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Quand les enfants sages se révolteront... - "The prodigies" (la nuit des enfants rois)

Publié le 13 juin 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 Beaucoup de quadras ou de trentenaires se rappelleront avoir lu dans les années 80 le livre apocalyptique de Bernard Lentéric, « la Nuit des enfants-rois », maintenant adapté au cinéma sous le titre « The prodigies ». A l'époque, les best-sellers n'étaient pas des histoires de vampires puritains écrites par une mormone dépressive, ou des délires régressifs autour de la magie d'une britannique sans boulot.

Les livres pour ados parlaient de sujets profonds : la bêtise, la difficulté d'être très différents des autres, les accommodements du monde des adultes avec la haine, la violence et la sottise, l'inhumanité flagrante de la société d'hyper-consumérisme. Ce livre éveillait à la lucidité, à chercher à maintenir élevés ses propres idéaux, sans jamais y renoncer, à ne pas se laisser aller à toutes ses pulsions mauvaises comme les grandes personnes qui trouvent toujours à s'en justifier après, c'est la faute au monde entier, sauf la leur.

Le problème du film, c'est cependant l'esthétique des personnages, qui ressemblent à des figurines plastiques (les cheveux qui ne bougent pas). Heureusement, celle-ci est sauvée par les scènes de déchainement de colère des personnages, qui sont animées de manière très intéressantes, et par la qualité des décors, donnant au film une ambiance nocturne très bien rendue.

Dommage que le réalisateur n'ait pas gardé cette qualité tout du long du métrage qui est après tout sa première réalisation.

L'histoire du film suit à peu près la même trame que celle du roman, à la différence que les enfants sont sept dans le livre et cinq dans l'adaptation.

Jimbo Farrar, le protégé d'un magnat de l'information, Charles Killian, recherche par le biais d'un jeu sur ordinateur des enfants dotés de capacités spéciales, largement plus importantes que le commun des mortels, plus intelligents, plus sensibles et plus vulnérables. Sept enfants qui ne se connaissent pas lui envoient séparément un dessin constitué de points, les sept dessins assemblés donnant la phrase « Où es-tu ? ».

Dix ans plus tard, les enfants ont grandi et sont devenu des bêtes de cirque, montrés un peu partout pour de l'argent.

Dans le film, les personnages sont déjà adolescents, et deviennent les vedettes d'une émission de téléréalité grotesque (pléonasme) et manière moderne de « zoo humain ». Un soir, cependant, dans Central Park, ils sont agressés très violemment par deux truands qui violent une des jeunes filles. Les sept enfants-rois, qui ne forment plus qu'un seul esprit, ressentent tous la même souffrance intense. Ils décident alors de se venger des adultes, à cause de qui ils ont dû subir ça mais aussi de Jimbo Farrar, qu'ils estiment responsables, et encore plus coupable de duplicité car Farrar dispose des mêmes capacités surhumaines, enfouies chez lui depuis l'enfance, qui avait trouvé l'apaisement en vivant avec Ann.

Les enfants, emportés par la folie et la haine, sont en passe de détruire le monde, que Jimbo sauve « in extremis », qui meurt...

Comme l'un d'entre eux le dit, « le monde nie ce qu'il ne comprend pas ». La plupart des adultes, gens sérieux s'il en est, ont également peur qu'on leur révèle le fond de vérité qui anime leur comportement en réalité. Ils savent très bien tous les compromis qu'ils passent avec eux-mêmes et avec leur entourage, oubliant ce qui importe vraiment. Ils savent très bien se justifier, y compris les pires criminels qui ont toujours une bonne excuse.

Est-ce pour autant que les enfants et les plus jeunes sont moins conformistes ? Moins enclins à la haine ?

Hélas, non plus. ils sont de plus en plus gagnés par les monomanies des adultes qui ont fait d'eux des cibles, pour nourrir les appétits du marché, et leur vendre à eux aussi des babioles absolument inutiles fabriquées à l'autre bout du monde par d'autres enfants sur-exploités.

Le livre de Bernard Lentéric et le film sont très proches quant aux thèmes d'"Akira" de Katsuhiro Otomo.

Dans cette oeuvre violente, lucide, désespérée et métaphysique qui plus est, l'auteur décrit un enfant sage, qui obéit aux adultes et fait tout ce qu'on lui dit, y compris les actes les plus absurdes. Il apprend à maîtriser des pouvoirs de destruction que des scientifiques lui ont greffé, mais ne se révolte pas et fait là où l'on lui dit de faire. Mais un jour, la machine s'affole et Akira n'a plus de maîtres...
Les enfants de nos sociétés sont déjà vieux, obéissants, suivant aveuglément les modes, s'intégrant, devenant de parfaits moutons standardisés. Mais lorsqu'ils se réveillent et se révoltent contre l'absurde société des adultes, ils peuvent faire sombrer un continent.
Avec "Akira", le manga entre dans l'âge adulte et s'éloigne radicalement de Goldorak.

La nuit des enfants rois rappelle aussi "le massacre de Pangbourne" de Ballard...

 ci-dessous la bande-annonce du film


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