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Qui a peur des intellos ?

Publié le 17 mai 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 Pour les jeunes générations, mais aussi pour les moins jeunes, « intello » est devenu une insulte, un qualificatif infâmant. Les « intellos », les personnes un peu cultivées, un peu intellectuellement formées, portent en quelque sorte le signe « de la bête » des damnés de l'Apocalypse en notre époque millénariste, qui vit dans un présent perpétuel depuis que le consumérisme est roi, et qui adore les inventaires, les top 5, 10, 15 ou 20 de tout et n'importe quoi comme autant d'énumérations avant décès en quelque sorte.

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couverture ci-contre prise ici

En France, la culture ou du moins l'apparence de culture, qui suffit presque dans les conversations mondaines, est encore considérée comme un signe d'ostentation sociale, le riche, qu'il soit parvenu ou non, se doit de faire preuve de prétentions culturelles, ou plutôt cultureuses.

Dans notre beau pays, il y a certes des intellos « officiels », admis par l'ensemble de la communauté, surtout du fait du bruit médiatique qui les environne. On ne les aime pas beaucoup, mais comme ces sont des « people » après tout comme les autres, on les tolère.

Peu importe la pertinence de leurs propos, leurs compétences réelles, ou leur culture réelle.

Chacun a un emploi, il y a « l'humanitaire » spécialiste des grandes causes, le « dedroite », le « degauche », la « langue de vipère », le « réac de service » ou le « stalinien old school ».

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ci-contre la photo de deux figures d'intellectuels de gôche icôniques en France (photo prise ici)

Ils font partie du décor depuis « l'Affaire Dreyfus » et l'article de Zola, « J'accuse ». Depuis cette période la figure de l'intellectuel se devait d'être nécessairement de gauche, ou plutôt « de gôche » (avec la prononciation). L'intellectuel se doit d'être engagé pour une cause ou l'autre, cela ne veut pas dire qu'il remettra en question ses propres privilèges ou son statut, là aussi c'est surtout l'apparence, la posture qui compte.

Il se doit aussi d'être le promoteur d'une idéologie globalisante, certifiée généreuse, et pleine de bonnes intentions, qui a une solution pour tout, un peu à la manière des « marabouts » qui distribuent leur publicité à la sortie du métro ou dans les boîtes aux lettres, et qui guérissent tout, du cancer aux peines d'amour...

Que ce soit dans leur cas, ou dans le cas de personnes un peu cultivées, ou juste un tout petit peu lucides sur l'instinct grégaire qui anime les masses aujourd'hui, la critique la plus répandue est de leur dire : « vous n'êtes pas meilleurs que nous ». Comme si le fait d'énoncer un fait objectif, la culture, la formation intellectuelle ne font pas des êtres humains meilleurs, suffisait à ne plus être intimidé par un point de vue que l'on a du mal à saisir, ou dont on croit qu'il nous met en danger.

C'est un complet illogisme qui affirme en somme que si cette personne qui est comme tout le monde a une expertise un peu plus fine sur un sujet, pourquoi devrait-on être gênés ou impressionnés par ce qu'elle dit, et surtout amenés à réfléchir sur ce qu'elle dit, et remettre en cause deux ou trois certitudes intellectuelles, confortables et conformistes.

Cela risquerait il faut dire de gripper le système actuel, qui génère d'ailleurs sa propre contestation, qui ne remet jamais en cause les fondements réels de l'iniquité, ceci afin de s'auto-justifier : pourquoi critiquer puisque tout le monde a le droit de s'exprimer entend-on souvent ?

Le sentiment de la société envers les intellectuels, les personnes cultivées, les « intellos » en général fait ressortir surtout les conflits psychologiques qui agitent la plupart des individus vivant en société consumériste et spectaculaire.

Nous voulons un pouvoir qui fait autorité, mais sans que cela ne remette en cause notre autonomie, ou que cela n'entraine des contraintes.

Nous ne voulons pas passer pour des idiots et nous avons du mal à admettre que nous avons besoin parfois d'apprendre.

Nous avons du respect pour ceux qui ont cette formation intellectuelle ou un minimum de culture, qui semblent mieux réussir dans un domaine, mais nous nous sentons aussi souvent menacés ou envieux, qui devant un titre, qui devant un diplôme, qui devant des connaissances qu'il n'a pas, d'où quelques réactions souvent excessives allant de temps à autres jusqu'à l'injure, et qui sont surtout des réactions de défense.

Pour nuancer ceci, évidemment, certaines personnes expriment moins ce conflit intérieur que d'autres, voire même pas du tout, mais c'est malgré tout le point de vue de la société en général.

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ci-contre, photo (prise ici) tirée du film "l'homme de la rue"

Pour se défendre, certains placent « l'homme de la rue », réputé tout simple, presque angélique, les « vraies gens », comme si il y en avait des « faux », au-dessus de tout, et oublient souvent les avancées dues aux hommes et aux femmes de savoir. Cela permet de justifier le désir de certains de vivre finalement en parfaits imbéciles, inconscients du monde qui les entoure, inconscients des autres et n'est pas le meilleur moyen de favoriser de véritables progrès qui ne sont alors que « cosmétiques ».

Cela ne veut évidemment pas dire que les « intellos » ou réputés tels ne sont jamais ridicules ou grotesques, et qu'ils sont admirables en tout.

Cela signifie simplement que parfois, on ne risque rien à les écouter, sauf s'enrichir intellectuellement, que l'on soit d'accord ou non avec leur point de vue.

Pour que les "intellos" se détendent cependant et se sentent moins isolés, on ne peut que leur conseiller la fréquentation des "call girls" intellectuelles dont Woody Allen parle dans "Dieu, Shakespeare et moi", au chapitre "Call Culture".

Ci-dessous une scène d'humour "intello" tirée de "Annie Hall", comédie hilarante, pour les "intellos"...


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