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Les écrivains antisémites à l'index ?

Publié le 28 août 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

littérature,société,politique,net,morale,religions,hypocrisieCi-contre photo au sujet du malheureux (c'est le moins que l'on puisse dire) voyage en Allemagne nazie de Montherlant, Drieu et Fraigneau pendant la Seconde Guerre Mondiale...

En visitant divers fils de commentaires sur divers forum internet ces derniers jours, je suis tombé sur des diatribes incendiaires mettant en doute la possibilité de lire des écrivains qui auraient émis à un moment ou un autre de leur vie des opinions maintenant « contre-natures », à savoir antisémites, et bien sûr suggérant que toute personne aimant lire ces écrivains partageait leurs antisémitisme :

Céline en premier lieu, comme le dit très bien Roger Nimier, son antisémitisme était surtout le reflet d'un dégoût de la déplorable humanité dans son ensemble ;

Drieu la Rochelle, parfois devant la vacuité des aspirations de l'époque on se prend à avoir envie d'écrire une date, de suicide, sur un miroir, comme son « Feu Follet » ;

André Fraigneau, poète ami de Yourcenar qui en était passionnément amoureuse, un genre de faune « années folles » qui tourne mal lui aussi, comme d'autres pendant l'Occupation ;

Georges Bernanos dans ce cas serait considéré comme antisémite, ce qui serait un non-sens toutes les cellules de l'âme du « Grand d'Espagne » rejetant la haine, lui qui dédie « la Grande peur des bien-pensants » à Édouard Drumont, antisémite célèbre de la fin du XIXème siècle ;

Jacques Chardonne, qui écrivit des pages remarquables de sensibilité sur le couple, et qui collabora avec entrain ;

Robert Brasillach, auteur d'une « Histoire du cinéma » avec Maurice Bardèche qui a fait date, (on peut s'abstenir de lire « les 7 Couleurs »), et de « poèmes de prison » plus inspirés que ces précédentes productions ;

ou Lucien Rebatet, qui sent encore plus le soufre que le précédent qui était au fond un innocent aux mains sales etc...

Bien sûr, la plupart des commentateurs mettant en doute la lecture de ces auteurs sentant le soufre ne les avaient pas lu, et ne se plaçaient que sur le plan moral, d'aucuns même se ridiculisaient en montrant leur ignorance en pleine lumière en confondant Alphonse Daudet et Léon son fils d'Action Française.

Doit-on alors vraiment s'interdire de lire des auteurs du XXème siècle parce qu'ils ont été antisémites ou parce qu'ils ont proféré des horreurs, ou leur adoration de différents régimes totalitaires ? Il ne resterait plus grand-monde dans les précis de littérature à usage des potaches ou des étudiants, les littérateurs qui resteraient éventuellement seraient on s'en doute des plus fades de toutes façons bien que moralement irréprochables.

Cette tentation de ne lire que des auteurs « exemplaires » on la retrouve à gauche comme à droite, où la sottise devant la littérature est souvent la même. La littérature « exemplaire », porteuses d'histoires « exemplaristes » n'est plus qu'un alibi, une paire de gros sabots que chausse l'auteur pour vendre sa « vulgate » idéologique personnelle.

Il serait également intéressant de poser les questions qui viennent ensuite à l'esprit :

Lit-on un auteur pour ses opinions ou pour son style ?

La réponse est assez rapide, ses opinions de départ si le style est intéressant ou talentueux, si son écriture est fluide, n'ont strictement aucune importance. Il en est même qui brouillent les pistes comme Maurice Sachs, juif, d'abord à gauche, puis très à droite finissant plus ou moins en cheville avec les nazis avant de finir déporté. Maurice Sachs est l'exemple parfait de la complexité des êtres humains et de leurs actes, et qu'ils ne sont pas réductibles à des « pro ci » ou « pro ça », « anti ci » ou « anti ça » faciles à identifier.

Où les moralisateurs de la littérature classent-ils donc Marcel Aymé par exemple ?

Il est maintenant classé à droite, voire très à droite, voire bien sûr dans les écrivains suspects d'amitiés coupables avec l'occupant pendant la Seconde Guerre.

Il suffit de rappeler que pendant celle-ci il écrivit un article incendiaire contre « l'étoile jaune » imposée aux juifs, et que s'il signa pour une pétition pour la grâce de Brasillach, il en signa aussi une autre pour celle de trois militants FLN pendant la Guerre d'Algérie.

Certes, ll y a aussi ceux qui prétendent tout apprécier de Céline justement parce qu'il était antisémite obsessionnel, alors qu'ils n'auront lu de lui que les pamphlets et ignoré les romans du bon docteur Destouches. N'oublions pas tous ceux qui prétextent le rejet des haines de Céline mais qui sont fascinés au fond par celles-ci comme Michel Bounan qui écrivit il y a quelques années un pamphlet contre l'auteur du « Voyage au bout de la nuit ».

Les choix moraux de l'auteur en particulier concernant la politique doivent-ils influer sur notre appréciation de son œuvre ?

Encore une fois, si le talent littéraire de l'auteur est remarquable, cela n'a aucune importance, en notant qu'un lecteur est généralement un adulte capable de faire la part des choses ce que les moralisateurs littéraires sont bien incapables de faire.

Au fond, il me semble que les « moralisateurs » littéraires qui rêvent d'envoyer aux enfers les auteurs que j'ai énuméré et d'autres ont en commun avec les fanatiques, les idéologues et les petits bourgeois de rêver d'autodafés géants car ils ont peur de la littérature qui encouragent celui qui s'y laisse aller à réfléchir par lui-même et de là parfois à remettre en question les dogmes, les préjugés et l'autorité illégitime de certains.

Qu'ils continuent donc à avoir peur, cela prouve que les livres sont encore bien vivants.


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