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Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

Par Just1 @JustinKwedi
Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)


Au début du XIXe siècle, habitant la propriété de Mansfield Park, en Angleterre, la jeune Fanny Price (Frances O'Connor) est secrètement amoureuse d'Edmund Bertram (Jonny Lee Miller). Une autre résidente, Mary Crawford (Embeth Davidtz), amie et rivale, est éprise du même homme, tandis que Henry (Alessandro Nivola), le frère de Mary, cherche à séduire Fanny.

On continue un peu notre exploration des adaptations cinématographiques de Jane Austen avec ce Mansfield Park sorti en 1999. Au vu de ses producteurs, on devine que cette version découle directement du succès des adaptations des 90’s sous différent formatpuisque le film est financé conjointement par la BBC responsable (entre autres) du Pride and Prejudice à succès de 1995 avec Colin Firth et la Miramax derrière le catastrophique Emma l’entremetteuse de 1996. On pouvait espérer le meilleur comme craindre le pire donc et le résultat final, s’il ne manque pas de qualité et d’audace n’est clairement pas satisfaisant.

Mansfield Park est souvent qualifié de premier roman de la maturité pour Jane Austen qui avec ses deux premiers livres Raisons et Sentiments et Orgueil et Préjugés avait sensiblement remaniée des écrits de jeunesse (Elinor et Marianne comme ébauche de Raisons et Sentiments et First Impression pour Orgueil et Préjugé) ce qui se ressentait dans la nature fougueuse de ses héroïnes et dans la nature pétillante et caustique de ses dialogues, descriptions. Très souvent chez Jane Austen (et dans Emma postérieur à Mansfield Park qui revient à cette idée) les jeunes héroïnes sont plus intelligente et fine que ce que la société attend d’elle et ces qualités sont autant des bienfaits qu’une malédiction.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

Vaniteuses et sûr d’elles, elles oublient que leur manque d’expérience peut les induire en erreur tel Lizzy Bennett méjugeant Darcy ou Marianne s’amourachant du fourbe Willoughby. Mansfield Park marque une vraie rupture avec la timide et effacée Fanny Price. De basse extraction et recueillie par ses riches oncles et tante, elle est méprisée par ses cousines et traitée en inférieure par ses bienfaiteurs hormis son cousin Edmund. Amoureuse de ce dernier mais n’osant lui avouer ses sentiments par manque de confiance, elle s’avérera pourtant le personnage le plus moral, clairvoyant et lucide face aux divers travers dans lesquels la famille va tomber gagnant ainsi le respect et la reconnaissance de tous.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

C’est un vrai défi de transposer en image (ce qui est plus simple à l’écrit même s’il faut pour le lecteur comme son entourage apprivoiser le caractère secret de Fanny) un personnagesi effacé. Malheureusement Patricia Rozema (également au scénario) n’ose pas vraiment s’y essayer. Dès l’ouverture on est étonné de voir la fillette apeurée et pleurnicheuse du roman avec autant d’assurance et une langue si bien perdue.
Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)
La réalisatrice fait néanmoins passer la chose en faisant perdre sa prestance à Fanny via son rapport aux autres habitants de Mansfield Park qui la prennent de haut (première rencontre avec Julia et Maria, l’odieuse Tante Norris moyennement interprétée par Sheila Gish malheureusement) ou l’impressionnent comme Sir Thomas Bertram (excellent Harold Pinter). Cela reste trop bref cependant et le décalage demeure lorsque l’intrigue reprend à l’âge adulte. Frances O’Connor interprète une superbe Fanny mais la direction donnée sonne faux.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

En effet Patricia Rozema a une ambition plus vaste et fait de Fanny un double de Jane Austen elle-même et va ainsi exprimer des réflexions de l’auteure pas forcément en lien direct avec le roman Mansfield Park. La nature introvertie de Fanny paraît donc très superficielle, sa beauté (censée se manifester avec l’amour et l’assurance mais vu qu’elle les a dès le départ problème…) supérieure à toute sans l’ombre d’un doute tout comme son intelligence puisqu’elle est écrivain. Ce dernier point est renforcé par la nature des écrits de Fanny où on reconnaîtra des extraits de Juvenilia soit les propres écrits de jeunesse de Jane Austen (mais aussi ses lettres). Fanny, d’observatrice discrète et juste se place maladroitement au centre du récit à coup de narration caustique en voix-off et de réflexions face caméra pour horreur, rendre le tout plus « moderne ».

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

La première heure est très fidèle au livre mais trop expéditive (le marivaudage au parc disparait...) pour approfondir les personnages en plus des écueils déjà évoqués. La deuxième crispera plus d’un lecteur avec ses idées saugrenues (Fanny qui dit d’abord oui puis non à Henry Crawford et ainsi rendue presque coupable du rebondissement final), ses ajouts thématiques malvenus (mais que vient faire une réflexion sur l’esclavage dans tout cela ?) et vraie faute de gout avec une scène de sexe explicite.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

Patricia Rozema a voulue capturer l’esprit de Jane Austen et par la même occasion oubliée qu’elle avait aussi un livre à adapter. De même on déplorera la lourdeur de la tirade finale de Mary Crawford sur sa vision moderne de la société quand tout cela était si finement amené par Jane Austen. Les idées sont bonne mais finalement mieux aurait valu une franche infidélité que cet entre deux ou rien ne fonctionne car même si elles sont moins criantes sans avoir lue le livre les incohérences sautent aux yeux.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

Malgré toutes ces tares le film n’est pas désagréable pour autant. Frances O’Connor charmante et gauche est très bien, les ajouts de quelques séquences intimistes son agréables et formellement c’est très réussi (superbe photo de Michael Coulter) avec de belles idées de mise en scène comme lorsque les personnages s’arrêtent puis reprennent leur activité le temps que le commentaire en voix off s’achève.

Mansfield Park - Patricia Rozema (1999)

L’interprétation est dans l’ensemble transparente hormis Alessandro Nivola à l’ambiguïté parfaite en Henry Crawford Lindsay Duncan dans le double rôle (il fallait être attentif !) de l’engourdie Lady Bertram et de la plus rude Mrs Price. Donc objectivement cela se laisser distraitement regarder sans être vraiment un bon film et question adaptation en dépit des bonnes intentions c’est raté avec une modernisation qui rend l'ensemble paradoxalement conventionnel. Encore un où il faudra se tourner vers la version TV BBC pour être satisfait semble-t-il…

Sorti en dvd zone 2 anglais doté de zous-titre anglais et en zone 1 avec sous-titres français.
Bande-annonce où on peut déjà constater l'étendue des dégats...

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