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Les "bouffeurs de curés" 2.0

Publié le 14 février 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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Desproges l'évoque déjà dans son réquisitoire contre Siné au « Tribunal des Flagrants Délires », ces « bouffeurs de curés » qui imitent le cri des corbeaux au passage d'un prêtre, se croyant encore au "bon vieux" temps de "l'Assiette au Beurre", alors que ceux-ci ne portent plus la soutane depuis belle lurette, Deproges suggérait alors que les « bouffeurs de curés » avaient l'air de cons.

illustration tirée de "l'Assiette au Beurre" prise ici

Ils ne voulaient plus de religions, à mon avis, d'ici les prochaines années, ils vont être servis, la laïcité n'étant plus qu'un lointain souvenir en France depuis plusieurs décennies, et ce pas vraiment du fait des catholiques qui se partagent en France, pour les plus jeunes, entre traditionalistes et « laveurs de carreaux » charismatiques et exubérants, dans les paroisses disons « mainstream », on trouve surtout des laïcs d'âge mûr qui sont pour la plupart arc-boutés sur leur interprétation assez spécieuse de « Vatican II », et de moins en moins nombreux de par le fait.

A force de ne rien vouloir transmettre à leurs enfants sur le plan spirituel, sous peine de passer pour paternalistes, ou pire encore réactionnaires, leur progéniture a largement déserté les églises dans lesquelles elle ne met les pieds qu'à l'occasion de rassemblements hyper-affectifs qui sont comme un grand bain grégaire et confortable.

Dans leur esprit, le christianisme, et son pendant catholique, est encore largement dominant et bien sûr oppressif en France, alors que 2% de français au mieux pratiquent tous les dimanches.

On se marie à l'église pour le côté ostentatoire social, la photo avec les amis d'école, la belle robe, l'habit, et le tonton un peu plouc en fond, mais les adolescents ne font plus leur profession de foi, et si on se fait enterrer religieusement ce n'est pas que l'on y croit mais « l'on ne sait jamais » en quelque sorte.

Face à la mort, on note que le pire des « bouffeurs de curés » a quand même des doutes et qu'il éprouve souvent le besoin de se « mettre en règle », voire qu'il promet n'importe quoi afin de ne pas mourir.

Dans l'esprit des « bouffeurs de curés » il ne faut rien qui puisse se mettre entre leur consommation de choses et de personnes, aucuns scrupules ni remords, ni culpabilité. C'est surtout ça qui les gêne quant au catholicisme qui aurait été de ce point de vue tyrannique et moralisateur là-dessus de tout temps, ce qui montre qu'ils ne connaissent pas vraiment leur histoire car les mœurs du point de vue de la pudeur et de la sexualité étaient vécues largement plus crûment au XVIIème et XVIIIème siècles que maintenant finalement, tout comme au Moyen Age.

Que madame Boutin se présente, et elle est présentée comme la « candidate du Vatican », d'un complot des nostalgiques de l'ancien pouvoir de l'Église qui souhaiteraient le retour à l'obscurantisme, tout ça, car celle-ci étant « conseillère spéciale au Vatican », elle aurait donc la bénédiction du Pape.

Si la première fois, elle pouvait faire illusion, maintenant, je crois que personne n'est vraiment dupe quant à ses motivations concrètes.

Sa candidature a deux versants :

D'un côté elle est persuadée, peut-être même est-elle sincère, que cela lui permet de défendre les valeurs chrétiennes sur la défense de la vie, le mariage et la sexualité principalement. Et comme les autres candidats, elle est sûre et certaine d'avoir un destin personnel glorieux, ce qui pour elle va de pair avec ce qu'elles affirment être ses convictions.

Elle remet en cause les préoccupations sociétales des néo-bourgeois qui veulent en l'occurrence baiser, boire, bouffer et jouir sans que cela provoque chez eux de questionnement existentiel.

Et c'est ça qu'on ne lui pardonne pas.

Mais si elle parle et s'insurge contre certaines des conséquences de la Crise de Sens que nous traversons, elle n'en remet pas en question une seconde les causes dont le libéralisme et son corolaire consumériste, alors que c'est là que naît la crise morale.

C'est ce que fait le pape Benoît XVI dans son encyclique « Caritas in veritate » ce que les « bouffeurs de curés » font mine de ne pas voir car cela contredit leurs certitudes et ne colle pas dans leur tableau de la religion catholique.

C'est aussi qu'au fond ils ne souhaitent pas vraiment que l'on remette en cause le consumérisme roi...

De l'autre elle songe surtout à sa carrière et se fiche du reste.

Si « Paris vaut bien une messe », un ministère vaut bien un ralliement à un candidat par encore déclaré mais ça ne saurait tarder, qui promeut des valeurs qui sont à l'inverse de celles de l'Évangile bien qu'il se prétende catholique par ailleurs.

On aurait pourtant aimé qu'elle fasse preuve de courage, laisse de côté juste un moment ses ambitions personnelles, et qu'elle lâche vraiment sa « bombe atomique ».

J'ai bien conscience que mon petit texte ne changera strictement rien au point de vue des "bouffeurs de curés" pour qui un bon catho est un catho mort ou du moins un catho qui ferme sa gueule et qui pense comme tout le monde, de la même manière que certains demandent un pape "en phase", selon la formule de Philippe Muray, d'autres désirent que les croyants le soient également.


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