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La consommation en question - à propos d'un sondage sur les propositions des français en matière budgétaire

Publié le 15 novembre 2011 par Amaury Watremez @AmauryWat

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 Un sondage sur les « arbitrages budgétaires » proposés par les français, qui vient de sortir ce matin, les radios et médias en ont toujours sous le coude au cas où, est édifiant sur la perception que les français ont de la société actuelle :

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Ils seraient prêts à des sacrifices du fait de la « crise » selon les pourcentages sortis, sans que l'on touche au système de Santé, à l'Éducation ou à celui de la Retraite qui n'est déjà en 2011 plus vraiment par répartition, les publicités pour fonds de pension divers et variés se multipliant, seraient prêts à ne plus prendre la voiture pour n'importe quel déplacement (même si on sait qu'en France, le conducteur inconscient et irresponsable c'est toujours l'autre)..

Tout cela rassure en un sens, sauf un point. Si les français proposent que le gouvernement réduise ses frais de fonctionnement et de représentation, ce qui serait logique en temps de crise, plus équitable mais aussi symbolique (car ce n'est pas ça qui grève le budget et l'économie de la France), ou les frais de Défense, déjà largement réduits d'ailleurs comme ceux concernant l'Éducation Nationale et la mise en place de la L.O.L.F par le gouvernement Jospin en 2001, censée satisfaire les critères de convergence -monétaristes- européens, catastrophique quant à l'emploi dans la fonction publique.

On note que pour Milton Friedman, l'inventeur du monétarisme, et ses disciples français, Alain Minc, une de ses perles sur les dépenses consacrées aux personnes âgées à ce lien, la follement sympathique Sophie de Menthon, qui explique pourquoi l'économie c'est super aux « chtits n'enfants » de pauvres, Nicolas Baverez, l'état est nuisible à l'économie et forcément oppressif car ne représentant les véritables aspirations des personnes qui sont, selon eux, de continuer à profiter des bienfaits de la croissance en continuant à consommer.

On est donc en droit de se demander si finalement les français ne sont pas encore largement contaminés par cette pensée hyper-libérale plus que toxique sans en avoir conscience, sans vouloir en avoir conscience il est vrai ?

Cette demande de diminution des frais de fonctionnement des dirigeants est aussi un symptôme de l'irresponsabilité collective des citoyens qui ne veulent plus reconnaître qu'eux aussi portent une part de responsabilité de la situation actuelle qui n'est d'ailleurs pas exactement une crise mais une course à l'abîme du sur-consumérisme.

Sont oubliés dans les frais de fonctionnement les salaires des élus locaux, dont beaucoup siègent rarement qui à l'assemblée, qui dans les conseils généraux ou régionaux, leur clientèle qu'ils récompensent après chaque élection, les mairies ou autres organismes qui se nourrissent encore largement sur ce qui reste du gâteau : personnel pléthorique recruté sur des critères arbitraires (copinage etc...), dépenses somptuaires inutiles, etc...

Par exemple, à ce lien on constatera que certains, pourtant ayant beaucoup parlé d'équité et de justice sociale pendant leur campagne, sont les premiers à se servir en augmentant considérablement leurs indemnités.

Les sondés semblent également suggérer que soient réduites les prestations sociales au plus défavorisés, déjà considérés en temps normal, mais sans trop le dire, par les « bonn'gens qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux » comme des fainéants, encore un peu plus en temps de crise.

Dans les sondages, ce genre de questions entraine la même réaction hypocrite que lorsque l'on demande aux gens s'ils votent Le Pen.

Comme c'est encore socialement mal vu de le dire tout haut, on ne l'affirme pas trop, on se récrie, on se justifie mais finalement le « sans abri » qui dort sur une bouche d'aération du métro et survit du RSA est considéré surtout comme un parasite par une part non négligeable des sondés en particulier et des citoyens en général.

Ce qui pose question ce sont les chiffres sur les achats de Noël et de fin d'année, les français seraient absolument d'accord pour rogner sur ce budget comme donc sur leur consommation de biens technologiques parfaitement inutiles.

On se demande qui les enquêteurs ont interrogé face à l'afflux constaté depuis ce week-end dans les centres commerciaux et les supermarchés, spécialement ouverts le dimanche à cet effet, pour préparer justement les courses dites de Noël, qui n'a plus rien à voir avec la fête chrétienne mais qui est devenu la célébration du consumérisme roi.

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C'est justement là le nœud du problème, la question la plus importante, fondamentale, la place centrale de la consommation dans notre société.

Celle-ci est la courroie de transmission du libéralisme, du sur-consumérisme, qui entraine tout le système déjà bien vicié, qui favorise la spéculation et relance les investissements.

Il faut que le consommateur dépense toujours plus, toujours et encore, même s'il a moins d'argent.

Avons-nous réellement besoin du dernier modèle de téléphone cellulaire pour être heureux ?

Non, mais le système fait tout pour nous en persuader afin de s'entretenir. Et même "acteur", même "responsable", même "équitable", un consommateur reste un rouage de l'hyper-libéralisme.

Avons-nous réellement besoin de voitures bourrés de gadgets électroniques tous plus superflus les uns que les autres ?

Non, mais les marchés ont besoin que nous en soyons persuadés pour que nous continuions à dépenser et faire marcher la boutique. En parcourant ce sondage éclairant, complètement contradictoire sur certains points du premier cité, on se pose néanmoins des questions sur la capacité des personnes interrogées à réellement économiser et refuser pour de bon le consumérisme.

Enfin, on note que dans le sondage sur les « arbitrages budgétaires » suggérés par les français, le problème de l'Euro n'est abordé nulle part, reste tabou, alors que sa mise en place et son maintien absurde, les uns par idéologie, les autres pour l'intérêt des marchés, envers et contre tout tiennent quand même une place essentielle dans les difficultés rencontrées par les européens : hausse des prix, baisse des salaires, etc...


les inconnus les commerces par lemondedepero


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