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Ce qui est fait pour les travailleurs précaires en France - un état des lieux...

Publié le 29 mars 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 Qu'est-ce qui est réellement fait contre la précarité en France non seulement par les institutionnels mais aussi par ceux qui sont censés défendre les salariés ? On en parle ponctuellement au moment de l'action des "Don Quichotte" au Canal Saint Martin ou lors des premières manifestations de "Génération Précaire" mais sinon le sujet est vite expédié alors qu'en ces périodes de post-élections cantonales et de pré-campagne présidentielle il devrait être central.

L'état des lieux est inquiétant, il pousse à la fois à la colère et l'effarement. Celui qui suit ne se prétend pas exhaustif, il peut cependant constituer à mon sens une base de réflexions sur la question.

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Le salariat public et privé est de plus en plus précaire en France : appel à des intérimaires, à des contractuels, multiplication des CDD, au mépris de lois et des directives europénnes, (un lien sur celle concernant les CDD à répétition, un autre sur son application réelle en particulier dans la fonction publique où la gestion des ressources humaines est aussi déplorable que dans le privé) qui lorsqu'elles concernent le social ne sont que rarement appliquées, et licenciements sans contrôle ni contraintes, remise en cause de tous les statuts, de tous les acquis, délocalisation (voir par ici un rapport très complet sur la question), et abus de toutes sortes dont « Continental » est l'emblème en France, tout comme le courage des ses ouvriers qui ont vite compris qu'ils étaient tout seuls (le rappel des faits par ici).

Face à cette situation, on se dit que la précarité est le principal souci des syndicats, leur principal cheval de bataille.

Il n'en est rien.

Face à des gouvernements qui ont très peu de pouvoir réel, et une marge de manoeuvre infime, non pas d'ailleurs parce qu'ils y sont contraints, mais du fait avant toute chose de l'abandon progressif et quasiment total de leurs prérogatives aux institutions européennes, financières et bancaires.

Attaquer le gouvernement, contester ses décisions, c'est le droit de tout citoyen, c'est totalement légitime mais c'est un rideau de fumée, un paravent pudique de l'hypocrisie de ceux qui ont une situation stable et acquise et ce à tous les niveaux car au bout du compte s'attaquer au gouvernement c'est s'attaquer à des lampistes, et rien que des lampistes, qui profitent , qui ont des avantages énormes à leur situation, mais des lampistes (Comment calcule-t-on le seuil de pauvreté en France ? http://www.inegalites.fr/spip.php?article270).

Alors certes, un précaire au RSA en France sera toujours proportionellement plus riche qu'un précaire dans un Pays en Développement, qui le sera encore plus, où parfois le salaire est inférieur à 100 euros par mois (par ici un rapport sur la question au niveau mondial)...

...Mais un pauvre est un pauvre, que ce soit n'importe où sur la planète.

Et il serait cynique de mettre les souffrances que la précarité et la pauvreté impliquent en balance.

Il y a plusieurs définitions de la précarité (et donc plusieurs chiffres quant au calcul de ses proportions en France), il existe celle qui arrange les politiques et les responsables économiques, et celle qui reflète plus la réalité.

Les syndicats s'intéressent-ils aux précaires, en particulier dans la fonction publique, l'Éducation Nationale et l'administration ?

Dans la plupart des manifestations et autres rassemblements, quand on lit les tracts, il y a toujours une référence à la précarité des salariés, soyons justes, mais on constate peu de grande mobilisation et revendications concrètes contre celle-ci. Il y a beaucoup de bonnes intentions, de déclarations d'intentions sincères mais finalement, à de rares exceptions, ce sont ceux qui disposent déjà -pour combien de temps ?- d'un statut qui sont défendus.

Dans le meilleur des cas, la titularisation des contractuels et intérimaires est demandée, ce qui est quand même déjà un pas, mais rien de tangible n'est proposé pour y arriver, ce qui est le plus important, comme si c'était surtout un mot d'ordre pour donner une image positive mais seulement une image.

