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Il était deux amis...

Publié le 18 janvier 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

Il était deux amis qui s'étaient rencontrés au mariage d'un troisième.

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Dés la première phrase, ils avaient senti quelque chose de fort, et ce malgré la virulence de leur hétérosexualité virulente qui les avaient sans aucun doute empêché de se demander en mariage à ce moment-là. Ces affinités électives, on les ressent de suite avec ceux que l'on aime ensuite. Bernanos appelait ça la « communion des saints », cette espèce d'empathie instantanée, de complicité qui n'a plus besoin des mots. Avec ceux dont on sait qu'ils seront toujours là au fond du coeur.

Peut-être ne le sentaient-ils plus car ils étaient désormais fâchés et apparement irréconciliables.

Tous les deux partageaient beaucoup de choses, la première étant un amour immodéré pour la littérature, quitte à croire que celle-ci était autant importante si ce n'est plus que la vie.

Ces choses qu'ils appréciaient n'étaient plus du tout à la mode ou dans le vent du troupeau, des indignations sélectives, de l'humanitarisme vague, bien comme il faut ainsi qu'il convenait d'être en ce triste début de siècle : la beauté des filles, boire du bon vin, en parler, les films « de genre » trasngressifs, déguster des plats pas très hygiéniquement corrects, lire des auteurs mal vus par le troupeau qui subissait sans broncher la dictature de la gentillesse « über alles » dans les médias, les films, les journaux, les auto-fictions à la mode, les pubs pour les couches-culottes.

Critiquer, remettre en question les lieux communs totalement arbitraires qui se pratiquaient, ne pas suivre les mêmes rails que les autres, ne pas accepter l'allégeance au pouvoir du tout économique, c'était effectivement considéré comme ne pas être gentil, être jaloux de quelque chose, forcément, être aigri. Cela chatouillait les complexes sociaux encore vivaces. Et Internet ne faisait que raviver ceux-ci, le réseau étant devenu la providence de quelques crétins qui y trouvaient matière à se défouler de leurs frustrations diverses et variées.

Il n'y avait plus de nécessité réelle de montrer de la sensibilité, de l'affectivité et de l'empathie pour les autres, le plus important était de faire semblant, de les surjouer, de pleurer à chaudes larmes en étreignant le voisin (le mieux étant de le faire en direct à la télévision).

Cela avait été révélé par la réactualisation des « zoos humains » que l'on appelait du nom fallacieux « télé-réalité », fallacieux car plus rien n'y était vrai.

Tous les deux partageaient le même desespoir devant la sottise absolue des aspirations de leur époque. Ils savaient bien que la nature humaine, l'homme, ce primate lamentable plus proche de la violence du chimpanzé que de la douceur du bonobo, est pitoyable, et qu'elle recherche surtout la satisfaction de ses désirs, de son avidité, de son appât du gain dût-elle se parer des meilleures intentions.

L'un d'eux n'hésitait pas à se laisser aller à ses émotions, au flot de sentiments qu'il ressentait, de la haine à l'amour fou, tandis que l'autre avait peur de ressentir, et portait aux nues la rationnalité dont pourtant il ne faisait pas souvent preuve.

Le premier s'il était ironique souvent n'était pas un type caustique et cynique comme le deuxième qui ne croyait en rien sauf en Dieu, et pour qui rien n'était vraiment réel hormis l'amour, l'amitié, l'affection donnée et reçue.

Bien sûr, il n'était ni cynique, ni caustique, mais essentiellement un hyper-émotif qui s'était construit une cuirasse pour se protéger du monde extérieur.

Ce qui les différenciait est que l'un d'eux était persuadé, voulait croire plus que tout que l'on pouvait changer la société en en changeant les fondements de manière radicale quitte à en passer par « l'impôt du sang » pour les peuples. Trouver de nouveaux fondements au monde pour qu'il soit moins inique, c'était mettre en oeuvre la théorie marxiste. Des affrontements contre les pouvoirs économiques en place naîtrait ainsi l'harmonie sur terre.

Tandis que l'autre était à peu près sûr que ça ne changerait jamais rien du tout. Ce n'est pas qu'il doutait de la possibilité des utopies et de leur réussite potentielle, mais un bonheur imposé, même pour le bien de l'humanité malgré elle, est un bonheur insoutenable.

Du fait de la nature humaine justement, on ne peut forcer les êtres humains au bonheur et à la concorde. Décider que la pauvreté est abolie, tout comme les privilèges, d'un trait de plume, c'est un rien futile.

Il songeait souvent à l'exemple de l'utopie de Jean de Leyde, un temps ce fut effectivement comme le paradis sur terre, puis les passions humaines l'emportèrent et tout finit dans un bain de sang. Il croyait que la nature humaine était irrémédiablement marquée par le mal auquel elle se laissait souvent aller.

Au fond, ces deux amis étaient deux naïfs, ou deux idéalistes, car le monde continuait sans eux, ainsi que la comédie politique, qui satisfait le bon peuple tant qu'il peut continuer à consommer toutes les choses inutiles qu'ils convoitent quand ils les voient à la télévision ou qu'il déambule dans les allées des supermarchés géants, ces cathédrales dérisoires des temps modernes. Ainsi est la politique qui n'a plus que très peu d'influence, raillée, discréditée, plus personne n'en veut. Alors qu'elle n'a finalement jamais eu autant d'importance, que l'on soit d'un côté ou l'autre de la rive.

BD extrait de "M le Ministre"


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