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Les Métiers du Livre - Auteur de romans

Par Bookenfolie @bookenfolie
Bonjour à tous !
Voici le troisième interview "Les Métiers du Livre" ; Auteur de romans.
Pour retrouver la présentation de ce projet, suivez le lien !
Les Métiers du Livre - Auteur de romans
Ecrivain est le métier le plus étrange, difficile et périlleux des métiers du livre... Et pourtant, c'est celui qui soutient tous les autres !Nicolas Jaillet, auteur des romans "Intruse" et Clandestine" chez Hachette, va vous faire découvrir cette facette du métier !Les Métiers du Livre - Auteur de romans
Je m'appelle Nicolas Jaillet. Je suis auteur, et j'aime les mots qui ont un sens. C'est pour ça que je dis « auteur » et non « écrivain ». Je suis né le 27 mai 1971 ; donc je termine ma quarantième année, qui s'est pas trop mal passée, finalement. C'est bientôt mon anniversaire. Et j'adore les cadeaux.
Le blog de Nicolas Jaillet
Partie 1 : Le métier
- Quel est votre parcours ; quelles études avez-vous suivies avant de devenir auteur ? Y a-t-il des études pour devenir auteur ? :)

Je n'ai pas suivi d'études avant de devenir auteur, mais j'en ai suivi après. J'ai grandi dans une famille où l'on lisait beaucoup. Dès qu'une question, à table, faisait débat, j'ai toujours vu ma mère se précipiter sur un dictionnaire pour vérifier. J'ai appris très tôt l'usage des dictionnaire spécifiques : le Robert pour la langue, le Larousse ou L'Universalis pour les données encyclopédiques, le Mourre pour l'Histoire... Donc, j'ai grandi dans une atmosphère où les livres étaient la seule source digne de foi. Je suis allé à l'école comme tout le monde, mais quand j'ai eu le BAC, j'étais trop accaparé par mes activités théâtrales. J'étais très engagé dans une troupe de théâtre jeune public. Donc, c'est ce que j'ai fait au lieu de suivre des études. Mais à force de faire du théâtre sans avoir jamais pris de cours, je me suis senti un peu coupable. Je me suis inscrit dans un conservatoire d'arrondissement. J'ai appris à jouer plus doucement, à placer ma voix, à ne pas hurler dans l'oreille de mes partenaires... C'est dans cette troupe que j'ai commencé à écrire de la fiction, et d'une certaine façon ça m'a tenu lieu d'école. Il y avait beaucoup de contraintes, et ça m'a aidé énormément : il s'agissait de faire des spectacles courts, de 50 minutes, avec trois comédiens, mais le plus d'action possible. Il fallait intégrer dans l'écriture les contraintes techniques, les changements de costumes, etc... C'est très stimulant pour commencer. J'ai fait un peu tous les métiers du spectacle, sauf costumier. Entre temps, je ne sais pas pourquoi, j'ai commencé à écrire des romans. De fil en aiguille l'édition a remplacé le spectacle. Ce n'est pas que ça paye mieux... C'était une voie nouvelle, j'avais envie de la suivre. J'ai toujours été fasciné par le personnage que joue Dustin Hoffman dans Little Big Man. Il raconte sa vie par étapes, en disant à chaque fois : « C'est ainsi qu'à commencé ma période... Soldat, Indien, Joueur professionnel, Roi du Revolver... » J'ai eu ce qu'on appelle un « parcours » assez riche, ce qui rend l'exercice autobiographique un peu périlleux. Et donc, quand j'ai commencé à gagner ma vie en publiant des livres, j'ai eu le même complexe : je me suis inscrit à la Sorbonne et j'ai fait une licence de lettres classiques. Je n'y ai strictement rien appris dans le domaine de l'écriture de fiction, du moins en ce qui concerne l'artisanat, mais j'ai un peu déniaisé ma culture générale, ça ne fait jamais de mal. Tachons de répondre à votre question : y a-t-il des écoles de l'imaginaire ? C'est compliqué. Je crois que l'imagination, ça se travaille. Dans Mon dernier soupir, Luis Bunuel explique qu'il travaillait son imagination, comme on travaille un muscle : il donnait rendez-vous le matin avec son scénariste, ils se disaient bonjour, ils buvaient un café, et puis, après, au lieu de se mettre tout de suite au travail, chacun partait de son côté pour inventer une histoire. Ils se retrouvaient une demi-heure plus tard. On peut imaginer