Magazine

"Lolita" de Stanley Kubrick en 2011

Publié le 31 mars 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 « My name is...

...Lolita

I'm supposed to play...

...with Boys »

de la chanson « My heart belongs to Daddy » dans « Le milliardaire », un des derniers films de Marilyn, avec Yves Montand, pas un des meilleurs. Marilyn était une sorte de grande soeur de Lolita, qui exacerbait elle aussi les pulsions sexuelles des mâles occidentaux ou non.

Stanley Kubrick en 2011" alt=""Lolita" de Stanley Kubrick en 2011" />En ce moment on célèbre avec raison Kubrick qui restera certainement comme un des derniers géants de l'âge d'or du cinéma anglo-saxon, et qui demeure une source d'inspiration pour de nombreux réalisateurs, qu'ils soient hollywoodiens ou « indépendants », ceux-ci travestissant la plupart du temps les formes inventées par Kubrick comme d'autres réduisent un philosophe à un ou deux slogans faciles à retenir.

On parle la plupart du temps toujours des mêmes films de Kubrick, ceux dans la dernière période, comme si la cinéphilie des critiques commençait dans les années 80. Quand on lit entre les lignes, on admet que Kubrick est un réalisateur de génie mais on avoue aussi que l'on s'est ennuyé pendant « Full Metal Jacket » auquel la quasi-majorité des critiques avaient préféré « Platoon » qui jouait beaucoup plus sur la corde sentimentalement grandiloquente.

Ainsi les « Inrockuptibles » mettent « Shining » en couverture, qui est commenté comme un film d'horreur de série, ou parlent des déboires « people » subis par le couple Cruise-Kidman pendant le tournage de « Eyes wide shut », et oublient de parler de cinéma et du fond des films du réalisateur. Beaucoup cherchent aussi à expliquer l'expérience esthétique que sont des films comme « 2001 » ou « Barry Lyndon » qui est tout sauf expliquable car devant la beauté des plans de l'un ou de l'autre, les mots sont plus ou moins impuissants.

Quand il est question de « Lolita », la plupart des commentateurs semblent tous surtout émoustillés par la crudité du sujet scabreux abordé, terrain glissant que tous se hâtent d'emprunter, fascinés qu'ils sont par ce personnage d'adolescente qui paraît leur promettre la réalisation de tentations auxquelles ils se laisseraient volontiers aller. Généralement les critiques que l'on peut lire de « Lolita » en disent plus long sur leurs auteurs que le film, un peu comme ces articles que l'on a pu lire sur Gainsbourg et son goût pour les très jeunes femmes.

« Lolita » de Kubrick, adapté avec intelligence par Nabokov lui-même, en dit également beaucoup sur notre société et son mode de fonctionnement à l'envers en somme, à contresens de toute morale, respect et sens de l'autre.

Si « Dieu est mort » et avec lui la crainte des fins dernières dans le monde moderne, ne reste que le vide et le néant des aspirations se limitant au désir, un désir monstre que les deux personnages les plus importants du film avec la nymphette (jouée par Sue Lyon, plus âgée que le personnage dans le roman), qui en est l'allégorie, incarnent :

Humbert Humbert, joué par James Mason, et son double libéré de toute culpabilité et de toute inhibition, pour le pire, Clare Quilty, impeccablement joué par Peter Sellers.

Clare Quilty c'est la représentation du mal moderne, dans toute sa splendeur grotesque, à la fois ridicule et grandiose, prétentieux, persuadé d'être à l'apogée de la civilisation alors que finalement en détruisant les tabous, en croyant lutter contre ce qu'il croit être les préjugés moraux traditionnels, il ne fait que donner libre crous à ses pulsions animales.

C'est un gosse malfaisant, qui aime bien jouer de mauvais tours à Humbert Humbert qui, lui, est tout aussi hypocrite même s'il pare son penchant pour Lolita de vertus et de noblesse qu'il ne possède pas.

