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« Cosmopolis » de Don DeLillo

Publié le 25 août 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

aux éditions « Actes Sud » et chez « J'ai Lu » aux éditions Flammarion

image prise sur le site de "premiere.fr", affiche de l'adaptation

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Les écrivains français actuels parlent beaucoup d'eux, de leur nombril et de ses tribulations, de leurs problèmes de coucheries en milieu bourgeois et libertaire sexuellement et moralement parlant, et finalement ne s'intéressent que médiocrement au monde qui les entoure excepté pour des participations à des causes qui ne font pas trop de mal au cervelet et qui font plaisir à annoner entre la poire et le fromage pour se donner une contenance.

Don DeLillo, quant à lui parle toujours de lui également en un sens, tous les écrivains partent de ce matériau qui est eux-mêmes, mais son propos devient universel, et d'une lucidité que l'on aimerait retrouver chez d'autres littérateurs qui en reste à un niveau beaucoup plus plat comme s'ils avaient peur en perdant leurs illusions de perdre en somme leur innocence.

Dans « Outremonde », il parvient à raconter des décennies d'histoire américaine dans un roman choral extrêmement densifié, sans asséner de jugements péremptoires, désigner des « bons » et des « méchants », ne voir que du noir et du blanc chez le pitoyable primate humain alors qu'il n'y a que du gris.

Et ce universellement...

Dans « Mao II », il montrait la vacuité des aspirations à l'heure d'un présent permanent imposé par tous les médias, dans lequel il y a peu de places pour les idéaux individuels, dans lequel l'individu de toutes façons n'existe plus perdu dans la masse informe des communautés diverses et variées auxquelles on le somme de s'attacher.

Il écrit des livres denses qui ne moralisent pas, ne jugent mais qui décrivent simplement dans un style sans fioritures que d'aucuns appelleraient sec la société qui est malheureusement la nôtre, marquée par le spectacle et le commerce, ou la virtualisation de tout échange humain réel, et dans laquelle même la contestation fait partie du système spectaculaire, des « flash mobs » civiques aux rassemblements d'« indignés » déguisés qui utilisent les mêmes codes que ceux qu'ils prétendent combattre sans les remettre en question une seule seconde.

Il utilise les codes de la littérature dite « de genre » (polars ou SF) pour cela, car ainsi que le rappelait Jean-Patrick Manchette dans ses fameuses « chroniques » sur le polar pour « Charlie Hebdo » (je parle de l'ancien pas du « Canard enchaîné » bobo actuel) c'est le meilleur moyen de détricoter les hypocrisies sévissant dans notre monde. Et de continuer aussi à écrire de la littérature qui ne soit pas qu'un alibi pour présenter une cause ou la mettre en scène.

« Cosmopolis » suit donc l'errance sans but, dans sa « stretch limo » (sa limousine allongée) d'un « golden boy » de Wall Street, Eric Packer, qui a fait fortune grâce à une « start-up », son avidité, son absence totale de scrupules. Il paye sa réussite par sa déshumanisation, ne sachant plus ressentir quoi que ce soit, sachant très bien que sa vie n'a aucun sens. Il ne sait plus ce qu'il veut, possédant tout ce que la société hyper-matérialiste recommande d'avoir pour montrer sa réussite. Il vit dans l'immédiateté absolue, dans le délire de transparence totale de l'époque, subissant un toucher rectal dans sa voiture sous l’œil de ses

Les « Gymnopédies » d'Erik Satie ne sont pour lui qu'une musique d'ascenseur, l'art ne lui sert que pour l'entretien de son hygiène mentale, du « coaching » intellectuel en quelque sorte qui le conforte dans sa situation.

Il rencontre sa femme, une poétesse sans talent, qu'il n'aime pas, s'étant marié avec elle pour un nom et s'intégrer ainsi à la « bonne » société.

Des manifestants déguisés en rats manquent de détruire sa voiture. Et vers le crépuscule, il se mêle à des participants à une « performance artistique » censée démontrer la perversité du capitalisme en montrant en les filmant en vidéo des centaines de corps nus étendus dans la rue, toutes choses qui participent du système dont il est un des profiteurs opportunistes.

Il s'enrichit un peu plus encore et perd tout pendant la même journée.

Bientôt, averti par son garde du corps, Torval, il apprend que quelqu'un rôde en ville pour le tuer. Il ressent enfin quelque chose face au danger, a envie de vivre ce moment seul, raison pour laquelle il tue Torval, se préparant à affronter son assassin face à face, après s'être enfin fait couper les cheveux dans un quartier déshérité et après avoir retrouvé un peu de lien avec le reste de l'humanité en ayant mangé un dernier repas avec le coiffeur et son chauffeur.

Il rencontré enfin son éventuel meurtrier, Benno Levin, un déséquilibré pour qui les banques sont des édifices religieux, qui a parfaitement intégré tous les codes de la société spectaculaire lui, et qui explique ses actes de violence et ses meurtres sur des milliers de feuillets sans queue ni tête comme un certain Anders Breivik, ou un Mohammed Merah.

Ci-dessous, la bande-annonce de l'adaptation par David Cronenberg et les trois premières « Gymnopédies »


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