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Trente ans pour embellir une légende politique

Par Amaury Watremez @AmauryWat

 Je me souviens bien de la mort de François Mitterrand le 8 Janvier 1996, du chagrin sincère d'un de mes amis, qui mit une cravate noire, et alla à la messe officielle célébrée par Monseigneur Lustiger le 11 du même mois, qui fut décrété jour de deuil national, à Notre Dame de Paris. Il acheta tous les journaux en parlant, et était réellement effondré par ce décès comme s'il eut perdu un de ses proches.

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Mon ami croyait encore sincèrement que l'élection de Mitterrand avait été portée par des idéaux élevés et généreux, et que si ces idéaux s'étaient un peu perdus du fait de la pratique du pouvoir, ils étaient encore bien présents quinze ans après l'arrivée au pouvoir du candidat du « Programme Commun », candidat qui n'était même pas vraisemblablement de gauche.

Il croyait comme beaucoup encore maintenant en la carrure gaullienne de François Mitterrand, capable de rassembler toute la gauche, et de prendre des communistes au gouvernement (on sait maintenant que c'était surtout une stratégie pour couler le PCF), et de fédérer toutes les bonnes volontés, même de droite, pour amener à plus de bien commun.

C'est quand même un peu un comble d'ailleurs que le plus anti-gaulliste des adversaires de De Gaulle se pare depuis sa mort des mêmes vertus prêtées au général.

On peut voir ici que après sa jeunesse passée avec les « Camelots du roi », sa sympathie pour « la Cagoule » (où l'on retrouve aussi le mari de Madame Bettencourt) de Maurice Pujo et Eugène Schueller, et même après la Seconde guerre mondiale, et ce malgré ses activités réputées nombreuses de résistants, il conserve des accointances nombreuses avec ses sulfureux anciens amis, qui le font bénéficier de leurs largesses.

On se souvient aussi des liens qu'il maintiendra très longtemps avec René Bousquet, ordonnateur pendant la guerre de la déportation des juifs pour Vichy.

Je me souviens également très bien de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République le 10 mai 1981.

Il aurait été facile bien sûr d'évoquer l'affaire de l'attentat de l'Observatoire, affaire tragi-comique certainement organisée par François Miterrand lui-même, ceci afin de regagner les faveurs de l'opinion publique, ceci après avoir été un des derniers ministres de l'intérieur de la IVème République, quand Mendès-France était président du Conseil, et on se souvient que dans le cadre de cette fonction Mitterrand fit tirer sur la foule en Algérie.

Dans un semi-brouillard cotonneux, le 10 mai 1981, j'avais la grippe, j'ai entendu la déception de mes parents qui ont cru, voyant apparaître un crâne chauve que c'était de nouveau Giscard pour sept nouvelles années, puis leur soupir là encore de déception en comprenant que c'était Mitterrand qui avait été élu.

Le lendemain, au collège, la plupart des professeurs nous ont fait sortir et ranger dans la cour pour nous annoncer que tout était désormais possible maintenant que le pays était sorti de l'ornière conservatrice, que l'accomplissement des « cent-dix propositions » du candidat de gauche allait amener paix, bonheur, liberté, égalité et prospérité dans une France alors perdue dans les ténèbres puisque selon le mot de Jack Lang elle « était passée alors de l'ombre à la lumière ».

Etre réalistes c'était demander l'impossible.

A l'époque, il apparaît que personne ne se rendait compte que la crise commencée en 1973, suite à l'augmentation des prix du pétrole et surtout par la déconnexion du dollar de l'or par Nixon en 1971, aggravée en 1979, allait durer jusqu'en 2011 finalement, amenant un chômage structurel (anecdotiquement, après la deuxième crise du pétrole, tout le monde pensait qu'avec un litre d'esence à 5 francs plus personne ne roulerait en voiture, à 1 euro 55 soit une dizaine de francs on voit ce qu'il en est).

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Pour être honnête jusqu'au bout, il faut reconnaître que la politique keynésienne menée par le gouvernement d'Union de la Gauche aurait pu donner des fruits si celui-ci avait plus tenu compte de l'ouverture de la France sur l'extérieur et de l'interdépendance avec les pays européens. Ceux-ci ont pêché finalement par excès d'optimisme et de patriotisme.

Nous, nous étions bien sûr ravis, car ils ne nous firent pas cours pendant deux jours, nous devions parler de nos rêves, discuter avec eux de nos désirs.

