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Dieu, l'être et le néant et le coaching de vie

Publié le 28 mars 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 « Sans répondre, Charley prit un des pamphlets, tourna les pages et commença à lire à haute voix :

- La mesure d'un homme n'est pas son intelligence. Ce n'est pas la manière dont il s'élève dans l'appareil dément du système. La mesure d'un homme est ceci: à quelle vitesse est-il capable de réagir aux besoins d'un autre être ? Combien peut-il donner de sa personne ? Dans le don véritable, il ne faut attendre aucun retour, ou du moins...

- Je connais, fit Nick. C'est en donnant qu'on reçoit quelque chose. On rend service à quelqu'un, à l'occasion il vous rend la politesse. Ça coule de source.

- Ce n'est pas un don ça. C'est un troc. Écoutez ceci: Dieu nous enseigne...

- Dieu est mort. On a retrouvé sa carcasse dérivant dans l'espace du côté d'Alpha en 2019. »

Dans « Message de Frolix 8 » de Philip K. Dick (lien dickien)

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« Dieu est mort » a proclamé un philosophe (voir à ce lien), à moins que ce ne soit un curé de village. Cela a fait les gros titres il y a un peu plus d'une quarantaine d'années, « Time Magasine » l'a même mis en une en 1966 (voir illustration et lien par ici). Il faut dire que cela faisait une belle accroche journalistique. Dieu était mort, la consommation l'avait tué, il n'y a plus besoin de réfléchir aux fins dernières, de se soucier de quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin au salut puisque l'essentiel étant de se soucier du présent.

Évidemment, comme tous les deuils il laisse un vide, ou comme dans un divorce, car c'est aussi un divorce, et dieu est parti, semble-t-il, avec tous les meubles ne laissant pas grand-chose pour combler le vide, à part un vague humanitarisme béat qui ne va pas mener très loin : en gros, il faut être gentil avec tout le monde, et ne pas faire trop mal aux autres.

Il y eut aussi de petits malins, dés cette époque, pour s'improviser « coach de vie » voire gourou, ce qui revient somme toute au même : vendre du vent aux naïfs en leur donnant l'illusion qu'ils contrôlent leurs vies. Le « coaching de vie » c'est la spiritualité sans le sens de l'autre, la philosophie sans l'intellect. Tout le monde peut s'improviser « coach de vie » bien sûr, à la condition évidente d'avoir un peu de bagoût.

C'est un peu comme les donneurs de conseils diététiques qui pensent pouvoir le faire car comme tout un chacun ils ont besoin de manger, oubliant que comme tout le monde il peut leur arriver de grossir.

Cela permet à des chanteurs ou des écrivains minables (comme un certain Claude Vorilhon devenu Raèl, qui fait maintenant dans le messianisme inter-galactique, ou comme L.Ron Hubbard créateur de la scientologie) mais à l'ambition démesurée de connaître enfin le succès qu'ils s'imaginent mériter, de faire de l'argent et de faire des conquêtes féminines.

Pour un gourou, c'est facile, il suffit qu'il prône la polygamie obligatoire pour ses ouailles.

Le « coaching de vie » favorise le narcissisme, le nombrilisme, consiste à flatter l'égo du « coaché » en lui parlant surtout de lui, selon l'adage qui veut que « Parlez moi de moi y'a que ça qui m'intéresse ».

Le psychanalyste, s'il est peu scrupuleux, peut s'improviser « coach de vie » également, ce qui lui assure un revenu confortable. Bien sûr, ces praticiens sans trop de morale valent bien ceux qui prodiguent les conseils de psychologie sans être compétents une seconde, et qui auraient besoin eux-mêmes le plus souvent d'un homme, ou d'une femme, de l'art. On remarquera d'ailleurs la lubie étrange chez les « anti-psys » de tout psychanalyser. On rappellera également que pour Freud ou Lacan par la suite, le psychanalyste n'est pas un directeur de conscience mais peut les aider néanmoins ses patients à se libérer de ce qui leur pèse, ou de ce dont il souffre.

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Finalement, le « coaching de vie » est de l'anti-psychologie et un acte manqué de la plus belle eau.

Je ne parle pas de cette anti-psychologie-là qui est une autre théorie de « coaching de vie » à vocation globalisante comme le sont toutes les idéologies nées à notre belle époque moderne et de progrès, le dogme inattaquable par excellence, que ce soit à droite et à gauche.

Plutôt que de se prendre en main réellement, le « coaché » préfère aligner les lieux communs et croire en deux ou trois fariboles qui font plaisir à dire, et lui permettent de pleurnicher sur son sort, et surtout pas de faire un effort de réflexion sur lui-même (elle-même). Le gigantesque « café du commerce » que peut devenir parfois Internet permet de faire ça de manière industrielle et à un rythme soutenu.

Les politiques deviennent de plus en plus des coachs politiques, même quand ils sont finalement ridicules dans ce qu'ils ont à dire et montrent leur déni de la démocratie quitte à laisser croire qu'ils oeuvrent pour le bien commun. Ils se trouvent tous, et toutes, légitimes à guider le peuple qui en a bien besoin selon eux. Cela leur permet de ne surtout pas avouer la vérité, à savoir qu'ils ont besoin de coacher politiquement les citoyens pour conserver l'argent de ceux-ci en salaire et le pouvoir qu'ils ont sur les populations.

Les religions sont également perçues et un peu plus chaque jour comme du « coaching de vie » plus que comme une spiritualité profonde et étudiée, une théologie intéressante. Il s'agit surtout d'aider le croyant à se « sentir bien » dans sa vie sans tenir compte du fait qu'il ne vit pas isolé et ne naît pas « ex nihilo ». Le croyant est d'ailleurs demandeur de ce « coaching » que ce soit pour son couple, son argent, ou tout aspect de la vie quotidienne lui posant problème. Tant que ça parle de lui et de son cocon, çà le concerne.

Le « coaching de vie » est parfois télévisuel. Dans « l'étrange lucarne » ce genre d'émissions se multiplie, allant du « coaching » pour nettoyer sa maison et faire le ménage jusqu'à l'éducation des gosses, la cuisine. Bien sûr, pour participer à tout cela il faut accepter d'être humilié au dernier degré ou de perdre carrément toute dignité devant les caméras, ce qui montre que les fruits du « coaching de vie » sont des fruits pourris.


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