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"Indignés" ou "festivistes" ce n'est toujours qu'une question de nombril(s)

Publié le 18 juin 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 Dans la ville que j'habite, il y a souvent des fêtes dites « citoyennes » ou « équitables », ou responsables quant au développement durable, ou artistiques mais aussi là encore responsables et engagées, organisées par la mairie, dans le but louable de réunir tous les habitants de la bourgade, une petite préfecture coincée entre deux capitales régionales voire trois, complexée de son statut. Il y avait il y a quelques temps encore une « fête de la pomme » populaire dans laquelle tout le monde se retrouvait, les plus jeunes, les adultes et les personnes âgées qui partageait l'histoire de leur département et de leur région avec les enfants et les adolescents, il y avait quelque chose qui se transmettait, une fierté de se retrouver ensemble, quel que soit le quartier dont on venait d'ailleurs.

Il y avait là une véritable possibilité d'intégration de tous les « horsains »...

Mais une vraie fête se doit d'être « citoyenne » donc aussi d'être utile et d’œuvre aux yeux des responsables locaux, qui ont bien appris la doxa idéologique dans le vent, pour la diversité.

Une fête qui part de l'identité du lieu et de la région pour réunir tout le monde, y compris les habitants d'origine allogène, c'est ringard selon les politiques qui font dans le sanglot coupable et la bien-pensance, et ce n'est pas encore assez clair. Il convient de chausser ses gros, très gros, très lourds sabots et d'organiser une fête de la Fraternité où l'on rabâche pendant plusieurs heures quelques formules qui font certainement plaisir entre la poire et le fromage mais qui ne mènent à rien.

Au moins pendant une journée, les organisateurs de cet événement, voir à ce lien, ont eu l'impression d'être les bons apôtres qu'ils s'imaginent être.

Dans quelques rues du centre-ville, par terre, en grand, à la manière de Ben, cet artiste à la mode il y a quelques années, devenu un pur de produit de marketing pour vendre un peu de tout, du papier toilette décoré par ses soins aux tasses à café portant ses slogans drôlement signifiants pour qui veut y comprendre quelque chose, ceux-ci tracé d'une écriture d'écolier, ronde, toute en pleins et en déliés, enfin l'écriture d'un écolier d'il y a quarante ans bien sûr.

On dirait de ces phrases que les adolescents gravent au compas sur leur plumier, ce genre de sentences qu'ils croient définitives alors que ce ne sont le plus souvent que des lieux communs prononcés avec la même assurance déjà quelques décennies auparavant. D'ailleurs les slogans de Ben ont commencé à orner les trousses et les cartables des collégiens et des lycéens il y a quelques années déjà.

C'est de l'art qui n'intimide pas le passant inculte, qui comprend tout de suite, il suffit de lire et d'y voir ce que l'on veut.

Sur la place de l'Hôtel de Ville, des bandes de papier ont été accrochées à ce qui ressemble à des fils à sécher le linge pour le béotien ou le mauvais esprit que je suis. Sur la façade de la maison des Arts, des pantalons et divers habits ont été accrochés, je ne sais dans quel but.

Sur les bandes de papier, on lit le même genre de clichés que l'on trouve par terre à la peinture blanche, des clichés qui ne font pas de mal, qui témoignent d'une envie de convivialité, mais très maladroitement exprimée.

En même temps, près de la cathédrale dans un autre genre, il y a une fête de la bière organisée pour fêter les cinquante ans du jumelage de la ville avec une contrée allemande.

Cela permet au moins de constater que ma bonne ville d'Évreux a également des « bobos » comme à Paris, pareils que les parisiens, tout aussi ridicules, prétentieux et grotesques, s'extasiant en surjouant l'émotion sur une phrase, prenant la pose comme pour une séance de shooting de mode devant une autre « œuvre » exposée. Tels les « bobos » parisiens chez qui ont sent tout de suite l'identité bourgeoise cachée derrière, l'ancêtre petit boutiquier ou rentier, on sent tout de suite chez le « bobo » rural le péquenot qu'il est resté au fond, un paysan qui se donne des grands airs car il n'a plus les mains dans la glaise.

En 2011, en France, du fait de la destruction méthodique du lien qui reliait autrefois les habitants du pays, il faut bien essayer de trouver une solution à la désagrégation du corps social, le tout dû à ce que le philosophe Michel Clouscard appelle la société libérale-libertaire (tm).

Il n'y a plus même de plus petit commun dénominateur entre un habitant de la Courneuve et un autre de la Courneuve.