Fût même créé un « ministère du temps libre » afin d'organiser tout ce bonheur dont les français allaient pouvoir bénéficier.

Nous, les élèves, entendions les professeurs annoncer qu'enfin les fruits de « 68 » allaient pouvoir être récoltés.

Nous avons vécu quelques mois d'euphorie trompeuses. Il n'y avait plus de punitions, plus de mauvaises notes, les mauvais élèves s'entendaient bien avec les bons qui les faisaient travailler.

On nous assurait que notre avenir à nous les jeunes serait rose et serein, idyllique.

A la télévision, dans les médias, dans les journaux, excepté les indécrottables réactionnaires désignés à la vindicte publique, car incapables de reconnaître les bienfaits et les progrès que cette élection allaient permettre, tout les artistes, chanteurs, écrivains et journalistes, ou presque, se disaient un peu, beaucoup, énormément de gauche, et ce depuis longtemps, sauf qu'avant ils n'osaient pas le dire, certainement par timidité.

Curieusement, trente ans plus tard, les mêmes militants qui étaient à la Bastille au soir du 10 mai, qui croyaient tous en l'état de gràce, assurent qu'ils n'étaient pas si crédules et qu'ils savaient bien que Miterrand n'allait pas concrètiser tout le projet présenté ces années là.

On me rétorquera que deux ans après 1981, dés le retour de la rigueur, et lors de la première dévaluation du franc, les mêmes prétendaient déjà devant qui voulaient les entendre qu'ils n'avaient pas voté pour l'ancien maire de Château-Chinon vingt-quatre mois auparavant. C'est toujours drôle ce genre d'amnésie collective, c'est un peu comme lorsque l'on cherche les électeurs de Nicolas Sarkozy en 2011, quatre ans après, personne ne se souvient avoir fait partie des 53,06 % à avoir glissé leur bulletin dans l'urne pour lui.

En 1989, lors des célébrations du Bicentenaire de la Révolution Française, on crut revenue l'euphorie des débuts du septennat. Les français se rappelèrent qu'ils étaient passé une première fois « de l'ombre à la lumière » lors de la « nuit du 4 Août » qui abolit, on le voit bien encore maintenant, tous les privilèges, c'est bien connu. Bien sûr, il y eut quelques fausses notes, d'affreux sceptiques osèrent évoquer les « massacres de septembre » commis en 1792 ou le « populicide » commis suite aux guerres de Vendée.

Et ce malgré l'article de la constitution qui prévoyait pour le peuple le droit à l'insurrection énoncé dans la déclaration des droits de 1793, un droit visiblement perçu comme étant à géomètrie variable pour le pouvoir de l'époque.

Pour contrer ces horribles personnages on les traita bien sûr de fascistes ou de réactionnaires, de séides de l'extrème-droite, oubliant que l'inventeur du terme « populicide » était Gracchus Babeuf, un révolutionnaire radical.

Ce ne sont pas les turpitudes sentimentales de François Mitterrand qui étaient choquantes, ni finalement le fait qu'ils les aient caché très longtemps.

C'était du ressort de sa vie privée, qu'il menait comme il l'entendait, séducteur compulsif comme beaucoup d'hommes de pouvoir.

Une chose cependant peut encore scandaliser légitiment quant à celle-ci c'est que Mazarine ait largement profité d'un ascenseur social méritocratiquement express ainsi que plusieurs proches de Miterrand, d'autres par contre ne lui convenant pas étant voués à l'anathème.

L'aveuglement demeure sur Mitterrand, la fascination pour le personnage aussi comme on le voit dans « Le promeneur du Champ de Mars » ou dans le spectacle d'Olivier Py le concernant, « Adagio [Mitterrand, le secret et la mort] ». C'est toujours pour beaucoup de militants de gauche l'incarnation d'un espoir politique, d'un espoir de changement radical, qui n'est jamais venu après le 10 mai 1981, à l'exception de quelques aménagements cosmétiques.

Par ici un réquisitoire de Desproges contre LE Mitterrand...

Ci-dessous la nostalgie du 10 mai 1981


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LES COMMENTAIRES (1)

Par larbouste
posté le 11 mai à 15:42
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Sans oublier qu'il a mis la France dans la "chianlit" et ce depuis nous empayons les dettes des nationalisations, 2 000 milliards de dettes, avec l'argent des autres que ne fait-on pas, devise de la gauche.

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