des centaines d'exercices de ce genre. Aucun n'est mauvais. Je crois aussi qu'il y a une logique dans l'imaginaire. Nos rêves – je veux dire : nos vrais rêves, ceux que nous faisons la nuit – nous renseignent sur ce que nous sommes, mais ça ne donne pas une matière intéressante pour des récits. Ou très rarement, et de façon très parcellaire. Je sais qu'aux Etats Unis, les cours de « creative writing » sont très répandus. Je crois que ça commence à exister un peu en France. Ce qui est bizarre dans l'enseignement que j'ai reçu en Lettres, c'est que l'écriture de fiction est très sollicitée au début : jusqu'en quatrième, ou faisait des « rédactions ». Et puis, plus du tout. Mais il me semble que, ça aussi, ça a évolué. Il y a une épreuve d'écriture de fiction au BAC, maintenant, et je trouve ça très bien. Ce qu'il faut, surtout, à mon humble avis, c'est : considérer votre activité, qu'elle soit professionnelle ou amateur, qu'elle vous rapporte peu, pas ou énormément d'argent (je suis entre les deux premières catégories...) comme un enseignement. En écrivant de la fiction, tous les jours, j'apprends à mieux écrire de la fiction. J'essaie des genres, des styles nouveaux, qui m'enrichissent, et qui font qu'au moment où j'écris, je ressens quelque chose. Ça me paraît important. - Il y a auteur et auteur... Pouvez-vous nous expliquer les deux termes ?les deux termes ? (je pense aux auteurs dit “naturels” ceux qui inventent des histoires au gré de leurs envies et les autres où les éditeurs commandent des histoires)Avec votre permission, j'intervertis l'ordre des deux questions, vous allez comprendre pourquoi... Je suis à la fois auteur, et auteur. Non, je suis à la fois : alternativement auteur et auteur, et à la fois auteur et auteur. Je m'explique : je travaille beaucoup à la commande. C'est ce qui me nourrit, disons, à 70 %. Et puis je fais aussi des livres qui sont des auto-commandes : Le retour du Pirate, Sansalina, Nous les maîtres du monde et bientôt Cage, aux éditions Après la Lune... Autant de livres que j'ai choisi d'écrire tout seul, et que j'ai ensuite proposés, voire imposés, à un éditeur. J'ai de la chance, j'ai un éditeur pour ça. Il s'appelle Jean-Jacques Reboux. Il n'a peur de rien. Il n'a aucun préjugé, du moment que le livre lui plaît, il le publie. C'est mon laboratoire. J'essaie des choses sans chercher à savoir si ça plaira, si c'est dans l'air du temps, si c'est dans telle ou telle ligne éditoriale. C'est une chance énorme. Merci Jean-Jacques. Donc j'ai des projets personnels, et des travaux de commande. Mais il faut savoir qu'il y a des degrés dans la commande. Par exemple, la série des Fanny, pour les éditions Hachette, c'était une commande très floue. Cécile Terouanne, qui a été à la source de la série Twilight en France, se disait avec raison que les vampires, ça n'allait pas durer tout le temps. On s'est mis d'accord pour essayer autre chose : des récits historiques, d'aventures, avec pas mal d'humour, et d'amour. Comme la sexualité, chez les vampires, c'est très compliqué, on s'est dit qu'on pourrait se placer au début du romantisme européen, qui a été, on l'oublie un peu trop, une période de grand épanouissements des valeurs individuelles, et, entre autres, d'émancipation sexuelle, notamment pour les femmes. Tout ça est le produit de longues conversations, d'échanges de mails, donc c'est une commande, certes, mais elle est assez floue, assez libre. A l'extrême inverse, j'ai un éditeur qui proicède de la façon suivante : il reçoit une photo pour la couverture, il écrit la quatrième de couverture (le synopsis, si vous voulez) et ENSUITE il demande à un auteur de rédiger un récit en conformité avec sa couverture... Mais, c'est aussi très stimulant. En soi, d'abord, et puis aussi parce que, lorsque vous écrivez beaucoup sous la contrainte, vous nourrissez des envies plus fines, plus pertinentes, pour vos projets personnels. Je ne vois pas comment on peut se demander intelligemment : « qu'est-ce que ferais, si j'étais libre ? » quand on est libre. Il n'y a que le prisonnier qui sait ce que c'est que la