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"Sa Majesté des mouches" à Échirolles

Publié le 01 octobre 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

Déjà en débat sur Agoravox

Ce qui s'est passé à Échirolles devrait alerter partis, hommes politiques, institutions, parents, éducateurs et associatifs car cela montre l'échec de leurs discours théorique et intellectualisant la plupart du temps quant au maintien de la cohésion sociale, l'échec des idéologies que l'on essaye de plaquer au réel.

image prise sur le site de France 5

Ce qui s'est passé va bien au-delà de tous les discours partisans, qu'ils soient de droite ou de gauche, politiquement « corrects » ou « incorrects ».

C'est un événement symbolique qui montre l'état de déréliction avancée de notre société, en effet pour un regard de travers, deux jeunes hommes sont morts, deux jeunes hommes « issus de la diversité » (TM°) d'ailleurs, et parfaitement intégrés à la société française, travailleurs et sérieux, des modèles, trop rares.

Certains le réduisent déjà à une simple rixe, une bagarre entre deux « clans » issus de « quartiers » différents.

Et pourtant, d'aucuns vont s'empresser d'en accuser la présidence Sarkozy, qui s'était fait élire sur des promesses choc concernant l'insécurité, et des « coups de com », pendant que d'autres accuseront la présidence Hollande.

C'est beaucoup plus simple et plus effrayant que cela.

Et l'un et l'autre bord portent à égalité la responsabilité de la situation actuelle se succédant au pouvoir depuis bientôt trente-cinq ans sans discontinuer, tous marqués par la même méthodologie politique, tous ou presque issus des grandes écoles de hauts fonctionnaires, choisissant « leur » camp après leur diplôme non pas par véritable conviction mais pour s'assurer la réussite de toutes leurs ambitions.

Les assassins des deux jeunes hommes font partie de ces jeunes totalement abandonnés, totalement livrés à eux-mêmes, par les parents en particulier et tout adulte ayant une tâche éducatrice, ballottés entre ceux qui leur servent un discours angéliste, et les flattent, on ne compte plus les ateliers de « rap », de « tags », de « slam » dans les cités dites sensibles, mais qui ne remettent pas vraiment les structures iniques ou a-morales en place, et ceux qui leur opposent un discours plus moralisateur et parfois répressif sans pour autant non plus agir réellement car très souvent on s'aperçoit que ces jeunes sont également en recherche de valeurs, de repères, de solidité morale, toute chose qu'ils n'ont plu en face d'eux ou bien trop rarement.

Il est donc parfaitement normal que certains parmi eux, parmi ces jeunes de « quartiers » se réfugient dans le fondamentalisme religieux qui leur proposent des repères simples à comprendre, voire simplistes, et une assise personnelle qui leur paraisse plus solide.

Et ils ont aussi une conscience, chose qu'on leur rappelle trop peu souvent...

Il est d'ailleurs à noter à gauche que toute personne, même de gauche, comme Manuel Valls par exemple, suggérant de remettre au goût du jour ces repères, de simplement éduquer les jeunes, et pas seulement dans les « cités » sensibles car ce problème est global dans notre société, est considérée immédiatement comme insupportablement autoritaire, comme un « surmoi » devenu intolérable, d'aucuns n'hésitant pas à parler de « castration du désir », dans un jargon psychanalytique mal digéré pour qualifier ce qui ressort finalement du bon sens.

Ce rejet de tout « surmoi », de toute morale y compris laïque, par une certaine gauche sert les intérêts des partisans du « tout économique » pour qui un lien social, familial, ou éducatif, est une barrière de plus entre le consommateur et les producteurs de biens et services.

Notons aussi que lorsque l'on considère le masochisme mémoriel à l'œuvre depuis quelques décennies dans la lecture de l'histoire de France, de la construction de l'identité française, forcément montrée comme un long défilé de massacres, de tortures et de tyrannies (certains évènements mythifiés surnagent encore, comme la Révolution, montrée comme le premier « passage de l'ombre à la lumière », ou encore « Mai 68 », ou enfin les actions du Général De Gaulle, idéalisées d'une rive politique à l'autre), et ce que ce soit à droite comme à gauche, il ne faut pas trop s'étonner que quelques uns parmi ces jeunes n'aient aucune envie d'adopter tout ou partie de cette identité.

La plupart des idéologues n'ont pas lu « Sa Majesté des mouches » qui raconte ce qui reste quand des enfants et des adolescents ne sont pas éduqués, n'ont aucun repère ni garde-fou excepté la loi du plus fort et le pire « darwinisme social » (qui n'est pas une notion « ex nihilo » mais une théorie forgée par les idéologues les plus libéraux au XIXème siècle, complétée et jamais reniée par les théoriciens actuels du libéralisme) ?

image empruntée ici

Darwinisme social déjà à l'œuvre dans les couches favorisées de la société, dans les professions d'argent, entre entreprises elles-mêmes, salutaire selon monsieur Ghosn ou Laurence Parisot, pour qui la précarité c'est la vie, mais pas pour elle bien sûr, ni pour ceux qu'elle représente, pour tous les autres, que l'on encourage entre salariés, une compétition atroce qui rejette les faibles.

Du point de vue du « darwinisme social », les assassins de Kevin et Sofiane en ont parfaitement intégré les « leçons », du point de vue des libertariens, ils sont parfaitement orthodoxes idéologiquement, pratiquant la loi des marchés en toute liberté à leur niveau, s'arrogeant « leurs » territoires, défendant leur économie, le dynamisme des ventes aux clients, toutes choses que recommandent David Friedman et son papa Milton.


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