Quand on creuse un peu, les syndicats font finalement un rappel de la loi aux contractuels : pour être titularisés passez les concours !

En réclamant plus de places aux concours certes mais sans indiquer ce qui est suggéré pour l'augmentation du nombre de places.

Et quant à certaines mesures concernant par exemple le réemploi à des postes d'aides au devoir ou de documentation de professeurs retraités, aucun n'a vraiment protesté, alors que ces emplois pourraient être donnés à des étudiants ou des personnes en recherche d'emploi. On peut comprendre que ces personnes veulent augmenter leurs revenus mais il est dommage que cela soit aux dépens de salariés qui commencent dans la vie active.

Cela concernait au départ seulement l'Éducation Nationale, il semble que cela s'étend aux hôpitaux et aux prisons.

On m'objectera qu'il s'agit aussi de mettre en concurrence deux catégories, de diviser pour mieux régner en somme mais ces retraités disposent aussi d'une conscience qui devrait leur permettre de dire « non » et de savoir quelles sont les conséquences de leur réemploi.

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On oublierait aussi que le contractuel est la plupart du temps soumis à la pression constante d'un chefaillon ou d'une chefaillonne, aux appréciations souvent peu amènes de ses collègues pour qui il « prend la place » parfois d'un titulaire de manière illégitime. Comme il ne peut guère protester sans risques, on lui fait payer telle ou telle vexation réelle ou imaginaire.

Bien que sa compétence soit souvent remise en question, paradoxalement, il est toujours considéré comme parfaitement capable d'assumer toutes les corvées dont les autres ne veulent pas.

On a pu constater également lors du licenciement de personnels contractuels enseignants, dans certaines académies, que si les collègues titulaires s'en désolaient de vive voix, la plupart s'en réjouissaient plus officieusement car cela a permis de dégager un grand nombre d'heures supplémentaires à leur avantage, donc des revenus plus conséquents. Il n'y a pas de statistiques concrètes sur la prise abusive d'« heures sup' » car c'est un rien tabou d'évoquer ce problème pourtant épineux, et que si quelques uns assument d'en prendre afin d'accroître les revenus du ménage, la plupart non.

Il est enfin à constater que le statut des titulaires a été remis en question sans pour autant titulariser abusivement les « précaires » qui ont été un peu plus licenciés à grandes charretées.

(Nota Bene : Il arrive aussi que dans quelques établissements, malheureusement rares, les professeurs titulaires se contentent d'une heure supplémentaire chacun afin de rendre possible l'emploi d'un précaire comme au Lycée professionnel « Louise Michel » à Gisors, dans l'Eure, par exemple).

Dans le secteur privé, c'est le sort des stagiaires qui est le plus précaire, multipliant les stages qualifiants ou pas, les CDD et autres petits boulots subsidiaires pour vivre et n'obtenant jamais le poste qu'on leur promet pendant toute la durée du stage ou du contrat court. Le pire est que bien souvent le poste promis est donné à un autre sur des critères qui n'ont rien à voir avec la compétence de la personne promu, et beaucoup avec la capacité d'obséquiosité du candidat, sa docilité, voire ses liens avec son employeur - familiaux, sentimentaux, sexuels...- mais aussi son appétence, quand il s'agit d'une jolie femme à choisir la « promotion canapé ».

Les stagiaires sont taillables et corvéables à merci et permettent de payer moins de charges ou de distribuer moins d'avantages, ainsi que l'indique « Génération Précaire » sur son site. De plus, leur accorder plus revient pour ceux disposant d'un statut à perdre une partie de leurs fameux « avantages acquis ». Et comme les contractuels dans la fonction publique ils subissent une très forte pression quotidienne au travail.

Il est curieux que ce thème n'est que bien rarement abordé de manière frontale, concrète et directe, et dans tous ses aspects, par la gauche française qui reste très vague sur la question, se contentant de promettre en fait une "resucée" des "emplois jeunes"...


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