liberté. Et qui peut nourrir une réelle réflexion sur le bon usage de cette liberté. Eventuellement. - Concrètement, être auteur, cela consiste en quoi ? Comment occupez-vous vos journées ?Donc, mes journées se partagent entre travaux de commande et non-commandes. Evidemment, les travaux de commandes sont plus faciles que les autres. D'abord parce que le cadre, c'est un travail qui existe, et dont vous profitez : mine de rien, un éditeur qui vous impose une histoire, il a déjà travaillé pour vous, il faut en profiter. Et puis, il y a une loi dans les métiers artistiques : plus vous faites des ouvrages qui ressemblent à d'autres ouvrages, mieux vous êtes payé. Or, il est beaucoup plus difficile d'écrire un ouvrage qui n'a pas encore été écrit. C'est mon expérience, du moins. Donc, j'essaye de préserver les meilleurs heures de ma journée à la fiction personnelle, et les autres aux ouvrages de commande. Pas parce que je prends les seconds par-dessus la jambe, mais parce que c'est plus reposant, d'écrire des commandes. Ceci dit, je ne peux pas toujours tenir cet emploi du temps. J'ai des calendriers. Et puis, ce n'est pas une loi absolue. Parfois, quand j'ai beaucoup donné dans des travaux de commande, ça peut être très reposant de se consacrer à des travaux plus personnels. Il y a aussi la promotion, qui prend du temps (ce que je suis en train de faire en ce moment même, par exemple) et qui peut être une activité nourrissante, productive. Je suis invité dans des salons du livre, des ateliers d'écriture. Je n'en fais pas énormément, mais pour certains auteurs je sais que c'est LA source principale de revenus. Mais je le fais toujours avec plaisir. C'est une activité qu'il ne faut pas négliger. Si les gens sont assez sympa pour vous inviter, vous payer un billet de train, une chambre d'hôtel, pour vous préparer une table sous un barnum où ils ont fait des efforts pour faire venir les rares personnes encore vivantes qui aiment les livres... La moindre des choses c'est d'y aller avec le sourire. De toute façon, on n'a pas le choix : nos livres ne se vendront pas tout seuls. Mais une journée habituelle, ça se passe à peu près comme ça : je me lève vers cinq heures, le matin. Je suis du matin, je l'ai toujours été. Je ne prétends pas qu'un bon hauteur doit travailler exclusivement le matin. Il doit travailler à l'heure où il se sent le plus vif, le plus énergique, le plus disponible... Dons, le créneau 5 – 7 du matin, c'est le moment idéal pour moi. Je peux rédiger jusqu'à cinq mille signes, sans me rouler par terre de honte en me relisant plus tard. Puis la maison se réveille, je m'occupe de ma famille, j'accompagne les enfants à l'école. J'ai ensuite une deuxième journée. A cause de la digestion du petit déjeuner, je suis un peu plus lent à ce moment là. Si je suis en panne, je lis un peu. Le plaisir que m'inspire un bon auteur, m'aide à me remettre au travail. Je me dis : « C'est bon de lire un livre. Moi aussi, en bossant un peu, je peux donner un peu de ce plaisir aux autres... » et je m'y remets. La lecture d'un mauvais auteur peut vous stimuler aussi... Pour d'autres raisons. L'après midi, j'essaie de me nourrir. Je regarde des films, je vais en bibliothèque. Si j'ai bien produit de cinq heures à, disons, quatorze heures, je m'accorde un peu de flânerie, je me promène. Il faut regarder les gens aussi. Les gens et les choses. Mais regarder vraiment. Comme un peintre qui pose son chevalet et qui se met au travail. Vous vous installez sur un banc, dans la rue, et vous regardez ce qui se passe à la table de bistrot en face de vous. Qui parle à qui. De quoi ont-ils l'air de parler ? Qu'est-ce que ces deux personnes ont en commun ? Qu'est-ce qui les rapproche, les éloigne ? Je peux passer des heures à faire ça. Regarder, écouter, si on le fait bien, c'est une activité qui vous met en sueur. Et donc, oui : je prends deux douches par jour. Sinon je me ferais virer de chez moi. Il faut dire, pour être honnête, que je ne me réveille pas tous les jours à cinq heures. Quand je dors le matin jusqu'à ce que le réveil sonne, j'éprouve une