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Mélody a le blues – les vingt ans de la mort de Gainsbourg

Publié le 07 février 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

dédié à une ou deux Mélody que j'ai bien connu
Extrait de « les goémons » de Gainsbourg
« Algues brunes ou rouges
Dessous la vague bougent
Les goémons
Mes amours leur ressemblent,
Il n'en reste il me semble
Que goémons... »
La suite des paroles
gainsbourg02.jpgMélody pleure parfois le soir dans son grand loft chic et très parisien tout en miroirs et en papiers peints géométriques, elle se souvient de Gainsbourg, mort il y a vingt ans, qui a passé sa carrière à migrer du Docteur Jekyll à Mister Hyde, pour faire suer le bourgeois ou l'épater. Mélody est devenue une bourgeoise, même si elle n'en pas le sentiment comme elle dit souvent. Car aujourd'hui, ce n'est pas le réel qui compte, c'est ce que l'on ressent, ce que dit le nombril au cerveau.
Mélody a été successivement une « Lolita Lollypop » avec des mini-jupes qui faisaient se retourner les vieux messieurs égrillards dans la rue, puis une femme de pouvoir et d'affaires aux dessous chics.
Elle voulait refaire le monde, elle rêvait de pays où l'on pratique le « cargo-culte ». Elle rêvait de barricades et d'un grand amour, et pourquoi pas d'un genre de prince charmant révolutionnaire avec qui elle aurait fait l'amour sous les banderoles.
Elle a aimé quelques hommes à tête de chou qu'elle quittait très vite, car ce n'était que des fumeurs de gitanes. Pour se consoler, elle écoutait en boucle les disques de Gainsbourg-Gainsbarre, celui qui aimait bien les « petites pisseuses », un peu trop. Maintenant encore, elle continue.
Les hommes qu'elle fréquente n'aiment pas ce chanteur, ils le trouvent trop négatif, trop critique. Quand elle était plus jeune, ceux avec qui elle trompait son ennui la désiraient justement parce qu'elle ressemblait aux lolitas boudeuses des chansons de Gainsbourg. C'est ce qui les fascine toujours, rien à avoir avec l'écriture.
Et puis pour eux le défaut suprême c'est quand même sa barbe de trois jours permanentes.
Toute une époque perdue, paumée, envolée ! Comme les cendres d'un havane au vent mauvais de la nostalgie mal placée...
Maintenant, n'importe qui peut se prendre pour Victor Hugo ou Émile Zola et raconter sa vie en s'imaginant que ça a un intérêt.
Maintenant, les chanteurs chantent tous la banalité, les petits ennuis et tracasseries ordinaires des adolescents qu'ils sont resté, même s'ils ont dépassé depuis longtemps la date limite de consommation.
Ou bien ils font dans le social et ils slament, sans voir la poésie du béton.
Sauf un peut-être, qui voit le tragique et le grotesque aux mêmes endroits que Gainsbourg, Benjamin Biolay et mieux, Arnaud Fleurent-Didier à qui Gainsbarre n'a pas besoin de sussurer que la vie est un songe et les prétentions des primates humains des broutilles sans grand intérêt.
Des types classieux habillés comme des clochards, sentant comme des clochards et fumant le même genre de tabac gris. Ce n'était pas grave de ne pas être trouvé très beau ou très élégant, ça n'avait guère d'importance.
Mélody pleurniche comme Jane B. dans « Je suis venu te dire que je m'en vais », mais elle c'est quand le disque est terminé. Elle pleurniche mais s'enferme dans le confort ouaté de sa vie de femme qui a réussi une belle carrière.
Elle va encore se faire avoir et entretenir le filon Gainsbourg qui dure depuis vingt ans, en achetant la nouvelle intégrale qui vient de sortir, et le CD d'inédits chantés par ses premières interprètes féminines, ils ont d'ailleurs oublié d'y mettre « les Goémons » fredonné par Michèle Arnaud qui sera la première à faire confiance à ce type renfermé, aux oreilles décollés, à la diction hésitante et aux fulgurances inouies dés qu'il se met à écrire des chansons. Ceux qui entretiennent le filon sont des petits jeunes gens réalistes et ricaneurs dont le cynisme n'a pas l'élégance de celui du chanteur. C'est le cynisme du profiteur, du ventre gras quand les autres meurent de faim, du coq de village sans dignité, du trafiquant de marché noir bien content de tout garder pour lui.
Mélody en a croisé quelques uns comme Gasinbourg dans des cafés enfumés de Montmartre ou du faubourg Saint Antoine, de ceux préservés de l'invasion des bourgeois bohèmes, un genre d'endroits devenu très rare dans Paris où les prolos se mélangent aux richards, ceux qui assument, ceux qui ne veulent pas, ou encore dans des caboulots bruyants qui ressemblent à ceux qu'il y a dans les souks au pied de Ménilmontant, elle se souvient de ces types qui ressemblaient au « petit lulu » devenu Serge, peintre qui se trouvait médiocre qui se lança dans la chanson comme on se lance dans une auto-destruction méthodique, une entreprise de démolition des sentiments trop mièvres.
Mais ce genre d'hommes fait partie des emmerdeurs qui passent leur temps à tourner le monde entier en dérision et ne rien prendre apparement au sérieux, même pas leurs sentiments.
Il faut dire qu'il le mérite bien, le monde, qu'on se moque de lui, des préjugés, des lieux communs, de l'hygiénisme pour le corps et l'esprit. Quand on sait que rien que le fait de griller une gitane devient une transgression, ça fait réfléchir se dit Mélody.
Alors que Mélody, elle, aimerait bien refaire le monde.
Il suffit de peu pense-t-elle.
Elle ne voulait pas vivre avec des inadaptés chroniques, incapables de docilité ou de se plier à la bienséance à la mode dans le troupeau. Elle a vécu avec une femme parce que au fond c'était plus confortable, plus facile, et dans son milieu ça avait un air tellement libéré.
Mélody au fond restait une adorable petite conne qui voulait être sage comme une image et faire plaisir à sa Maman et son Papa.
Maintenant, c'est malin, elle pleure amèrement.
Elle est en colère.
Qu'ils aillent se faire voir tous les hommes mal rasés qui aligent des mots et se donnent un genre ! Tous des emmerdeurs magnifiques ! Elle se demande si c'est si mal de vouloir s'intégrer au reste du monde, ressembler aux autres. Un écrivain, une femme, Yourcenar, l'avait écrit certes : « Je ne vis pas comme eux, je n'aime pas comme eux, je ne ressens pas comme eux, je mourrai comme ils meurent ».
Et Mélody de réécouter encore et encore « Mélody Nelson »...

ci-dessous Michèle Arnaud chante "les Papillons noirs"


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