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Variations sur Jekyll et Hyde

Publié le 01 janvier 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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image extraite de l'excellente réactualisation de l'histoire faite par Steven Moffat prise ici

Henry Jekyll était un type très gentil, tout le temps gentil, un peu trop même aux yeux de son entourage.

 Sa gentillesse leur tapait sur les nerfs au fond.

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Il détestait les conflits, la violence verbale et les affrontements polémiques. Il trouvait que c’était des perversions de l’intelligence qui n’amenaient rien de bon, seulement la haine, la sottise entretenant l’étroitesse d’esprit de la plupart des gens s’y adonnant, que la colère, l’agression, la violence ne sont rien d’autres que des vestiges insupportables de l’animalité de l’être humain.

 Il ne se heurtait jamais à personne, et bien sûr, on le prenait au final surtout pour un imbécile. Car dans notre monde, comme dans celui d’avant, un type gentil, une fille gentille, sont pris pour de parfaits crétins.

 Seul un idiot complet pouvait être aussi gentil, et de toutes manières pour les autres personnes autour d’Henry, ça cachait quelque chose. Un type aussi gentil, aussi agréable d’abord devait cacher un vice quelconque, être sans doute homosexuel, ce n’était pas possible.

 Bien sûr, tout cela était faux, il était gentil, et détestait mal se conduire, se rabaisser à ses yeux.

 C’était aussi simple que cela.

 Il n’était pas idiot mais il préférait toujours laisser une chance aux autres de changer de comportement, ce qui bien entendu n’arrivait quasiment jamais. Les êtres humains détestent la vérité, l’authenticité des sentiments, des comportements, des attitudes, ils détestent ne pas pouvoir jouer leur personnage sans que personne ne les prennent en défaut.

 Et ce que les autres n’aimaient pas du tout chez ce pauvre Henry c’est que son attitude les obligeait à baisser la garde, et à être pour une fois eux-mêmes. Et çà çà ne passait pas.

 C’était la raison pour laquelle il avait très peu d’amis proches. Et qu’Henry n’avait jamais connu vraiment de relation sentimentale et plus si affinités durable avec une femme. Il comprenait que les femmes aiment bien les types gentils mais qu’elles sont largement plus séduites par les salauds, les ordures intégrales, qui les attirent comme le phare des voitures le gentil lapin aux grands yeux si doux.

 Comme Henry qui avait un regard qu’elles trouvaient pourtant si émouvant.

 Parfois elles lui disaient bien :

    - Comme je pourrais être heureuse avec toi comme dans un petit paradis !

Ou encore :

   - Tu as des idéaux de vie tellement élevés ! Je voudrais tellement être comme toi et les vivre avec toi mais je ne m’en sens pas le courage tu sais.

 Et le quittaient la bouche en cœur et les larmes aux yeux, émus de leurs propres formules pourtant si creuses…

 Ce qui faisait une belle jambe à Henry comme se dit plus tard un certain monsieur Hyde qui grandissait déjà en lui sans qu’il n’y prenne garde.

 Mais rien n’aurait pu les convaincre, tout comme les amis d’Henry qui l’aimaient bien surtout parce que c’était à leurs yeux leur « pauvre, ou minable, de service », leur alibi pour se donner l’illusion qu’ils avaient bon cœur.

 Elles ignoraient et Henry aussi, du moins au début, que dans le cœur du gentil garçon était un nouvel être, une nouvelle personne aussi, ce monsieur Hyde dont il a déjà été question, qui comptait les points au fond de l’âme d’Henry, un type beaucoup moins agréable à vivre, beaucoup moins conciliant. Henry voyait déjà chez les autres leurs faiblesses, les percevaient au fond tels qu’ils étaient dans toutes leurs petitesses, mais ne raillait pas, ne tournait pas en dérision.

 Monsieur Hyde n’avait quant à lui pas le moindre scrupule à le faire.

 L’âme de la nouvelle personne était comme une perle sombre qui se nourrissait au fur et à mesure des colères rentrées d’Henry, de ses frustrations, de ce qu’il aurait voulu dire mais n’osait pas. Il était physiquement de plus en plus pitoyable.

 Et un jour monsieur Hyde l’emporta.

 Quand Henry comprit que le respect naissait non pas de la bonté, de la compassion et de l’attention portée aux autres, la plupart du temps prises pour des faiblesses, mais que le mépris engendrait beaucoup plus d’attention de la part des autres personnes, même s’ils étaient victimes de ce mépris, surtout s’ils en étaient victimes, car au fond ils ne s’aimaient pas eux-mêmes, se donnant des buts complètement absurdes à atteindre ce qui les aliénait un peu plus.

 Monsieur Hyde avait beaucoup de succès, des personnes qui ne saluaient plus Henry depuis belle lurette s’arrêtaient, l’écoutaient avec attention, alors qu’il était maintenant ouvertement caustique et de plus en plus incisif dans ses remarques.

 Monsieur Hyde plaisait beaucoup aux femmes qui étaient beaucoup plus attirées par lui qu’elle ne l’était par Henry.

 Parfois, malgré tout, monsieur Hyde regrettait l’innocence d’Henry, ses naïvetés de petit garçon, sa crédulité aussi, plus simple.

 Mais Henry avait été une dupe trop facile à tromper. Et ce n’est pas l’âme de monsieur Hyde qui se perdait, mais celle d’Henry qui finissait par se compromettre par faiblesse.

 Si vous croyez en dieu, priez donc pour l’âme du pauvre Henry, si vous n’y croyez pas, ayez une petite pensée d’amitié…


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