satisfaction vaguement coupable, mais très vaguement. - Avant de commencer un roman, connaissez-vous déjà toute l’histoire ou celle-ci s’invente-t-elle au fil de l’écriture ? Par définition, dans un projet de commande, on a déjà un synopsis. Mais on peut s'apercevoir en cours de route qu'une idée qui marchait très bien à cette échelle n'est simplement plus possible à l'échelle du roman : le général ne colle pas avec les détails. Un éditeur intelligent comprend ça ; on ne vous en voudra pas de vous être écarté du synopsis de départ, de l'idée sur laquelle vous avez signé un contrat, si c'est pour écrire une histoire meilleure. Un synopsis, c'est un outil. Ça sert beaucoup à rassurer les éditeurs. Quand vous rencontrez quelqu'un avec qui vous avez envie de travailler, il faut lui donner le sentiment que vous savez où vous allez. Même si c'est un peu un mensonge. Même si, au fond, ce qui vous intéresse, c'est la jungle. La jungle, c'est un peu plus ce que je ressens quand je me lance dans un projet personnel. Là, le seul objectif, c'est d'emprunter des voies qui éventuellement sont encore en jachère. Alors, ce serait absurde de faire un synopsis. Imaginez un explorateur, qui dessinerait une carte détaillée d'une région que personne n'a jamais visitée. Par exemple, en ce moment, je suis en train de terminer un roman. Quand je l'ai commencé, je me disais : « C'est une histoire formidable, je veux absolument raconter ça ! Mais... Je ne sais pas du tout comment je vais faire ! » C'est très excitant. A force d'essayer, de tenter des pistes qui ne marchaient pas, puis d'autres qui marchaient un peu mieux, j'ai le sentiment d'avoir trouvé le ton juste pour raconter cette histoire-là. Une histoire à la fois banale, terriblement banale, et qui, à ma connaissance, n'a pas encore fait l'objet d'un roman. - Comment évolue le métier d’auteur une fois lancé (activités/ salaires/...) ? On n'est jamais lancé. Catapulté, ce serait plus juste... Je connais une romancière qui a vendu certains de ses livres à plus d'un million d'exemplaires, à qui l'on refuse des manuscrits, parfois. Et ce n'est peut-être pas très grave, dans le sens où c'est stimulant, d'être remis en question... Donc, au jour le jour, on écrit du mieux qu'on peut, on remplit des commandes, on négocie des contrats, on arrête les négociations quand les gens vous répondent : « c'est ça ou la porte », ce qui arrive assez rapidement, il faut le dire. Mais je crois que c'est important, de ne pas tout lâcher. Le métier d'écrivain est en train de se déprofessionnaliser. Il y a dix ans, il était normal qu'on propose, même à un auteur débutant, 10 % sur les ventes de ses livres. Aujourd'hui, quand un éditeur vous propose 3000 euros d'à valoir et 7 % sur les ventes, il a vraiment l'impression de vous faire une fleur. Et un roman, c'est au moins 500 à 1000 heures de travail. Donc, il faut trouver des travaux pour financer ces livres. Par ailleurs, autrefois, les auteurs percevaient leurs avances en avance. Maintenant, on touche souvent les à valoirs après la publication du livre, au moment où on en a le moins besoin. Il faut que ce processus s'arrête, et s'inverse, il faut revenir à un état plus correct du partage des recettes. Pour ça, il faut que chaque auteur, individuellement, essaye d'obtenir les meilleures propositions pour lui, qu'il communique ses résultats à ses collègues. Il faudrait aussi que les auteurs se fédèrent, qu'ils arrêtent de se tirer dans les pattes... C'est pas gagné. Pour en revenir à votre question, je ne me sens pas « lancé ». Je travaille beaucoup ( mais j'aime ça!!) et je gagne en moyenne le salaire d'un instituteur. Je n'estime pas que je devrais gagner plus, et d'ailleurs, un instituteur, ça travaille aussi beaucoup. J'ai l'impression d'être entré dans une cour d'école, dans laquelle je rencontre des gens de loin en loin. J'essaye de me faire la réputation de quelqu'un qui travaille vite et plutôt pas trop mal, dans des genres différents. Autour de moi, il y a d'autres cours d'écoles, auxquelles je n'ai pas accès. Certaines sont plus prestigieuses, mais j'aime bien