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Journal de vacances 11 – De la fascination malsaine pour la fin du monde au cinéma

Publié le 16 août 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

 « Il y a une théorie qui dit que si un jour on découvre à quoi sert l'univers et pourquoi il est là, il disparaîtra immédiatement pour être remplacé par quelque chose d'encore plus bizarre et inexplicable. Une autre théorie dit que cela s'est déjà passé. »

Douglas Adams auteur du « guide du routard galactique »

Extrait de « Le dernier restaurant avant la fin du monde »

image ci-dessous prise ici

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Celle-ci ne montre ni plus ni moins que la haine moderne de l'humanité pour elle même. Dans nos sociétés, il semble y avoir un consensus pour penser que l'être humain est une espèce nuisible qui mérite son extinction prochaine. Les esprits scientifiques rêvent de post-humains améliorés par la cybernétique voire par la génétique, comme dans le cauchemardesque « Bienvenue à Gattaca », œuvre dans laquelle il subsiste néanmoins un tout petit espoir (Dans ce livre définissant ce que seraient le post humain, l'auteur se demande si le monde a besoin de l'humanité).

Mais la nature humaine, ses sentiments en particulier, est définie partout comme mauvaise et inutile, uniquement tournée vers la haine, l'avidité, la cruauté, comme dans « Avatar » de James Cameron.

Je sors de voir « La planète des singes – les origines », film en tête du box-office, ce que je trouve significatif mais on y reviendra, aux effets spéciaux remarquables (pour une fois des personnages numériques ont vraiment quelque chose de tangible, bien plus encore que le gollum du « Seigneur des Anneaux »). Comparé au film de Tim Burton d'après le roman de Pierre Boulle que son auteur considérait comme une « récréation », c'est beaucoup mieux et beaucoup plus proche de l'esprit du livre et du film de 1968 qui reste cependant meilleur sur le plan du scénario et de la réalisation.

Ce film est aussi clairement un film post-humain, l'espèce humaine étant remplacée par les singes dans une fin dantesque, ou trans-humain, qui montre la fascination de l'humanité moderne pour sa propre destruction, son anéantissement, qu'elle ne cesse de fantasmer, rêver, presque désirer, ainsi tout le battage que l'on peut constater autour de la fin du monde annoncé par les mayas selon certains, le 21 décembre 2012, événement soutenu et défendu mordicus par de nombreuses personnes dont la plupart s'estiment raisonnables pourtant.

Ce n'est pas la première fois que la fin de toute vie sur terre est prédite, c'est la cent-quatre-vingt troisième depuis la chute de l'Empire Romain. Cette fascination pour la fin du monde est certainement un symptôme du narcissisme contemporain, de l'individualisme consumériste actuel qui laisse croire à un individu que le monde croulera avec lui, qu'il n'est pas si médiocre perdu au milieu de la foule des consommateurs décérébrés.

L'humanité estime visiblement mériter l’annihilation.

Elle se divertit en contemplant ses fins multiples, décrites de manière de plus en plus réaliste.

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Elle a été perdue dans de très nombreux films dont la plupart étaient des fables, elle a été décimée par la Bombe atomique, les martiens, de nombreux virus divers et variés, des cataclysmes naturels, et j'en passe et des meilleurs au cinéma depuis que celui-ci existe, et particulièrement depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Citons « la Guerre des mondes », inspirée du roman d'H. G Wells, de Byron Haskin et ses « aliens » destructeurs, « Le choc des mondes », pour les années 50 où l'on aimait les cataclysmes à dimension cosmique, et bien sûr « Godzilla », qui n'est pas à proprement parler un film de « fin du monde », qui parle d'un monstre issu de la bombe et qui détruit tout sur son passage mais qui a quand même dans son propos cette dimensions eschatologique.

