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L'endogamie du milieu littéraire : une consanguinité qui ne dit jamais son nom

Publié le 02 mars 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

Le petit monde des « gendelelettres » en France

C'est un petit monde consanguin, largement endogame, très hypocrite.

(Sur la photo, prise ici, sur le site de "l'Express", quelques géants portraiturés sur le mur, et leurs descendants plus petits)

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Cela a toujours été comme ça me dira-t-on. C'est un petit monde où l'on se trompe souvent pour reconnaître les talents, ce n'est certes pas nouveau depuis Proust ou Céline, qui ont été rejeté par le milieu littéraire des « gendelettres », alors que l'on sait bien que ce sont deux des très grands écrivains du vingtième siècle (notons d'ailleurs qu'ils ont été d'abord reconnus par des critiques de l'époque maintenant « infréquentables » pour leurs opinions, dont Léon Daudet, qui était d'Action Française, en particulier, découvreur également d'André Gide, pourtant aux antipodes de ses opinions politiques).

Dans ce milieu on se classe aussi par « engagements affichés » et pseudo-inimitiés irréconciliables pour les médias, alors que tout le monde, que l'on y soit de droite ou de gauche, se connait bien, se tutoie, se fréquente, y compris « bibliquement ». La fréquentation « biblique », pour rester pudique, est d'ailleurs un bon moyen pour la plupart des directeurs de collection de recruter leurs stagiaires, semble-t-il.

Cette endogamie qui a toujours existée semble s'aggraver depuis quelques années, ainsi que le décrit ce livre de Pierre Jourde, "La littérature sans estomac", qui en écrivit d'autres sur le même sujet avec Éric Naulleau, dont "Petit déjeuner chez Tyrannie" qui montre le pouvoir écrasant de quelques personnes sur le monde de l'édition en France.

Il y a une hiérarchie dans ce milieu, qui est par son endogamie, une grande famille à problèmes :

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Les géants, très rares, les rois et les reines, ceux qui s'affirment tels et ceux qui le sont vraiment, les princes et les princesses, rares aussi et même remarque que précédemment, et une multiplicité de roitelets et de princesses d'opérette. A des postes non sans attrait financier, on retrouve souvent la nièce ou le neveu d'untel, notable culturel ou politique, sans se soucier de savoir si le talent se transmet génétiquement ou pas, ce qui n'est pas le cas de manière fréquente on le sait.

Sur le photo deux roitelets, photo prise ici sur le site du Point.

Et sans oublier deux catégories de plus en plus répandues depuis quelques années :

Il y a le « people », parfois « fils ou fille de » littérateur (telle Justine Lévy ou Alexandre Jardin), ce qui croit-il/elle, lui donne une légitimité littéraire; qui croit bon de raconter ses coucheries ou son addiction à telle ou telle substance prohibée dans un livre qu'il fait la plupart du temps écrire à un autre.

Le « people » ou assimilé opportuniste se montre de plus en plus friand de se faire publier en ce moment, ainsi Constance Meyer, « dernier amour » de Gainsbourg, qui sort son livre, (est-ce étrange ?), en ce moment.

Et l'on trouve de plus en plus le génie méconnu, espèce de plus en plus répandue sur Internet.

Cette dernière catégorie est nuisible, car elle peut empêcher de discerner les vrais talents écrivant sur le réseau, les cachant derrière une forêt de blogs sans intérêt, souvent se voulant sans concessions, trash et drôlement révoltés (ce sont leurs auteurs qui le disent).

Le génie méconnu sur Internet crie toujours au scandale quant à son manque de reconnaissance, mais souvent c'est juste parce qu'il est nul. Il a cependant parfaitement raison quant à la consanguinité du milieu culturel.

Il y a d'ailleurs des moyens d'être coopté par ce milieu :

Les fayots qui frappent aux portes des rois, reines, princes et princesses et des roitelets de l'édition sont légions, ils fayotent avec plus ou moins de grâce, plus ou moins de talent. Pour les fayotes qui disposent d'un décolleté attirant ou de jolies jambes, c'est beaucoup plus facile, il suffit de le mettre sous l'œil d'un roitelet, d'un prince ou d'un roi des « gendelettres » et c'est dans la poche si on l'émoustille un peu, la jolie fayote se verra proposer une chronique dans une émission littéraire (même si elle n'a jamais ouvert un livre de sa vie) ou dans telle ou telle publication.

Pour le fayot qui ne dispose pas de ce genre d'« arguments », c'est un peu plus difficile.

C'est un travail de longue haleine. Il faudra beaucoup de cirage, ou beaucoup de salive, et tout dépendra du bon plaisir du roitelet qui aime bien se sentir flatté sincèrement, il détectera très vite les mauvais acteurs en ce domaine, car il a beaucoup de sensibilité sur la question, lui-même étant parfois un ancien fayot.

Dans ce cas, il ne se souciera pas exactement du vrai talent du fayot, qu'il trouve intéressant car l'autre le flatte.

Il demande surtout à ce que l'on continue à l'encenser.

On disait avant que les français étaient un peuple d'écrivains, un peuple plus littéraire, cela semble moins vrai. Dans ce peuple, on goûte moins les romans, l'imaginaire, et la fiction, on préfère les pseudo-témoignages, et les livres se voulant sérieux, alors qu'ils sont finalement beaucoup plus faibles que de nombreux romans.

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L'écrivain y est plus moins perçu comme un malade à psychanalyser, surtout s'il ose aller à contre-courant mais réellement à contre-courant, et non comme cette jeune femme écrivain, Julie Wolkenstein, retraduisant « The great Gatsby » de Fitzgerald » selon l'air du temps, pour P.O.L, qui publie également Marie Darrieusecq, voir photo ci-contre avec Camille Laurens, un autre de ces « fait de gloire », en oubliant que justement la grandeur de ce genre de livre est de ne pas être dans l'air du temps, d'être au premier sens du terme intemporel.

Je ne parle pas de ces génies méconnus qui ne rêvent finalement que d'une chose du haut de leurs fausses révoltes et de leurs postures faussement rebelles : passer à la télévision, un peu comme ces jeunes actrices que l'on a vu surjouer l'émotion pendant la cérémonie des « Césars » (et bien sûr, en plus de passer en « prime-time », gagner beaucoup d'argent aussi).

Le tout est perdu pour la littérature qui devient un autre moyen de faire beaucoup d'argent en faisant de l'émotion brutale et spectaculaire une source de revenus. Il y eut des initiatives pour essayer de casser ce phénomène, ainsi « Zazieweb » d'Isabelle Aveline, qui proposait une réelle alternative aux circuits habituels de promotion des livres, qui créa « le prix de la Petite Édition » pour faire connaître les « petites » maisons d'édition, et qui mettait en avant d'autres ouvrages que ceux mis en valeur dans le milieu des « gendelettres » ou dans les médias.

Par lassitude face à l'inertie des institutions culturelles, publiques et privées, elle dût fermer boutique en 2008.

Il y a aussi les initiatives d'éditeurs « numériques » comme Alain Jamot, mais le public ne suit pas encore, restant grégaire et achetant en priorité en édition numérique des livres déjà « best-sellers » en éditions « papier ».

Ci-dessous une interview littéraire comme on aimerait en voir plus souvent


Pierre Desproges, chroniqueur littéraire
envoyé par FrenchCarcan. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.


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