Magazine

Actualité de Marcel Aymé

Publié le 31 mai 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 On parle peu de Marcel Aymé actuellement.

Et c'est bien dommage.

p1-image_1-2841.jpg
On noircit des kilomètres de papier sur Céline, qui sent le soufre pourtant, on fait des spectacles sur le bon docteur Destouches, on parle même d'un film avec Christophe Malavoy qui aurait du mal à monter son projet. Me semble-t-il, quand on parle de Céline à la télévision ou à la radio, cela fait partie de la panoplie il faut laisser croire que l'on est baîlloné, entravé, alors qu'on ne l'est pas.

Surtout du fait de l'antisémitisme de l'auteur du « Voyage au bout de la nuit », les uns par fascination, les autres car Céline sert de paravent à leur propre judéophobie.

Mais on n'entend pas grand-chose sur le père du « Passe-Muraille ».

Excepté peut-être la voix de Benoît Duteurtre de temps à autre, ainsi lors de « la Grande Librairie » jeudi dernier.

Qu'il en soit remercié ici...

Cependant, quant à celui-ci j'aurais une seule petite critique, toute petite, minuscule :

Quand il parle de cet auteur, il émet de temps à autre des contresens, voulant le replacer comme un auteur « acceptable » pour les critiques au « tout-venant » pour ne pas dire « au tout à l'égout » du « tout-Paris » qui de toutes manières le trouve « faible » car dégagé de toutes les grandes causes dans le vent et du progrès et de la mode et pire, Marcel Aymé n'a aucune vulgate globalisante à vendre.

C'est un peu embêtant de vouloir absolument en faire un écrivain scolairement honorable.

Par exemple jeudi dernier, monsieur Duteurtre en faisait un surréaliste, alors que pour Marcel Aymé on parlera plus à mon sens de poète du quotidien, un poète ayant un goût prononcé pour « le cafard », comme Francis Carco, qui en parle dans « Traduit de l'argot » ou Claude Dubois dans « La Bastoche ». Ces deux auteurs parisiens prétendent avec une mauvaise foi réjouissante et intéressante que « le cafard » est un état d'esprit bien de Paris qui fait que l'on aime et la mélancolie et la dérision, et la poésie, et le trivial.

Marcel-Ayme_medium.jpg
Et Benoît Duteurtre me rappelle un peu ces gastronomes avertis qui vont s'encanailler de temps à autre dans un rade infâme mais où l'on mange bien, qui en reviennent la bouche en coeur, le coeur fébrile et le foie de même, et continueront à préférer les endroits chics et bien fréquentés malgré tout.

Comme ils disent souvent : « pour moi il n'y a que Proust », (qu'ils n'ont pas lu) par peur de ne plus être reçus dans les salons où l'on « cause élégant » où c'est de meilleur ton de parler de « la Recherche... » que d'un auteur plus ou moins oublié de contes pour adultes jamais moralisateurs.

Il est perçu également comme une sorte de figure tutélaire des anarchistes de droite, certains ont même repris sa manière d'orthographier les mots anglais, afin de ridiculiser l'usage grotesque du franglais pour tout et n'importe quoi (« louque » pour look, « poulovère » pour pull-over...etc), comme ADG...

Bien entendu, maintenant, plus grand-monde ne sait vraiment ce qu'est un « anar de droite » étant donné la faiblesse de la culture politique de certains commentateurs.

C'est plutôt un concept démodé. Aujourd'hui on préfère l'unanimisme et l'on n'aime bien tout ce qui favorise le plus petit dénominateur commun entre les gens...

Certains ne voient en eux que des réactionnaires qui ne disent pas leur nom, d'autres les traitant carrément de fachos.

Les « anars de droite » détestent les ridicules de leur époque, qu'ils ont beaucoup de mal à apprécier, les travers du pékin moyen, du quidam qui croit que sa médiocrité ne se verra pas en rasant les murs et en se faisant tout petit, ou bien en faisant preuve d'une déférence exagérée et un peu trop marquée envers les puissants.

