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Les maîtres du monde sont des pauvres types comme les autres

Publié le 10 août 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

Il y a quelques semaines, j'ai lu un commentaire d'internaute m'affirmant qu'en politique il n'y avait pas de « doxa Â» ou d'« antidoxa Â».

image empruntée ici (la Tour de Babel par Brueghel l'Ancien

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Sur le coup, je n'ai pas compris, et puis à y réfléchir, c'est totalement exact, il n'y a en fait que la somme des intérêts minuscules des individus, quelques uns plus favorisés par des réseaux, plus dociles aussi, plus cyniques parfois, et le reste n'est somme toute que littérature, alibis, prétextes et pudiques paravents pour cacher les égoïsmes de chacun, certains accédant à des postes de responsabilités quant à la circulation de ces intérêts ou de la somme de ses intérêts, dans les médias, la culture, les finances, les entreprises.

De temps en temps, de par le hasard, et les relations du moment, il m'est arrivé de rencontrer, de côtoyer, ces véritables « maîtres du monde Â», économiques ou culturels, ceux qui le dirigent pour de bon, au grand jour, sans se cacher, ne songeant pour la plupart qu'à leur propre intérêt d'abord. Ce sont souvent des hommes et des femmes à très courte vue, qui en dehors de leur petit talent, se conduisent généralement aussi mal qu'un VRP en goguette ou qu'une habituée des trottoirs, avec la même vulgarité, une vulgarité même pire car assortie de prétentions et de vanités généralement insupportables.

Ils ne se posent que cette seule et unique question :

Comment gagner le plus d'argent possible ?

Pour eux et rien que pour eux.

Ensuite de temps à autre, ils songent aux intérêts de l'entreprise qu'ils représentent, on note souvent leur incroyable docilité aux décisions de celle-ci, même quand celles-ci sont parfaitement arbitraires, ce qui leur permet de répondre efficacement à la première question qui est la plus importante et qui leur permet de s'acheter tous les biens et produits qu'il convient de posséder pour avoir un statut envié (aux yeux des plus envieux et des naïfs).

Et parfois, mais ils sont rares, voire rarissimes ils songent ne serait-ce qu'un peu au Bien Commun, savent même faire preuve de générosité. Ceux-là finissent toujours par perdre de l'argent et ne pas rester très longtemps en place.

Et pourtant ils sont nombreux ceux qui s'imaginent que derrière les changements de société, les mouvements économiques et la conduite des affaires, il y a des idéologues sombres et raisonnés, des complots sombres, divers et variés, des comploteurs secrets.

Que ce soit dans la vie ou sur le réseau il en est encore beaucoup qui sont certains qu'il existe un gouvernement mondial composé de représentants de tous les privilégiés de la planète, cachés à 300 mètres ou 3 kilomètres sous terre sous un des deux pôles, avec un ascenseur et tout le saint frusquin comme dans « James Bond Â».

Il y a ceux qui voient derrière chaque problème économique la main du lobby « sioniste Â» (ils n'osent plus dire le « lobby juif Â» en public, mais pour la plupart des « antisionistes Â», excepté ceux qui sont vraiment sincères, cela revient au même). Les « sionistes Â» sont partout, des agents du Mossad sont derrière chaque acte de terrorisme, menant un « intox Â» larvé auprès des populations qui n'ont pas besoin de ça pour gober n'importe quelle absurdité.

Pour d'autres, c'est un conglomérat hétéroclite et hétérogène entre l'Islam, les homosexuels, et j'en passe, un conglomérat qui hâterait la décadence de l'Occident. Ce sont les mêmes qui ne voient aucun problème dans les conséquences induites par la société libérale-libertaire mise en place depuis les années 60 et la dégénérescence progressive des aspirations humaines qu'elle entraîne, c'est plus rassurant d'y voir un complot.

Et je ne parle même pas du retour du malthusianisme, cette doctrine puante positiviste et issue du capitalisme du XIXème, sous d'autres formes, également à gauche, se donnant de nobles prétextes, la survie de la planète, la question de la surpopulation, pour revenir à la charge, souvent avec la meilleure volonté du monde, tout en faisant candidement le jeu des minables et piteux « maîtres du monde Â» évoqués plus haut qui ne sont intelligents, mais ce redoutablement, que pour l'argent, en gagner, le consommer.

Les politiques sont aussi de ces « maîtres du monde Â», pour la plupart, trouvant le biais de la « chose publique Â» pour servir là encore surtout leurs propres intérêts et ceux des quelques privilégiés qu'ils représentent, fussent-ils de droite ou de gauche, le camp choisi n'étant choisi que comme un costume de scène en l’occurrence. En politique, l'indignation en ce moment à la mode n'est qu'un symptôme du ressentiment face à la précarisation progressive des européens, et pas souvent autre chose, le ressentiment de consommer moins que ses parents et grand-parents et non par idéal pour sauver ce qui peut encore l'être de notre Terre.

Il n'y a pas de complots, il n'y a pas de « maîtres du monde Â» machiavéliques et sournois, il n'y a que l'avidité et les appétits surtout matériels engendrés par le monde tel qu'il est actuellement. Et c'est cette avidité, y compris celle de chaque habitant des pays dits développés, mais pas seulement dans ces pays, qui mène la société.


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