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Chronique dérisoire d'une fin de règne

Publié le 29 janvier 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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 Il s'ennuyait ferme au Palais, vraiment il s'ennuyait ferme depuis plusieurs jours, il chipotait dans les saladiers de fromage blanc « 0% » que pourtant avant il adorait s'envoyer au kilo, il courait mais sans entrain. Ce n'était pas une baisse de moral, il ne savait pas trop. C'était comme un coup de cafard qui durait, un peu de bleu à l'âme.

L'image de bonheur simple et naturel a été prise ici

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 Pourtant, il n'était pas comme ces « congés payés » qui s'emmerdent dans les transports en commun, dans leur « achélème » et dans leur boulot, et aussi pendant les vacances, et qui broient du noir toute la sainte journée en regardant les émissions de Sophie Davant, une de ses copines avec Pierre Sled, des trucs ou d'autres « congés payés » viennent pleurnicher un peu, ce qui les calme et console ceux qui sont devant leur téloche.

 Pas désagréable le coup de cafard, il pouvait à son aise s'épancher sur sa personne qui était celle qui comptait le plus au monde pour lui.

 Le soir, quand sa femme invitait ses copains intellos, il s'ennuyait sec également, il ne comprenait rien à ce qu'ils disaient, que des mots chichiteux, des rires entendus, des sourires de connivence car ils se connaissaient tous, et ils avaient tous couché avec elle.

 Mais, bon, ça c'était le passé, essaya-t-il de se persuader, maintenant qu'elle avait trouvé l'homme de sa vie -lui !- elle était fidèle et n'allait pas coucher avec le premier rockeur de salon venu, du genre à avoir passer leur jeunesse à l'École des Roches, là où vont tous les fils à papa, ou au Couvent des Oiseaux, d'où sortaient toutes ces péronnelles qui le prenaient de haut alors qu'elles se faisaient trousser par le premier beau militaire venu, tous des faux culs ! se dit-il. Regardez moi ces faux culs, se répéta-t-il : ça joue les rebelles, les satanistes chic, qui sentaient bon le vin des rochers et le Champagne hors de prix.

 Si l'autre « ancien gros » (il détestait les gros, anciens ou pas !) qui se présente contre lui leur fait un peu de cirage, un peu de lèche, ils sont bien capables de le laisser tomber, tout comme sa femme. D'ailleurs, il a déjà Noah avec lui, saint Yannick Noah, fraudeur du fisc et grande conscience de gauche qui garde surtout son fric pour lui, rien que pour lui.

 Tous ces gars là, il les avait bien eu, tous ces types, plus grands que lui dés la sixième, plus forts aussi, plus beaux, plus populaires que lui, il s'était bien vengé de tout le monde, maintenant, c'était qui le patron, encore pour quelques mois minimum.

 Il regretta de ne pas avoir accompagné Nadine à « la fête de la Quiche » dans sa région d'origine, après elle avait dit qu'il y avait un karaoké géant avec tous les tubes de Michel Sardou et Didier Barbelivien.

 Et le lendemain, un barbecul, comme prononçait Nadine, géant lui aussi sur la grand place de son petit bled, des gens tout simples comme lui.

 En sortant de son bureau, il croisa son reflet dans le bureau, non finalement, il n'était pas mal dans son nouveau complet, un « Hugo Boss » anthracite qui en jetait plein les mirettes, et puis il adorait ses nouvelles « Ray-Ban » (il se souvint bien malgré lui de la blague que faisait Nadine alors :

 « Des raies Ban, des RAIES bans ! », et elle s'étouffait de rire) .

 Il avait la classe absolue !

 Et puis quand même, il était au « Palais », pas n'importe lequel, le palais de l'Élysée merde !

 C'était pas rien !

 En ce moment, les « congés payés » ne l'aimaient plus, ils boudaient. Ce n'était pas trop grave, il bippa Henri, il aimait bien Henri, Henri le trouvait génial, intéressant et toujours pertinent, sacré Henri, comment il ferait, lui Nicolas, pour se faire cirer les pompes une fois qu'il ne serait plus président ?

 Il n'allait pas appeler Claude comme il aurait fait avant, il lui faisait un peu peur Claude, dans le genre « éminence grise », dans le style « J.Edgar » français, à avoir des dossiers sur tout le monde c'était certain y compris sur lui.

 Il lui dit que ce ne serait pas mal de faire croire qu'il avait un coup de déprime, qu'il regrettait tous ses écarts de langage ou de comportement, l'injure pendant le salon de l'Agriculture, la soirée au « Fouquet's » le soir de la victoire en 2007, la nomination de son fils à l'EPAD (à cause de son fils, ce fainéant, il avait été la risée du monde entier) Il dut dire à Henri qu'il ne regrettait pas vraiment car Henri lui fit un compliment juste après sur sa modestie et sa lucidité – il n'en avait rien à foutre de ce que pensait les « congés payé s » de tout ça, d'ailleurs il avait oublié de s'excuser pour les soirées à « la Lanterne » avec Carla.

 S'il n'éyait pas été président, il n'aurait pas pu y aller, ça coûtait un bras !

 Il regarda par la fenêtre, il y avait des touristes et des prolos, il y en avait qui étaient gros, il avait horreur des gros (il se dit que les pauvres ça bouffe vraiment n'importe quoi !) qui prenaient des photos de l'autre trottoir. Ils ne seraient jamais à sa place, c'était des « losers », des perdants.

 Lui, c'était un « winner » et il avait la classe...

 Avec le coup de la déprime, il allait encore faire la première page de « Marianne », et ça ne le dérangeait pas, qu'on parle de lui en bien ou en mal c'était toujours parler de lui...


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