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A Bruno Leclercq

Par Spiritus
A Bruno Leclercq
La nouvelle est tombée en début de semaine dernière : Bruno Leclercq est mort. Il avait cinquante ans. Il me serait bien difficile de préciser ce que ma bibliothèque doit au libraire qui s'était spécialisé dans la fin de siècle - ou l'avant-siècle, pour reprendre l'expression mieux choisie d'Hubert Juin. Car je fus d'abord son client ; mais la gentillesse, la pudeur, la culture de Bruno vous incitaient naturellement à devenir mieux que cela. Je me souviens qu'il trouva mon premier autographe de Saint-Pol-Roux : son portrait photographique dédicacé à Alfred Vallette, celui-là même qui servit de modèle au masque réalisé par Vallotton pour l'ouvrage de Remy de Gourmont. Il me dégotta aussi plusieurs numéros de revues qui furent à la base de ma collection : six livraisons de l'Ermitage, une vingtaine de la Revue Blanche, une dizaine de Livrets du Mandarin, des numéros de La Plume, des Manuscrit Autographe, et combien d'autres. Et je ne parle pas des bouquins de Roinard, de Willy, de Lorrain, de Retté, de Vielé-Griffin, de Fontainas, etc., etc.
Puis il y eut Livrenblog qui nous rapprocha davantage encore. Parce que Les Féeries Intérieures devaient naître six mois après l'apparition du premier billet de Zeb - c'était le pseudonyme de Bruno - premier billet dont le titre annonçait l'éclectisme, l'exigence, l'extraordinaire culture que les 857 autres billets entoilés en quatre ans sur Livrenblog n'allaient cesser de manifester. Je dis "manifester" et non "illustrer" car il n'était pas question pour Bruno de se faire, par son site, de la réclame ou d'en remontrer aux autres. Il n'avait rien à vendre, rien à prouver. Il ne s'agissait que de partager ses découvertes, ses chines, son amour d'une littérature des marges qui n'est pas loin d'être la seule acceptable. Je me souviens qu'il accueillit avec enthousiasme, et son enthousiasme il le partageait, la naissance de mes blogs, celui-ci et cet autre, plus récent, consacré aux Petites Revues. Il fut d'ailleurs le seul à collaborer aux deux. De sa générosité, nous fûmes nombreux, sur la toile, et dans la vie, à en profiter, et les hommages se multiplient depuis une semaine, qui sont là pour en témoigner.
Géographiquement éloignés, je ne l'ai vu que deux fois, mais je conserve de ces deux rencontres un souvenir vif. Ce fut d'abord, en hiver, il y a cinq ans, près du Luxembourg où nous nous étions donnés rendez-vous. Je sortais d'une séance de travail chez Doucet. Il faisait nuit et froid. Nous nous sommes assis autour d'un café dans le premier bistrot et nous avons parlé plus d'une heure, tout naturellement. Puis, profitant d'un long week-end parisien, je l'ai revu en avril dernier avec quelques amis que j'avais souhaité réunir le temps d'une soirée. Je le revois, souriant comme sur la belle photo qu’Éric Dussert a publié en tête de l'émouvant billet qu'il lui a consacré sur son Alamblog. Nous nous sommes quittés vers minuit. Je ne pouvais imaginer alors que je ne le reverrai pas. Sa disparition crée un manque dans notre petite communauté. La toile, désormais, est trouée. Son absence me bouleverse et je pense à sa fille et aux siens. Et je pense aussi qu'il nous a laissé une œuvre formidable qui doit continuer à vivre, qu'il revient à ses amis de la faire vivre pour qu'on entende parler encore longtemps de Bruno Leclercq.

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