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“Chronicle” de Josh Trank

Publié le 01 mars 2012 par Boustoune

Si on avait des supers-pouvoirs, on pourrait écrire des super-critiques d’un super-claquement de doigts, en ne disant que des choses super-intelligentes, inspirées, brillantes…
Par exemple sur Chronicle, le film de Josh Trank, qui tourne justement autour de trois ados qui se découvrent des super-pouvoirs…

Chronicle - 4

Au début, on se dit que ça ne va pas être super : le premier choix narratif du réalisateur est d’adopter la forme d’une vidéo en caméra subjective, façon Projet Blair Witch ou Cloverfield, un procédé qui ne donne que rarement des résultats concluants…
Le jeune héros, Andrew, décide subitement de se filmer et de filmer les choses qui l’entourent : sa mère mourante, son père violent et alcoolique, les camarades de lycée stupides qui le harcèlent, mais aussi son cousin Matt, sorte de playboy du bahut qui est le seul à oser le fréquenter, et les formes généreuses des filles de l’école…
Peut-être une façon de surmonter sa timidité et sa solitude…
Toujours est-il qu’il ne quitte plus sa fichue caméra, en cours, dans la rue, dans les party étudiantes… Tout cela jusqu’à une soirée un peu trop arrosée où Andrew, Matt et Steve, le mec le plus cool du lycée, sorte de Barack Obama juvénile, découvrent un curieux trou dans le sol d’une clairière. Comme il faut bien que les jeunes fassent des expériences, ils pénètrent dans le trou fumant et entrent en contact avec une source d’énergie tellement puissante qu’elle leur vrille le cerveau…
… Et les yeux du spectateur puissent que l’image de la caméra devient complètement floue, saturée de bruit.

Chronicle - 2

Quand ils se réveillent, ils ont le pouvoir de télékinésie, la faculté de déplacer des objets par la seule force de la pensée. Et plus ils apprennent à maîtriser ce don tombé du ciel – ou plutôt venu des entrailles de la terre – plus ils parviennent à faire bouger des choses volumineuses, voire à se déplacer eux-mêmes dans les airs. 
Mais ceci n’empêche pas Andrew de continuer à filmer sa vie avec une toute nouvelle caméra vidéo. La différence, et c’est là que cela devient intéressant, c’est que comme il peut contrôler la caméra à distance, elle se balade autour de lui, en toute liberté, et autorise des angles de prise de vue un peu moins répétitifs et moins limités que ceux proposés habituellement par ce genre de film.
La narration s’en trouve dynamisée et le film bénéficie alors d’un second souffle salutaire.

Mais, ce qui change surtout des ersatz du Projet Blair Witch, c’est qu’ici le dispositif n’est pas qu’un gadget ou une astuce scénaristique. A travers le cheminement du film, Josh Trank propose une réflexion autour du rôle d’un cinéaste, son travail, son pouvoir.
Qu’est-ce qui fait qu’une personne devient cinéaste ?
Qu’est-ce qui pousse une personne à prendre un jour une caméra et filmer le monde qui l’entoure ?
Jusqu’à quel point les films qui ont forgé une cinéphilie (Star Wars par exemple) influent-ils sur l’univers d’un metteur en scène?
Un réalisateur n’est-il pas semblable à cet adolescent doté de dons extraordinaires, une sorte de démiurge au pouvoir sans limite – ou presque? N’est-il pas lui aussi un peu narcissique, obsédé par l’idée de laisser au monde une trace de son existence?
Et, à partir du moment où il bénéficie d’un certain pouvoir, quels sont les limites qu’il doit s’imposer pour ne pas sombrer dans la mégalomanie?

Chronicle - 6

Hé oui, malgré son allure débonnaire de popcorn movie bricolé entre copains, Chronicle s’avère plus profond et plus intelligent qu’il n’y paraît, en proposant plusieurs niveaux de lectures : un thriller fantastique original qui tranche avec les habituels blockbusters d’action hollywoodiens, une réflexion sur la liberté et le pouvoir (politique, social, humain…) et une allégorie du travail du metteur en scène.
Pour un premier long-métrage indépendant, c’est gonflé! Et sacrément réussi!

Alors tant pis si le film s’essouffle un peu sur la fin, quand Andrew l’apprenti Jedi passe du côté obscur de la force et décide de se venger de ceux qui lui ont pourri la vie jusque-là. Tant pis si le scénario retrouve alors une configuration plus conventionnelle avec affrontement du Bien contre le Mal au sommet de la ville, et si l’oeuvre se remet sur les rails d’un cinéma plus commercial qu’art & essai. Cela n’enlève rien au plaisir ressenti à la vision de ce film rafraîchissant, porté par des jeunes comédiens épatants, Dane DeHaan en tête.

Cette critique aussi commence un peu à s’essouffler…
Si on avait des super-pouvoirs, on lui trouverait en un rien de temps une super-conclusion. Mais voilà, on n’en a pas…
Alors on vous dit juste que Chronicle se situe bien au-dessus de la moyenne des films fantastiques produits aux Etats-Unis et qu’il s’agit d’une oeuvre tout à fait honorable, à découvrir sur grand écran…

  

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Chronicle
Chronicle
Chronicle

Réalisateur : Josh Trank 
Avec : Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly, Ashley Hinshaw, Bo Peterson, Anna Wood
Origine : Etats-Unis, Royaume-Uni
Genre : côté obscur de la force
Durée : 1h24
Date de sortie France : 22/02/2012
Note pour ce film :
contrepoint critique chez : Ouest France
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