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Marilyn, victime expiatoire des fantasmes sur celluloïd

Par Amaury Watremez @AmauryWat

à propos de « My week with Marilyn », film marilynmonroe-0418a-5_980-616019a36.jpgde Simon Curtis

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photo de Milton Greene, d'une des "black sessions" prise ici

Je sors de voir ce film qui raconte huit jours de romance que Marilyn auraient vécu avec Colin Clark, jeune assistant de Lawrence Olivier, devenu ensuite documentariste et écrivain, lors du tournage mouvementé, comme tous les tournages avec Marilyn de « The prince and the showgirl », premier film produit par Marilyn elle-même qui voulait échapper à la tutelle de Darryl Zanuck, un autre des génies fous du cinéma, et de la Fox à qui elle devait encore quelques apparitions dans des films anodins où on lui demandait d'être juste sexy.

Son nom dit forcément quelque chose aux cinéphiles car il participa aussi au renouveau du cinéma britannique dans les années 80, après les jeunes gens en colère de la nouvelle vague anglaise des années 70, du « Free cinema » emmenés par Laurie Anderson.

Je reste un rien dubitatif cependant sur « My week with Marilyn », car la plupart du temps, ces moments où la star est censée vivre une brève rencontre avec le jeune homme sonnent faux, que ce soit les grandes déclarations que son personnage lance, qui sont trop belles pour être vraies, ou ce que lui répond la blonde la plus célèbre du cinéma.

Ce long métrage a aussi le défaut d'être très scolaire, et tellement appliqué dans sa réalisation, les acteurs portent tous des costumes sans un faux pli, les rues sont d'une propreté remarquable et les passants vraiment très discrets et bien élevés.

Par contre, les moments qui parlent de la création cinématographique pure, la différence entre jouer la comédie au cinéma ou sur les planches, le jeu instinctif de Marilyn, naturellement douée pour la comédie, qui par manque de confiance écoutait comme parole d'évangile les sottises pseudo-intellectuelles de Lee et Paula Strasberg qui la bridait plus qu'autre chose, comme on peut le voir dans « Bus Stop », réalisé par Joshuah Logan ou la fameuse « méthode » suivie à la lettre par le réalisateur la rend presque mauvaise, éteinte, totalement artificielle.

« Pourquoi ne pas simplement jouer ? » ainsi que demanda un jour Lawrence Olivier à Dustin Hoffman qui fut longtemps un autre partisan de « la Méthode ».

affiche du film prise ici

My-Week-With-Marilyn.jpg
Une réplique du film dit sur l'entourage de la star tout ce qu'il y a à dire, son entourage de parasites bien ou mal intentionnés a profité d'elle et de son aura de Marilyn, « elle » comme elle disait, l'autre, celle qu'elle devenait devant les caméras. Marilyn était la victime expiatoire, l'agneau à l'abattoir de la machine à rêves, ne voulant pas la quitter car si elle était accro à divers médicaments, et à l'alcool, elle l'était aussi aux films qu'elle tournait, les meilleurs étant sans doute les deux tournés avec Billy Wilder, « Some like it hot », une comédie qui sait à être totalement amorale de manière guillerette, et « The seven year itch », où elle se moque de son image, le film étant cependant plus théatral, et celui où elle joue pour Howard Hawks, « Gentlemen prefer blondes », elle y est une croqueuse de diamants faussement naïve et un rien cynique que les bijoux rendent folle.

L'exploitation de l'image de Marilyn a continué après sa mort, on ne compte pas les biographies sur elle, des plus mauvaises aux meilleures, la toute meilleure étant celle de Norman Mailer, ses « Mémoires imaginaires » de Marilyn, la moins bonnes étant celle de Donald Spotto, spécialiste des bios à l'américain, vaguement psychanalisante et basée sur des ragots, sur sa mort, sur ses liaisons, sur les papiers qu'elle a laissé, sur son suicide ou son assassinat, sur à peu près tout de son existence devenue totalement transparente. Norman Mailer et Arthur Miller, deux écrivains de talent, Milton Greene, celui qui l'a le mieux photographiée, dans les « black sessions », ont continué à construire leur célébrité sur son dos après sa mort.

Le seul qui l'ait peut-être vraiment aimée c'est certainement Joe Di Maggio...

C'est assez logique, les génies sont parfois aussi des salopards. A noter que « Blonde », la pavé « non-fiction/fiction » sur Marilyn, de Joyce Carrol Oates à l'intention dé départ certainement honorable se base sur un parti pris chichiteux et intellectualisant qui devient pénible à la longue, donnant un genre de Claude Simon américanisé.

Pour revenir au film, le jeu de Michelle Williams qui joue Marilyn est tout bonnement remarquable, elle est sont personnage, quel dommage qu'on lui fasse dire des répliques manquant tellement de vérité.

Elle rend toute la complexité de Marilyn qui excitait chez les hommes le complexe du chevalier blanc, l'alibi qu'ils se trouvaient pour justifier leur désir, qui aimait et détestait ça, qui aurait voulu être Norma Jean et qui aimait beaucoup, passionnément, être Marilyn. « La caméra l'aimait » disait de Marilyn son premier agent, Johnny Hyde, et on peut rajouter qu'elle aimait le cinéma en retour.

A en mourir...


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