la mienne à moi. C'est celle du roman noir, du roman d'aventures, de la SF... En gros, le genre de livres que les gens lisent essentiellement par plaisir. Et ça me va bien. - Pour vous, quels sont les éléments principaux qu’il devrait y avoir pour qu’un roman plaise ? J'essaie d'abord de faire des romans qui me plaisent, à moi, ensuite, on verra. J'aime qu'un roman de fiction raconte quelque chose. Qu'il y ait une métaphore, une idée philosophique qui sous-tende tout le récit. Quelle différence entre un révolutionnaire et un délinquant ? Comment devient-on un monstre ? Comment faire quand vous vous apercevez que votre maison, c'est votre prison ? Ce genre de choses. Le risque, c'est de s'en tenir à l'aspect métaphorique des choses. Parce qu'un bon roman, c'est avant tout de la chair. Il faut que les personnages, vous y croyiez, pour que les lecteurs aussi y croient. En général tout va ensemble : si vous avez une bonne problématique de fond, vous trouverez un bon récit, avec de bons personnages, vous trouverez des dialogues drôles et vivants, des situations émouvantes... Mais, comme toutes ces dimensions sont liées par système, ça veut aussi dire que vous pouvez commencer autrement : démarrez avec une scène que vous avez envie de raconter, et si elle fonctionne, c'est qu'elle met en œuvre de bons personnages, qui sont à la foi charnels et qui représentent des idées... Je tiens à dire aussi que cet aspect de la question, personne ne peut y répondre. Ni moi, ni les éditeurs, ni même le public. Un auteur qui se lance dans un projet, non parce qu'il le sent dans son ventre comme un besoin vital, mais parce qu'il spécule sur le succès de cette histoire, je peux vous garantir qu'il est en train de se planter en beauté. Les éditeurs se trompent de façon chronique, je ne vais pas épiloguer là-dessus. Quant au public... Savez-vous qui était LE best-seller du XVIIème siècle ? Non, ce n'était pas Corneille. Racine ? Non plus. LE best-seller absolu du XVIIème, celui qu'on vous aurai cité à l'époque comme étant, à coup sûr, le seul auteur de l'âge classique dont on se souviendrait trois siècles plus tard, c'était... Honoré D'Urfé. Best-seller du XVIIIème ? Pixérécourt, bien sûr ! Du XIXème ? Porto Riche. Vous voyez ? Faire des livres qui plaisent, c'est quelque chose qu'on ne peut pas faire intentionnellement. On peut dire, parce qu'on est jaloux d'un auteur qui vend beaucoup de livres et qui gagne beaucoup d'argent : oui, c'était à prévoir, il a mis tels et tels ingrédients, c'est facile... Si c'est si facile, essayez. - Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ? Hmmm... La magie. Il y en a un peu, parfois. - Ecrire un roman, le but ultime est souvent de le publier. Quels sont les étapes de l’envoir d’un manuscrit à la sortie en librairie ? Je m'inscris en faux : une fois que vous avez écrit un livre, et que vous le publiez, ce n'est pas le but ultime, c'est le début de vos problèmes. Après l'avoir publié, il faut le vendre, et ça, personne ne le fera à votre place. Il faut être présent sur des salons, sauter sur toutes les occasions de rencontrer des lecteurs, exister sur le plan médiatique, ce qui n'est pas la partie la plus drôle du boulot, contrairement à ce qu'on croit. Mais pour répondre à votre question, il faut d'abord cibler votre éditeur : même un très bon roman d'héroic fantasy ne sera pas publié par un éditeur de recettes de cuisines. Ecrivez une lettre d'accompagnement, surtout : adressez-vous à une personne en particulier. UNE ENVELOPPE CONTENANT UN MANUSCRIT QUI NE PORTE PAS DE NOM NE SERA PAS OUVERTE. Pardon pour les majuscules, mais c'est important. Allez chiner sur Internet, il y a des éditeurs qui s'expriment. Vous trouverez des noms, et quand vous aurez un nom, vous pourrez faire un envoi. Et ne faites pas aux autres ce que vous n'aimez pas qu'on vous fasse. En envoyant un manuscrit, vous voulez être pris(e) au sérieux ? Eh bien, commencez par prendre votre interlocuteur au sérieux. Avant d'envoyer un manuscrit, lisez au moins un livre publié par l'éditeur que vous contactez. Et surtout, ne lâchez rien au