de me fournir l'entrée en matière de mon texte sur votre oeuvre, je trouve qu'elle souffre effectivement d'une pesante gravité (pléonasme ?) et d'un esprit de sérieux pénible, je prend donc le risque de passer aux yeux de votre fantôme pour un railleur.

En ce moment, on parle beaucoup de l'auteur de « V'accuve », ainsi que l'appelait un critique littéraire dont la lecture est encore infréquentable de nos jours, il l'était déjà plus ou moins de son temps, Léon Daudet, qui moquait méchamment le défaut d'élocution dont souffrait Zola, qui zézayait, ce qui est somme toute logique, Daudet fils brûlait l'écrivain qu'il avait adoré toute sa jeunesse et finit par le surnommer « le grand fécal ». Dans un article d'une revue pour djeuns cultivés, je lis que les critiques étaient jaloux des tirages des livres de cet auteur, qui fut un des premiers meilleurs employés fournisseurs de « best sellers ». Il rappelait à chacun parait-il sa bonne fortune en la matière. Maintenant il est curieux que Zola soit défendu actuellement par les mêmes qui détestent les « best sellers ».

Cela me rappelle cruellement un peu plus, ces articles et ouvrages autour de Zola, ce que j'endure à cause de cet écrivain.

Je souffre en effet d'un gros défaut, d'un énorme handicap littéraire, parmi tous les autres diront les esprits chagrins, je n'aime pas du tout Zola, j'en ai lu d'abord deux livres : « la Faute de l'abbé Mouret », lu au collège comme tout bon potache inhibé et obsédé surtout pour l'histoire d'adultère que la quatrième de couverture promettait croustillante et brûlante, alors qu'elle ne choquerait pas maintenant un enfant de choeur même de messe tridentine qui en a vu d'autres et sait que la chair est faible sans avoir lu tous les livres, et j'avais lu aussi « Germinal », en lecture scolaire obligatoire, dont j'aime bien cependant les descriptions de la mine, et suis allé jusqu'à la page 61 de « La Débâcle » en livre de poche sans pouvoir jamais aller plus loin. J'avais lu aussi quand même entre deux « Au bonheur des dames » à cause du film de Renoir infiniment plus humain et doté de plus de chair et de coeur.

Ce n'est pas faute d'essayer, je lis une phrase, puis deux, et ça me paraît tellement pompeux, socialement didactique et amphigourique, que je décroche. Le soleil n'arrête pas de faire des « gerbes d'or », que l'on soit au-dessus de Paris ou de la campagne d'Ile de France, ce qui devient vite lassant.

Je n'y arrive pas.

C'est mal je sais, selon la correction littéraire actuelle, cet auteur est une icône inattaquable, indéboulonnable.

Lire Zola je comparerais cela à regarder la tête de la Gorgone en face, pour moi c'est une Gorgone Zola (je sais, il fallait oser, mais il fallait bien placer ce jeu de mots, je m'en serais voulu de ne pas). Je ne lui reproche pas sa crudité, je ne lui reproche pas même ses opinions, quoique souvent on puisse lui reprocher d'avoir sur le prolétariat et les petites gens le regard froid et méprisant d'un grand bourgeois comme les autres, fût-il « de progrès ». On remarque d'ailleurs que Lantier dans « Germinal », celui qui fera prendre conscience aux mineurs de leurs souffrances, et d'une révolte nécessaire, est montré comme malgré tout issu de la bourgeoisie selon la généalogie imaginaire de la famille des Rougon-Macquart, même si c'est un paria pour les bourgeois. Zola considère ses créatures plus comme des archétypes sociaux tendant à démontrer que sa vulgate idéologique est meilleure que celle du voisin, et non comme des êtres humains à part entière, capables de réflexion et d'intelligence. Et « L'Assommoir », par exemple, c'est un peu comme les films éducatifs des années 30 : « l'alcoolisme ça entraine ça, et puis ça, et puis il y a aussi ça comme conséquences etc... ».

On essaie d'éduquer le bon peuple, de faire son bonheur en suivant la bonne parole. C'est de la littérature positiviste parfaitement en phase avec l'essor du capitalisme qui marchandise tout, qui veut que tout soit performant, y compris les choses de l'esprit.

A Zola, Je préfère l'esprit de dérision de Flaubert, que l'on peut cataloguer si on veut dans les « sales types » pour cela, car il mène à plus de lucidité sur les êtres humains, leurs prétentions et leur médiocrité, mais aussi sur les sentiments dont ils sont capables, parfois, de faire preuve avec profondeur. Et que l'on devrait se méfier un peu plus quand ceux-ci s'embarassent de grands mots ou se préoccupent de devenir des phares de progrès pour l'humanité, ce qui sous-entend donc que selon eux ils n'en font plus partie. Zola se serait certainement bien entendu avec Bouvard et Pécuchet.


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