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La rencontre de Bourem : Préparatifs (suite)

Publié le 18 septembre 2012 par Almaimoune @blogbourem

Coordination des cadres Ganda Koy de Bourem

« Pendant toute la période de la rébellion, il n’y a eu qu’une seule attaque à Bourem en février 1991. Attaque du cercle, de l’usine de phosphate, de la gendarmerie et de la salle d’audience de la mairie. Deux ouvriers et le gardien de l’usine ont été tués

(…) Ici, les liens avec certains groupes nomades sont très forts. Par exemple avec les Idnan qui sont en petit nombre mais sont très puissants et respectés par tout le monde. Au début, ce sont eux qui protégeaient les gens de la vallée. Ils n’ont jamais accepté les enlèvements d’animaux, personne ne pouvait dire qu’on lui avait pris un agneau. Ils ont continué comme cela pendant des années. Puis la violence a gagné de plus en plus de terrain, Ganda Koy est né et les nomades ne pouvaient plus se promener comme avant. Mais les bonnes relations ont perduré grâce à la bravoure des Idnan. Et ici aussi il y’a des gens, il faut le reconnaître, qui ne voulaient pas de désordre. Dans le Gourma de Bourem, je n’ai jamais entendu parler d’enlèvements de bétail avant la rencontre. Sauf peut-être au niveau de Barkayna. C’est dans le Haoussa de Téméra jusqu’à Bamba qu’il y’avait ces problèmes. Et généralement quand des animaux étaient enlevés, ils étaient directement embarqués pour Gao. Mais nous, nous n’avions pas la responsabilité de la zone Téméra. Là-bas il y’avait une base à Fiya qui commandait tout le secteur. Nous, nous gérions uniquement l’arrondissement central, de Barkayna à Tondibi. Et pour qu’il n’y ait pas de problèmes, nous assistions même à la traversée des animaux du Haoussa pour le Gourma, au niveau de Tawsa.

(…) A Bourem, les gens qui sont à l’ADEMA aujourd’hui (en 1998) sont très liés avec les notables Tamasheq. Au temps de Moussa [Traoré], nous étions dans la même tendance du parti UDPM. Or ici, les gens de l’ADEMA étaient ciblés par Ganda Koy. La base de Fiya était soutenue par l’opposition, le RDA. Donc, nous sommes rentrés dans Ganda Koy pour que nos alliés politiques Tamasheq soient pris pour cible. La milice Ganda Koy de Fiya avait des objectifs politiques sous couvert de l’autodéfense des villageois. Elle avait une liste de personnes à éliminer, parmi eux, des cadres villageois de Bourem qui étaient à l’ADEMA.

Avant la rencontre, les gens se méfiaient beaucoup les uns des autres. Ce n’est pas tout le monde qui pouvait être membre de notre coordination. Toutes les réunions étaient clandestines. Personne ne savait vraiment qui était dans la coordination. »

les 21/10/1998 et 22/12/2000.

«  Au début, les gens de Bourem étaient en majorité contre l’arrivée de Ganda Koy. Ils disaient qu’ils n’avaient aucun problème avec les nomades. C’est à partir des attaques de villages par des bandits tamasheq que les villageois sont progressivement rentrés dans Ganda Koy. Puis les gens se sont opposés par rapport à la couleur de peau. Des gens qui se connaissaient bien se sont volés et affrontés. Alors que tout le monde était tellement imbriqué…! La distinction de la couleur de peau n’existait pas avant, enfin du moins elle n’était pas exprimée. »

Un membre de la coordination, Bourem le 22/12/2000.

------ Tiré du livre "les liens sociaux au Nord-Mali" Editions KHARTALA & IRAM, 2004.

Redigé par Charles Grémont, André Marty, Rhissa Ag Mossa et Younoussa Hamara Touré. ------


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