Il ressemble à Gustav von Aschenbach dans « Mort à Venise », fasciné par Tadzio qui est pour lui la figure de l'ange de la mort annonçant la fin d'une époque où vivre semblait plus doux, un représentant cultivé et sage au comportement aristocratique, un hérault de l'ancien monde en pleine décadence, car il finira fardé et attifé comme le vieux pédophile dont il se moque en arrivant à Venise, perdant toute dignité, et mourra du choléra comme les autres tandis qu'Humbert Humbert ne trouve d'autres solutions que de tuer Clare Quilty pour se libérer de son fardeau, ne se libérant d'ailleurs en rien car Lolita a finalement très mal vécu leur errance à travers toute l'Amérique et ses non-lieux tous pareils déjà se multipliant dans un cauchemar climatisé : motels, « dinners », lotissements avec voiture et pelouse et ainsi de suite...

Et elle n'était cette jeune muse telle que son « beau-père » la voyait, mais juste une petite adolescente un peu vulgaire d'une ville perdue de Nouvelle Angleterre, pétrie des mêmes idioties et rêves étriqués que sa mère, Charlotte Haze.

De nos jours, curieusement, « Lolita » serait un film délicat à tourner, ou alors qui ferait dans le porno soft comme le « remake » mauvais d'Adrian Lyne en 1997, car la compréhension de l'oeuvre se limiterait à l'exposé d'une dépravation.

C'est paradoxal car finalement, c’est toute la société qui, en 2011 devient pédophile, se nourrissant d’une imagerie se voulant jeune ou proche des jeunes, imagerie totalement frelatée il est vrai.

Le physique des mannequins, présenté comme indépassable, est celui d’adolescentes à peine pubères et généralement anorexiques (et qui font la gueule). Foin d’hypocrisie, je préfère sur le sujet la franchise virant presque au cynisme de Lagerfeld que la « faux-culterie » des magazines allemands qui ont fait parler d’eux il y a quelques mois en faisant poser des femmes présentées comme communes, ce qui est agréable pour elles d’ailleurs, afin de se redonner une virginité en la matière, eune bonne conscience.

La sexualité et l’amour en général se doivent d’être vécues comme si l’homme était toujours un adolescent incapable de maîtriser ses pulsions, et de se responsabiliser, et la femme une midinette de treize ans, confondant ses lubies amoureuses et ses envies de coucheries.

On lui présente des aventures d’un soir comme étant aussi anodines qu’avaler un macaron, pendant que les hommes pensent que multiplier les aventures leur assure une réputation de performance. Personne ne songeant un seul instant à mûrir, prendre conscience de ses erreurs ou de ses errements.

Cela a des conséquences en politique, toute la société, peu ou prou, raisonne de manière binaire :

Celui qui ne pense pas tout à fait comme moi est mon ennemi, partageant à gauche et à droite un humanitarisme léger et très vague, gentillet et mièvre qui sert de paravent à la seule motivation réelle des uns et des autres, à savoir consommer sans limites aussi bien les choses que les êtres.

De temps en temps, on se laisse aller à une sorte d’émotivité hystérique, d’affectivité sans affection ni cœur, on est là pour donner l’impression de s’aimer alors qu’on cherche surtout à se mettre en valeur et montrer comme on est si bon, l’apparence seule étant importante.

Le corps est réduit à une machine, il doit absolument correspondre à l’image que l’on s’en fait, souvent idéalisé, certaines femmes, et de plus en plus d’hommes, se martyrisent afin de retrouver de manière totalement contre-naturelle un physique perdu depuis leurs douze ans, On doit prendre soin de son corps comme d’une machine évitant soigneusement tout ce qui aurait un rapport quelconque avec l’esprit, l’âme ou l’intellect, sauf en ce qui concerne une forme aiguë de pensée positive à tout crin qui devient la norme, il arrive de plus en plus que les fois religieuses et les idéologies soient confondues avec cette « positive thought » aussi creuse et sotte qu’un slogan pour eau minérale.

La société base ses pseudo-aspirations qui sont autant d’alibis pour un désir comme un abîme sans fond sur des concepts infantiles et non enfantins, et ce sont tout les adultes qui sont autant de gamins et gamines sans cervelle malléables par les médias et l’industrie du divertissement, et donc par là-même taillables et corvéables à merci.

Ci-dessous la chanson de Marilyn


Marilyn Monroe - My heart belongs to daddy par Mirandoline


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog