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La rentrée littéraire est-elle si routinière ?

Par Amaury Watremez @AmauryWat

 Il est de bon ton depuis quelques temps déjà de dénigrer les livres paraissant entre autres lors de la rentrée littéraire, comme tous dans « le même sac », tous issus du même réservoir parisiano-bobo-prétentieux, forcément prétentieux, dont se moque avec esprit, et au deuxième degré, Natacha Braque dans son pamphlet « Rivegauchez vous » que beaucoup ont lu au strict premier degré, n'ayant aucun humour lorsque l'on attaque les idoles littéraires et culturelles, surtout celles engagées dans le sens qu'il convient, celui du vent et des girouettes politico-médiatiques.

image empruntée ici sur cet excellent blog

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Certes, Éric Naulleau et Pierre Jourde, ou Jean-Philippe Domecq ont fort justement pointé les dérives du système culturel tel qu'il est en ce moment, l'ayant fait également par exigence envers les écrivains français dont certains écrivent au fil de la plume et semblent oublier de se relire car ils savent très bien qu'ils vendront du papier quoi qu'ils arrivent étant pour la plupart des « bons clients » à la télévision.

Qu'il y ait des icônes culturelles réputées intouchables a toujours existé depuis que les journaux s'écrivent et se distribuent. Et même si elle est parfois donnée non sans raison, l'étiquette bobo parisianiste est parfois un peu commode.

Elle évite d'argumenter.

 A la fin du XIXème siècle, quand on lit par exemple les « fabuleux » « Souvenirs Littéraires » de Léon Daudet, pour reprendre le qualificatif de Proust, qui en fait l'équivalent des mémorialistes les plus célèbres, plusieurs auteurs maintenant presque oubliés, certains à juste titre, avaient largement plus de célébrité et d'entrées dans les salons mondains que ceux dont la postérité a finalement retenu le nom. Seuls, quelques érudits savent encore qui était Robert de Montesquiou, par exemple, ou lisent encore le « journal » des frères Goncourt, et il n'y a que quelques bibliophiles libidineux, des « vieux magistrats de province », pour lire encore Pierre Louys et s'en émouvoir alors que les scènes érotiques que l'on y trouve ne feraient plus rougir un enfant de chœur.

Et il y avait déjà des équivalents de Marc Lévy et Guillaume Musso, des romanciers ultra-populaires pour faire pleurer Margot dans les chaumières ou la faire rêver sur des intérieurs bourgeois cossus, en 2012, les auteurs de « best-sellers » adorant situer les tribulations de leurs héros dans des lofts géants à San Francisco ou New York (les lofts géants permettent un « placement de produits » conséquent).

Cela devrait nous avertir sur la nécessité de creuser un petit peu les choses au lieu de se contenter du seul « bruit médiatique », de ne pas se borner à tempêter sur les sirènes du « buzz » autour d'un auteur, ce « buzz » étant de toutes manières tous bénéfices pour l'auteur, tant que l'on parle de lui.

Après tout, les auteurs intéressants de cette rentrée sont certainement un peu cachés par les arbres qui cachent la forêt des nouveaux talents. Dans ceux qui ont déjà été publiés ces dernières années, évoquons les noms de Céline Minard, qui arrive à se renouveler à chaque nouveau manuscrit, sans pour autant sombrer dans une psy de substitution dans ses livres, ni dans l'engagement politique forain et spectaculaire, et qui, cerise sur le gâteau, a du style, ou encore Grégoire Bouillé qui bien que parlant de lui et de sa famille arrive à ne pas être cependant narcissique.

D'aucuns pensent qu'il faut nécessairement les chercher en dehors de Paris, la province étant réputée plus authentique pour l'inspiration. A ce propos, Pierre Jourde, l'inconscient, sans songer aux conséquences a écrit un roman démystifiant tous ces préjugés ce qui lui valut presque de se faire lapider dans le village qu'il habitait avec sa femme car certains habitants s'étaient reconnus.

Parmi les nouveaux talents, il en est qui sont très jeunes, ce qui montre que la valeur littéraire n'attend pas le nombre des années, voir à ce lien. Ces nouveaux auteurs n'ont rien à voir avec Minou Drouet dont les poèmes étaient certainement écrits par sa mère. C'est un choix délicat, « le Figaro Littéraire » conseille par exemple ces dix noms (en dehors de toutes considérations politiques) tandis que d'autres en proposeront d'autres, voir ici.

Enfin, il y a cette mode des écrivains réputées « politiquement incorrects » en ce moment, comme Richard Millet, qui l'écrivain que la gauche adore détester, le « réac de service » « bon client » à la télévision, invité pour sortir des pseudo horreurs qui feront bondir quelques bien-pensants, et qui fait partie intégrante du système et de la société spectaculaire. C'est le méchant à la mode contre qui se liguent quelques noms connus, ainsi l'appel d'Annie Ernaux (« que le tout puissant l'ai en sa sainte garde ! ») contre Millet dans le « Libération » d'aujourd'hui.

Toutes péripéties qui sentent très fort la comédie farcesque...

Libre à nous de ne pas en faire partie et de savoir dénicher les véritables écrivains derrière ceux qui ne sont que des caricatures.


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