Sur le sujet politique, il y a une méfiance autour de Marcel Aymé, les gens d'extrème-droite le prenant pour un des leurs, ce qu'il n'était pas, en ouvrant rarement ses livres, les gens de gauche qui ne le lisent pas non plus se méfient de ses prises de position, comme sa défense de Brasillach (ils oublient aussi que l'auteur de « la Jument Verte » prit aussi la défense de militants FLN pendant la guerre d'Algérie et qu'il traduisit « les Sorcières de Salem » d'Arthur Miller).

Gourance dans l'un et l'autre cas, comme dirait son ami Céline, Marcel Aymé n'avait tout simplement pas besoin de se sentir de l'un ou l'autre camp pour exister. Cela s'appelle aussi l'indépendance d'esprit. Il n'avait pas besoin des honneurs officielles, qu'une petite fille lui remette un hochet quelconque sur ses vieux jours avec un joli bouquet entouré d'un noeud rouge.

Il n'est pas de ceux dont l'oeuvre réclame ou accepte la Légion d'Honneur. Il est vrai que quand il en fût question, quelques temps après la guerre il conseilla à celui qui voulait la lui remettre de se la « carrer dans le train ».

Il est également le plus souvent considéré comme un auteur pour enfants, à travers « les contes du Chat perché ». Ce n'est pas complètement inexact, Marcel Aymé est un très bon écrivain de l'enfance, ce qui n'est certes pas tout à fait la même chose. Son plus beau texte sur l'enfance est, selon moi, « les bottes de Sept Lieues », mais aussi « le Passe-Muraille » dont le héros est somme toute un enfant, ou encore « Dermuche », tout en tendresse pour son personnage central, même si celui-ci subit à la fin un sort fatal du fait de la bêtise de ses congénères.

Ces contes sont aussi pour les parents, et généralement on oublie que c'est lui l'auteur de « la Traversée de Paris », et non Claude Autant-Lara, voire Michel Audiard, comme j'ai pu le lire. Celui-ci aimait beaucoup Marcel Aymé, car tous les deux aimaient le « jus de la rue » en connaisseur, les quartiers populaires où l'on ridiculise le bourgeois en goguette, y compris quand il se met à jouer les affranchis, les durs, les tatoués.

Audiard est à la mode, les bourgeois se l'approprient. Une manière de lui casser les pieds par delà la tombe.

Il faut dire que Marcel, le « môme Marcel » comme l'appelait son ami, le peintre Gen Paul, de Pantruche, des hauteurs de Montmartre, a fait tout ce qu'il fallait pour que les élites culturelles et littéraires de notre beau pays ne lui élèvent pas de piédestal. Il n'a pas cru utile de cirer les bottes de tel ou tel grand personnage, n'a pas clamé sur les toits son amour immodéré de telle ou telle cause à la mode. Sur ce sujet, j'aime bien ce qu'en dit Kléber-Haedens dans son « Histoire littéraire », à savoir que clamer que l'on est pour la liberté, pleurnicher pour les enfants africains

De plus, il est malgré tout ce que l'on peut à dire (voir ce texte un plus haut entre autres) encore et toujours classé à droite, ce qui est un comble car il se voyait plutôt comme à gauche, voire très à gauche, écrivant dans de nombreuses feuilles pacifistes et socialistes avant la Seconde guerre Mondiale.

Ce qui ne l'empêchait de se moquer des prétentions des « grandes » consciences ou réputées telles de son temps, en écrivant « Travelingue » qui se moque des folies bourgeoises mais éclairées au moment du Front Populaire.

220px-Marcel_Aym%C3%A9.JPG
C'était un taiseux, pas un faiseur de discours interminables, un écrivain qui en disait beaucoup en peu de mots.

Par exemple, dans une de ses nouvelles, « une file d'attente », quand il veut parler des juifs sous l'Occupation, il décrit des braves gens du quotidien se plaindre avec forces détails de leurs petits malheurs, en rajouter une ou deux couches à chaque fois, et le juif dans la file d'attente, qu'aucun des plaignants n'écoute, dire simplement : « Moi, dit le juif, je suis juif ».

Marcel Aymé est sans doute reparti avec la Vouivre se perdre dans les brumes des marais du Jura, plus heureux que parmi les adultes qui se prennent tant au sérieux...

A ce lien un extrait de l'adaptation de "la Gràce" par Pierre Tchernia, une des meilleurs adaptations de Marcel Aymé.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog