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Les deux Frances

Publié le 08 mai 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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Hier, sur « Arte », à côté de la journaliste – présentatrice, qui cachait à grand peine sa jubilation, objective je suppose, il y avait Plantu, célèbre dessinateur de « centre gauche » (à savoir de cette gauche qui n'assume pas entièrement) qui fit un dessin cependant très juste parlant de deux frances se regardant en « chiens de faïence », un français issu du multiculturalisme contemplait en face de lui, au-dessus d'un gouffre les séparant, une famille de français « souchiens », deux Frances séparées presque irrémédiablement :

image prise ici

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La France dite « multiculturelle », représentée hier soir par des « pipeaules » que l'on vit aussi à l'Élysée avec Sarkozy lors du vote de la loi Hadopi (Guy Bedos entre autres qui est de gauche pour la posture et de droite pour le pognon, comme tous les autres) et la France des « gens qui souffrent » (TM)° selon la formule méprisante dénichée par un communicant de l'UMP et du PS pour désigner ces électeurs « souchiens » qui n'ont pas voté comme il convient au premier tour, à savoir selon l'arbitrage de la « gauche morale » (ou moralisatrice), la France des catholiques méprisés et constamment raillés, rejetés (alors qu'ils ne représentent que 1% de la population, mais semble-t-il c'est encore trop).

 Le soir de la victoire, les représentants de la « France multiculturelle » disaient tout haut ce qu'ils pensaient tout bas quelques jours plus tôt, cette France qui souffre c'est la France des « franchouillards » comme beaucoup à gauche hier osèrent dire sans trop de scrupules après avoir dragué pendant quinze jours à gros sabots cet électorat qui a voté Front National en masse, un électorat dont ils se moquent donc encore une fois dans les grandes largeurs.

 Ils ne s'étonneront donc pas du retour de bâton d'un vote important pour la droite radicale provoqué par leur propre aveuglement. On ne pourra pas dire que l'on ne les avait pas prévenus !

 La France multiculturelle et de la gauche dite morale feignent de croire d'ailleurs que le vote de ces électeurs pour Hollande est un vote d'adhésion à des idées et non surtout un vote-sanction d'abord et avant tout contre Sarkozy, basé surtout sur un rejet de la personne et non de ses idées, et sans pour autant lui opposer un projet alternatif.

 Ce qui amène à penser que le vote protestataire de ces élections, ce n'est pas le vote le Pen mais le vote Hollande au fond !

 C'est aussi un vote comparable à l'attitude de certains adolescents qui lors de leur crise post-pubertaire rejettent tout ce qui leur apparaît comme un surmoi, quelque chose qui pourrait brider leurs pulsions, leurs émois, ce que représentait Sarkozy pour eux, même si la plupart de ses mesures réputées répressives n'étaient au fond que des effets de com, mais en l'occurrence, c'était déjà ressenti comme de trop. Cela suffit à certains pour être tentés de se jeter dans les bras du premier démagogue qui passe.

 La France « multiculturelle » c'est la France pour qui être français c'est avoir une carte d'identité française en poche, avec tous les droits afférents, mais curieusement on ne parle jamais d'éventuels devoirs tout étant dû au citoyen qui devient une sorte de consommateur de citoyenneté qui considère qu'il n'a à faire que ce qui lui plaît, selon son humeur.

 L'autre France, la France des « franchouillards », des « beaufs », des "Dupondt Lajoie" sans cesse raillée depuis des décennies, y compris pendant les quinquennats et septennats de droite, c'est celle qui a le tort pour notre époque festiviste de considérer qu'être français c'est adhérer à des valeurs, à une histoire, même chaotique, à une culture, à l'attachement à la communauté nationale, un droit qu'on lui refuse, qu'on ridiculise.

 Le français multiculturel se revendique de toutes manières la plupart du temps « citoyen du monde », il aime tout le monde, donc personne.

 Et il tourne en dérision cet attachement à des valeurs et des racines communes quand il ne va pas jusqu'à invoquer le retour des z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°) ce qui coupe court à toute discussion.

Il est toujours dans la posture et l'apparence, car au fond quand il promène son chien dans un quartier « difficile », aimable pléonasme, il serre les fesses comme les autres, tout comme les autres il n'aime pas et méprise au fond ces femmes en « burka », voire simplement en « hidjab » dans les rues de sa ville, qu'il considère comme arriérées au final, mais sans trop le dire, et puis de toutes façons il n'habite pas les mêmes quartiers.

Et donc contrevenir au masochisme mémoriel de mise depuis longtemps en France.

Il est quand même difficile à comprendre pourquoi n'importe quel peuple, pays, n'importe quelle ethnie, culture ou civilisation, peut revendiquer dans le monde sa fierté d'être elle-même alors que le peuple français devrait sans cesse battre sa coulpe et s'auto-flageller.

Dans quel autre pays, et je pose la question tout à fait calmement, voit-on des personnes se réjouir des résultats d'une élection en brandissant des drapeaux d'autres pays et en clamant leur mépris du pays qui les accueille ? (le lien mène à "l'Express", un hebdomadaire que l'on ne saurait soupçonner d'être proche du FN)

Les deux Frances se haïssent, elles ont de plus en plus de haine l'une envers l'autre. Ce qui reste du dialogue politique se concrétise surtout dans les attaques personnelles, la stigmatisation de l'adversaire, la délation, le fiel et l'allusion des ragots. La contradiction n'est plus acceptée, et les camps se radicalisent, y compris celui de la gauche morale qui accepte à peine le pluralisme des opinions, qui paradoxalement ne se sent pas gênée pour autant de continuer à jouer le rôle d'arbitre des élégances politiques.


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