moment où votre livre est publié. Exigez qu'on vous programme des signatures, allez dans des salons, sinon vous n'existerez pas. Quelle que soit la qualité de votre travail, malheureusement. - Quels conseils voudriez-vous donner à un futur écrivain ? Que faut-il absolument retenir ? Pour conclure là-dessus, je vous invite à jeter un coup d'oeil sur une série de petits films que j'ai mis en ligne sur mon blog, qui s'appellent « La petite fabrique de romans ». Mais s'il y a une chose importante, c'est l'endurance. Le travail d'auteur, c'est comme courir un marathon tous les jours. Ne vous arrachez pas les tripes dans les cent premiers mètres, mais tenez bon !Partie 2 : Vous et les livres- Quels sont vos romans préférés ? Je préfère parler des auteurs que des livres, si vous le permettez, et je ne m'en tiendrais pas qu'aux romans. Par exemple, il est tout à fait salutaire, pour un romancier, de lire Shakespeare. Il a écrit pour le théâtre, essentiellement, mais il y a dans chacune de ses pièces, la matière à plusieurs romans. Ce genre de lecture a aussi pour avantage de vous décrasser de la culture classique française, avec son fameux partage des genres, qui n'a aucun intérêt, et qu'on a très largement surévaluée. Je me nourris aussi beaucoup de témoignages, et pour ça il faut lire de toute urgence Primo Levi. Je viens de finir un livre de David Simon, l'auteur de la série « Sur Ecoute » produit par HBO. C'est une enquête, un travail de journalisme, sur la police de Baltimore, et c'est très impressionnant. Revenons en Italie, je me suis aussi beaucoup inspiré d'Italo Calvino ; son art d'intégrer dans un récit plausible des postulats parfaitement absurdes. Pour le style, j'admire beaucoup Maupassant, sa discrétion. Il ne fait pas d'effet de manches ; il dit plus qu'il n'a l'air de dire. Dans le roman noir, j'ai beaucoup lu Claude Klotz, Edouard Bunker, évidemment James Ellroy. Mais je ne suis pas très cultivé. Je passe beaucoup de temps à lire, mais je lis très lentement. - Que vous ont apporté vos romans “Intruse” et “Clandestine” ? D'abord, pas mal de plaisir. J'avais envie de m'essayer au roman historique depuis longtemps. C'est un exercice formidable. J'aime surtout chercher à comprendre en quoi consistait la vie quotidienne des gens dans un cadre historique différent, la sociologie d'une époque, si vous voulez, plus que les grands événements. Sauf erreur de ma part, c'est Mika Waltari, avec Sinoué l'Egyptien, qui a inventé ce nouveau genre. Et puis j'aime beaucoup mes personnages. La série va peut-être continuer, grâce au numérique. J'aimerais bien. Sinon, je ne sais pas si Hachette est très partant. Cette noble maison a des critères financiers très stricts, et le deuxième tome ne s'est pas assez bien vendu. Pour en finir avec Hachette, il est évident que l'idée de travailler pour un éditeur qui est aussi un marchand d'armes n'est pas pour me remplir le cœur de joie. Je ne suis pas très fan de cette entreprise, du traitement que ses actionnaires et sa direction réservent à ses employés. Mais j'y ai rencontré des filles extraordinaires, que j'aime d'amour, vraiment, et j'espère qu'on travaillera ensemble encore longtemps. Je n'ai pas assez dit l'importance d'un bon éditeur. Je ne crois pas qu'il y ait un bon ou un mauvais éditeur en soi, mais il y a des gens qui vous conviennent, des gens qui vous comprennent, et d'autres non. J'ai déjà parlé de Cécile, l'éditrice qui est à l'origine de cette série. Eh bien, c'est une personne avec qui je me sens en intelligence, dans le sens premier du terme. C'est extrêmement rare, et précieux.Si vous devez signer un contrat avec un éditeur, posez-vous cette question : est-ce que je traverserais l'Atlantique à la rame avec lui/elle ? Car c'est à peu près la même chose.Un grand merci à Nicolas Jaillet pour sa sincérité et son temps pris pour répondre avec passion à toutes ces questions !

Tome 1                            Tome 2 Les Métiers du Livre - Auteur de romansLes Métiers du Livre - Auteur de romansMa chronique de Clandestine______
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