La plupart des aventures du professeurs Quatermass tournées dans les années 60 pour la télévision et le cinéma ne parle pas toutes de fin du monde mais toutes ont cette dimension apocalyptique. « Les monstres de l'espace » est un film qui ose même une fin très amère, l'humanité est sauvée, mais elle a montré son pire visage du fait de la peur et de la violence que celle-ci engendre. « Le dernier rivage » traite des conséquences de la guerre atomique généralisée sur un mode réaliste, et l'on peut revoir également « le monde, la chair et le diable » qui montre que la catastrophe annoncée ne rendrait pas l'être humain meilleur.

Dans les années 70 ont été tournés les meilleures dystopies (une dystopie étant une anti-utopie souvent présentée dans un contexte de fin du monde : dont « Le survivant », qui est la deuxième adaptation de « Je suis une légende » de Richard Matheson, qui amène à définir ce qui nous rend humain, « Soylent Green » qui montre une humanité littéralement dévorée par sa folie, « Rollerball » de Norman Jewison, oublions son remake par John McTiernan, qui est de plus en plus réaliste chaque année, en ces temps de crise supposée, et de pouvoir absolu du tout économique, « Silent Running » qui est une dystopie écologiste présentant la fin de la nature, le premier « Mad Max » qui vient après une fin du monde, et toutes les copies de séries B ou Z tournées par tombereaux ensuite, « Mondwest » qui montre une fin du monde naissant de la « société des loisirs » sans oublier la trilogie des « Morts Vivants » de Georges A. Romero (curieusement dans le remake de « Zombie », « l'Armée des morts », toute dimension politique a été enlevée).

« Zabriskie point » d'Antonioni peut être considéré comme une dystopie de fin du monde également, même si ce n'est pas un film de Science-Fiction.

Et « Punishment Park » de Peter Watkins est une dystopie engagée, filmée comme un pseudo-documentaire, que l'on oublie souvent malheureusement.

Dans les années 80 ont été réalisées quelques dystopies apocalyptiques réussies comme « Terminator » ou encore le crédible « Le Jour d'Après » de Nicholas Meyer.

Nos sociétés ne croient plus en Dieu, ne veulent plus y croire, mais l'homme se soucie toujours des fins dernières.

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Depuis quelques années, de plus en plus de films à grand spectacle, de séries de Science-Fiction ont pour sujet la fin de notre civilisation qu'ils montrent comme inéluctable et presque souhaitable : la trilogie « Matrix », le premier au-dessus du lot de tous les autre films abordant les mêmes thèmes, « 2012 », « Independence Day », « Le jour d'après », « I Am Legend », qui est une autre adaptation de « Je suis une légende » et qui se souvient par quelques scènes d'autres films du même style comme « le monde, la chair et le diable » (Will Smith se créant une compagnie avec des mannequins comme Harry Belafonte dans le film de Ranald MacDougall), le remake de « la Guerre des Mondes » par Spielberg, « A.I. » du même qui montre l'humanité remplacée par des robots meilleurs que les êtres humains et surtout « les Fils de l'Homme » et « la Route » d'après Cormac McCarthy, film glaçant car si la fin du monde arrive, elle se déroulera certainement comme dans ce récit.

Contre l'apocalypse annoncé, beaucoup appellent à la révolte, à la rébellion violente et immédiate, ainsi que les singes font à la fin de « La planète des singes – les origines ». Si certains sont sincères, il s'agit encore au bout du compte de justifier la destruction proche, la violence que cela entrainerait, justifiée par la proclamation de belles intentions utopiques qui ne sont que du vent. L'on oublie que celles-ci ne changeront rien, que la plus belle des utopies restera du domaine du rêve si l'on ne tient pas compte de la nature humaine.

Prendre conscience un tout petit plus de notre humanité, y compris de ces faiblesses, voilà qui aiderait plus que de fantasmer sur la fin du monde...

Ci-dessous un extrait de "The Day after" de Nicholas Meyer et de "Punishment Park" de Peter Watkins


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