Ou plutôt si il en reste un, leur désir insatiable de consommer, d'acheter, de posséder le dernier gadget qu'il convient d'avoir dans sa poche ou dans son sac. L'individu ne se soucie plus tellement de prendre ses responsabilités ou d'assumer ses devoir des citoyen, un mot qu'il ne comprend plus, selon lui de toutes façons c'est fichu, le citoyen ne peut pas s'exprimer comme il voudrait donc c'est que la démocratie est morte à ses yeux.

Il n'y a jamais vraiment cru de toutes manières à ce régime qui voulait le pousser à prendre son destin en main et à réfléchir, mais aussi, et c'est là que le bât blesse à faire un effort sur lui-même pour ne pas se cantonner à son égocentrisme, à arrêter de regarder ce que le voisin a en plus.

La solution toute trouvée, facile, c'est d'organiser une fête, un événement festif, un coup de communication qui permette de ne surtout pas aborder les vrais problèmes de fond : à savoir pour maintenir le lien entre les citoyens, il vaudrait mieux s'intéresser à la question de l'Éducation Nationale, et de la formation en France, à tous ces écoliers et élèves en échec scolaire, handicapés culturels qui y gagnent surtout une complexe d'infériorité et une rancœur envers toute forme de culture, à la destruction du tissu associatif en banlieue et les problèmes que cela pose.

Non, il est plus commode de sombrer dans ce que Philippe Muray appelle fort justement le festivisme.

D'où l'utilité de se donner des ennemis même virtuels, même inoffensifs en fin de compte, des épouvantails utiles qui permettent de rester dociles et persuadés que le progrès continue sa course folle :

« Homo festivus est pleinement satisfait par le nouveau monde homogène, mais, pour se donner l’illusion d’avoir encore un avenir, l’instinct de conservation lui souffle de garder auprès de lui un ennemi, un opposant absolu qui, parce qu’il s’oppose à lui absolument, lui permet de se croire lui-même vivant. »

En l'occurrence, le fascisme et le retour aux heures les plus sombres de notre histoire dont on nous menace quand le festivisme est en danger ne naissent pas des épouvantails que l'on voit partout, que les beaux esprits rejettent, le totalitarisme naît de la banalité du mal dont parle Hannah Arendt dans son ouvrage « Eichmann à Jérusalem ». Le mal, l'arbitraire, naissent des braves gens que l'on croise tous les jours, dociles, prêts à tout accepter ou presque pour conserver quelques avantages matériels, prêts même à jouer la comédie, une comédie caustique et ironique sans le vouloir.

Par exemple, c'est très bien de s'indigner mais c'est facile, et après, que fait-on ?

Se sent-on réellement capable de construire ou d'aider à construire un monde plus équitable en abandonnant nos prérogatives d'occidentaux bien nourris et gâtés ?

A partager nos richesses ? On voit qu'un indigné, même quand il gagne au loto, reste un consommateur rêvant d'avoir de plus en plus de temps de cerveau disponible occupé par la pub et les médias, et l'hyper-consumérisme.

On notera quand même que le livre de Stéphane Hessel va être édité en Chine, ce qui montre qu'il n'est pas bien dangereux, sinon, je ne suis pas certain que la censure chinoise l'aurait laissé passer.

Quand la pilule est quand même un peu trop difficile à faire avaler, on garder sous le coude quelques pleureurs et pleureuses professionnels, hypocrites diplômés, parfaitement intégrés au système, se connaissant tous, jouant les emplois de bonnes consciences et de méchants officiels agrémentés par le système. Quand ces « méchants » mettent un peu trop leur grain de sel, ou prennent un peu trop le large, on les vire, et on les remplace par d'autres alibis.

De même pour un représentant du système, qui en profite largement depuis longtemps, qui a un moment d'égarement d'honnêteté, on le punit par une campagne qui en plus peut donner l'impression d'être de salubrité publique.

De toutes façons pour les petits bourgeois prétendument de gauche ou de droite sur la scène publique, ce n'est qu'une « balance » qui pourrait révéler le fond des choses : il s'agit surtout pour les plus privilégiés de continuer à profiter de leurs privilèges et de mettre leur progéniture à l'école bilingue du XVème à Paris, l'école des « filles et fils de » qui passent tous peu ou prou par là, y compris les filles et fils de grandes consciences de gôche, ou réputées telles qui trouvent cela totalement normal.

On constate donc que le festivisme et ses fêtes « responsables et citoyennes », l'indignation organisée en « flash mob », ce n'est qu'une manière pour les bourgeois bohèmes ou non de célébrer leur nombril. Et non de reconstruire la société sur des bases plus saines.

En illustrations, un homme libre, Bernanos, image prise ici et une femme qui l'était aussi, Simone Weil; image prise ici, aucun des deux n'avaient besoin d'organiser un évènement pour dire combien ils aimaient la liberté.

ci-dessous, un flash-mob d'"indignés", le discours d'un vrai rêveur


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