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Tartuffe et la provocation sur les religions

Publié le 19 septembre 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

En débat sur Agoravox

couverture prise sur le site de RTL

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Rappelons-le, quand un « artiste » trempe un crucifix dans l'urine, ou qu'il fasse balancer des excréments sur le visage du Christ par ses acteurs, et que des catholiques s'en émeuvent, les créateurs, les auteurs, les plasticiens, les éditorialistes en appellent aussitôt au « rire de résistance » (TM°), au « droit au blasphème »(TM°).

Cela tourne d'ailleurs un peu au procédé qui permet de faire parler de soi et de son œuvre et d'avoir du succès au moins dans le microcosme parisiano-germanopratin. C'est aussi une manière pour ces bourgeois de s'encanailler sans risques, comme ces gosses de riches qui disent des gros mots et jouent les affranchis.

Mais s'encanailler ainsi, ils veulent le faire sans que cela n'implique de réellement s'engager.

C'est leur droit après tout et personne ne leur conteste, et après tout, pour un croyant un blasphème est encore en quelque sorte un acte de foi. Et les croyants par leur conduite parfois inexcusable commettent des blasphèmes parfois plus graves en montrant qu'ils ne respectent pas leurs propres croyances, ne les vivent pas, ce qui n'excuse pas la sottise et la haine exsudant de certaines provocations qui ne sont même pas drôles.

Tout le monde n'a pas le talent des « Monty Pythons » quand ils tournent « la Vie de Brian » ou de Denys Arcand quand il réalise « Jésus de Montréal », deux excellents films par ailleurs. Je retiens deux scènes dans ces films, dans le premier celle du « sermon sur la montagne » quand Jésus prononce les Béatitudes et que l'on voit la foule écouter distraitement ou comprendre de travers, ce qui est finalement très réaliste, et dans le deuxième ce moment quand une bibliothécaire avertit l'acteur qui fait des recherches sur le Christ pour se mettre dans la peau de son « personnage » qu'il le trouvera certainement de manière inattendue, et là où il s'y attend le moins.

« Dieu écrit droit avec des lignes courbes » disait un exégète, le père Le Guillou, et il aurait constaté que ces deux œuvres reviennent à l'essentiel même de la foi qui est la montée au Calvaire du Christ sous le poids conjuguée de la bêtise et l'appétence à la violence ou l'égoïsme de la nature humaine.

Les croyants chrétiens devraient avoir toujours conscience que la Croix elle-même est un symbole de dérision du point de vue humain, d'un échec total...

Par contre, quand « Charlie Hebdo » publie des caricatures du prophète Mahomet, en dernière page, qui ne sont pas d'une grande finesse, voire pour certaines vulgaires, celle présentant le prophète comme Brigitte Bardot dans « le Mépris » faisant presque rire, ce n'est plus du tout pareil pour ces mêmes beaux esprits, les commentateurs officiels, qui en appelaient quelques mois plus tôt au « droit au blasphème » (TM°), au « rire de résistance » (TM°).

La plupart se demandent gravement si c'est bien le moment à cause de la situation internationale, et l'« échauffement des esprit », terme pudique pour désigner la montée inquiétante du fondamentalisme en général, et du musulman en particulier, surtout depuis la fin des « printemps arabes ».

Comme s'il y avait un moment pour tourner la haine en dérision même si, comme le disait Desproges pendant un réquisitoire des « Flagrants Délires » « on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui »?

Mel Brooks dans un entretien concernant son film « les Producteurs », le rappelle clairement et sainement : face à un discours idéologique qui pousse au rejet d'une partie de l'humanité, et ce quelles que soient les raisons invoquées, fussent-elles de justes causes, il n'y a pas à opposer un autre discours, même rationnel, il suffit seulement d'en montrer toute la bassesse, la médiocrité, le grotesque.

Car entrer dans une discussion se voulant rationnelle et raisonnable avec un fanatique, c'est déjà plus ou moins accepter ce qu'il dit.

Donc, on peut en tirer des conclusions rapides sur la manière de concevoir la dérision par les consciences « qui pensent » et « qui s'engagent » de notre temps, le « rire de résistance » (TM°) c'est mieux quand ce n'est pas dangereux ou que l'on ne risque rien en quelque sorte, ce qui est le cas avec les catholiques, ou quand ça ne touche pas une minorité « issue de la diversité » (TM°) considérée comme moins intelligente que le reste de la population, et incapable de comprendre une provocation au deuxième ou au troisième degré, mettant tous les croyants musulmans dans le même sac du fanatisme au final.

Les minorité sont considérées de toutes façons comme encore « intouchables» du fait du masochisme mémoriel constant, les uns excusant la tentation du fanatisme chez quelques musulmans car celui-ci serait seulement la faute de l'ancien colonisateur, les autres excluant de tourner en dérision les intégristes juifs du fait de la Shoah et des souffrances vécues par les victimes des camps de concentration, souffrances que cette dérision éventuelle ne remettrait pas une seconde en cause. Les juifs intégristes « barbus » de Jérusalem sont pourtant tout aussi stupides que les « barbus » de Beyrouth ou d'ailleurs.

La légèreré, la futilité, semblent s'estomper et disparaître peu à peu dans notre société qui se prend au fond de plus en plus au sérieux, elles laissent place à une gravité pesante, arbitraire, de celle qui est comme le disait Nietzsche le "bonheur des imbéciles"...

Ci-dessous cette fausse pub des "Nuls" ferait-elle débat aujourd'hui ?


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