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Tartuffe et l'Europe

Publié le 24 septembre 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

 Tartuffe l'avait bien dit lors de la campagne présidentielle, il renégocierait le traité dit « de convergence », ou TSCG, une fois qu'il serait élu.

image devant le parlement européen prise ici

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Il semble que beaucoup l'ait cru, et le croit encore alors qu'il n'en a rien fait et n'en fera rien ainsi que l'on pouvait s'y attendre. Il a fort habilement noyé le poisson en mettant l'accent sur le débat concernant des questions sociétales finalement accessoires.

Les promesses n'engagent que ceux qui y croient au bout du compte, selon la formule, y compris ceux qui en ce moment ont envie de claquer la porte de la majorité actuelle, dont certains écologistes qui découvrent avec stupeur qu'ils participent d'un gouvernement social-libéral, excepté ce pauvre Cohn-Bendit, « européiste » convaincu, convictions proches de l'autisme politique d'ailleurs.

Tartuffe fut loin d'être le seul à faire étalage de rodomontades et d'effets de manche sur l'Europe et à prétendre qu'on « allait voir ce qu'on allait voir », que la France allait dicter une conception nouvelle de l'Union, son adversaire en fit tout autant ainsi que la plupart des autres candidats qui justifient leur incompétence, pour ceux qui ont participé au pouvoir ces dernières décennies, par l'action des institutions européennes dont ils ont pourtant encouragé la mise en place progressive depuis 1958.

La plupart étaient déjà plus ou moins discrètement allés faire leur cour du côté de chez Angela Merkel.

Bien entendu, quelques mois après l'élection, Tartuffe a présenté un texte qui déplace une virgule par ci par là, rajoutant quelques bonnes intentions au fameux traité, sans que cela ne remette sérieusement en question une second la politique dictée par la BCE et les institutions de Bruxelles, qui implique une réduction drastique des dépenses publiques et des déficits, et une vision hyper-libérale de l'économie.

Cela Tartuffe, comme son ancien adversaire, le sait très bien mais il reste persuadé du bien-fondé d'une construction européenne qui se fait pour l'instant au détriment des plus pauvres, de la classe moyenne, en phase de précarisation rapide, et donc des peuples en général sommés de payer leurs dettes publiques ce qui précipite un peu plus la marche vers l'abîme, ce que semble corroborer le livre de François Lenglet, « Qui va payer la crise ? ».

Ce journaliste économique pourtant tout à fait dans la note de la pensée économique correcte que l'on a commencé à voir régulièrement apparaître à la télévision ces derniers mois sur BFM-TV et maintenant sur France 2.

Il démontre dans ce livre, chiffres à l'appui, que la politique d'austérité et de réduction des déficits conduit non pas vers un enrichissement de l'Europe mais vers son appauvrissement général, du moins pour les pays ayant une dette à régler : Grèce, Italie, Espagne, et la France.

François Lenglet évoque aussi dans un éditorial du « Point » la domination de « seniors » privilégiés sur la politique française, de la mainmise de leurs conceptions libérales/libertaires, de leur appétence à continuer à vivre un consumérisme effréné, de leur irresponsabilité, et des conséquences que cela implique, et que nous vivons, à commencer par la déconnexion totale du réel de cette classe de la population ainsi que de l'oligarchie au pouvoir..

Tartuffe, tout comme la plupart des politiques français, à quelques exceptions notables, est sincèrement persuadé que maintenir la tutelle du tout-économique sur le politique en Europe rendra impossible les tentations souverainistes ou nationalistes des peuples, tentations synonymes selon lui de violences et de régimes dictatoriales.

Pour lui, ainsi que pour une petite clique intellectuelle, pour l'oligarchie au pouvoir depuis une cinquantaine d'années, de toutes façons, la France, cette « vieille nation », appartient déjà au passé et il s'en réjouit.

Tous les commentateurs de la droite à la gauche sont à peu près d'accord là-dessus, la nation est un concept dépassé sur lequel il n'y a plus à revenir et qu'ils abandonnent aux politiques qualifiés selon leurs termes de « populiste » ou « poujadiste ».

Pour cette élite auto-proclamée, l'Europe représente le progrès ultime du Bien, avec une majuscule, à venir, et n'est qu'une étape vers la mondialisation de l'humanité, présenté comme indispensable et inéluctable à cause de la crise que nous traversons (qui est plus une crise de transition qu'une réelle crise du système, qui connaitrait alors le bonheur universel sans fin sous sa férule, et ce même malgré elle, car ce bonheur serait un bonheur insoutenable et imposé.

Ce n'est rien d'autres que le contenu du discours d'une des éminences grises du pouvoir depuis longtemps, à savoir Jacques Attali, qu'il faut écouter jusqu'au bout pour ces raisons quand il s'exprime sur le sujet car il expose précisément quels sont les projets réels de l'oligarchie nous concernant, nous autres simples citoyens, en clair à quelle sauce les puissants comptent nous manger prochainement.

Car en fait de mondialisation progressiste, ce discours de Raminagrobis patelin, se donnant des airs généreux, cache surtout le désir des oligarques de garder le pouvoir et d'en profiter le plus longtemps possible et si possible de l'augmenter encore.


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