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S'abandonner à devenir soi-même

Publié le 27 octobre 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

S'abandonnera-t-on aussi sur Agoravox ?

 Petit texte partant de la lecture du « Petit Traité de l'abandon » d'Alexandre Jollien

Ce petit traité, comme tous les livres d'Alexandre Jollien, montre combien la philosophie, la réflexion sur le monde qui nous entoure, la vie spirituelle est indispensable pour chaque personne, et que celle-ci doit avoir des bases solides et non se contenter de peu, pour pouvoir « danser joyeusement dans la ronde de l'existence » ainsi que nous y invite le jeune philosophe dont le handicap est la seule chose qui intéresse superficiellement les médias chez lui, qui les surprend. Comment ? Cette personne estropiée ? Qui peut à peine se mouvoir ? Elle a surmonté les obstacles sans se lamenter, sans haine ? Sans rancune ? Toutes choses que les beaux esprits n'arrivent sans doute pas à comprendre.

image prise ici

littérature, société, philosophie, politique
Dans l'émission de Busnel vous n'aurez pas été sans remarquer que comme d'habitude le handicap d'Alexandre effraie visiblement au départ les belles consciences « au moule » puis la force de son propos finit par les atteindre quand même, tous ces beaux esprits mondains tellement raffinés, et amoraux.

Je trouvais cela assez ironique et rafraichissant.

Parler de ce livre implique des résonances personnelles pour chacun d'où le texte ci-dessous où je prend le parti d'utiliser la troisième personne pour créer du recul.

Depuis qu'il était jeune, quand il aimait bien quelqu'un ou qu'il tombait amoureux, et que l'objet de son affection se conduisait de manière décevante, il lui cherchait très longtemps des circonstances atténuantes, gardait l'espoir de se tromper le plus longtemps possible, ne voulait pas être déçu même si bien souvent il fallait bien qu'il finisse par se résoudre à l'évidence, laisser toutes ses chances de mieux faire aux autres n'amenait de leur part que du mépris et le fait qu'il le prenait pour un faible, un type trop gentil qui se laissait faire sans discuter.

Pourtant, dés le début, il sentait les petits défauts, les manques et les faiblesses de ceux qui l'entouraient, mais il ne voulait pas les voir, refusait de croire que cela pût être un butoir pour une amitié ou un amour.

Il finissait à chaque fois par souffrir de cet aveuglement car ces défauts finissent par ressortir.

C'était pour lui un peu comme ces personnes qui ont une ouïe trop fine pour supporter le brouhaha de la foule, tous les bruits d'une époque qui, il est vrai, déteste le silence car elle a horreur du vide qui lui rappelle sa propre vacuité.

L'époque hait la contemplation toute simple d'un paysage, d'un tableau, la lecture solitaire d'un livre, ce qui incite le lecteur à se libérer de tout ce qui l'entrave, d'apprécier un moment de convivialité tout simple entre amis, ou avec la personne que l'on aime, sans qu'il n'y ait besoin de paroles pour insister lourdement.

Maintenant tout cela doit être apprécié quantitativement, l'amitié se comptant en nombre d'amis « fèce-bouc » (TM°), la beauté se mesurant en « like », en « j'aime », « j'aime pas » et quant à la lecture, ce n'est pas d'avoir lu réellement le livre dont on parle qui est important, mais l'image que l'ouvrage donne de soi aux autres sur les réseaux dits sociaux qui sont autant d'étouffoirs pour la liberté individuelle et l'intimité, celle-ci devenant tout à fait illusoire pour les plus jeunes générations, tout comme celles-ci acceptent sans broncher une soumission abjecte aux diktats de la société moderne qui est pour eux normale.

Et quant aux instants de convivialité, plutôt que d'en goûter la substantifique moelle en prenant son temps, il convient de les évaluer immédiatement sur son blogue (TM°), son « smartphone » (TM°) ou son « Ipad » (TM°), en prenant en photos chaque plat avant même de songer à le déguster, de livrer à l'adulation ou à la vindicte publique le restaurant où l'on se trouve sur des critères arbitraires.

Quand on parcourt ces sites personnels ou forums réputés gastronomiques, on s'aperçoit bien vite que ce que notre époque apprécie le plus dans la cuisine actuellement, c'est avant tout la présentation des plats, leur prétention, le fait qu'ils mettent en valeur socialement celui qui les commandent, et non leur saveur ou leurs qualités gustatives, d'où ces différents snobismes :

Du trait d'huile ou de vinaigre balsamique, ces virgules ridicules sur un plat qui ne demande aucune ponctuation aux mélanges croquant, moelleux, en passant par les assiettes carrées, les verrines, ou les cuillères de « fooding » etc...

Il avait vite compris que les femmes dont il tombait amoureux ne supportaient pas qu'ils les aimât pour elle-même, elles auraient désiré la plupart du temps qu'il ressente cela pour le reflet flatteur qu'elles s'imaginaient renvoyer aux autres alors que bien souvent leur vraie nature se percevait malgré tout derrière le costume ou la panoplie qu'elles arboraient :

Ainsi bien souvent la jeune fille sage s'avérait rêver de se conduire en courtisane, et la « séductrice » était au fond une petite bourgeoise « popote », la fille « libérée » n'aimait que les « machos » et celle qui paraissait n'avoir que des rêves de ménage bourgeois se conduisait en « fille de peu » ainsi que l'on disait avant.

Il s'était construit, au fur et à mesure, pour se protéger et ne plus souffrir, une carapace de causticité et de léger cynisme, carapace qu'il finissait toujours par ôter avec ceux qu'il aimait, pour hélas de temps à autres devoir la remettre plus tard.

Celle-ci se transformait petit à petit en une cuirasse de plus en plus impénétrable aux autres.

Mais à chaque fois, il lui fallait comprendre cette évidence, ce qu'il sentait de blocages et de carences affectives chez les autres dés le commencement se révélait exact. Il en avait conçu un profond dégoût de l'humanité et de lui-même car il ne s'excluait pas une seconde de ces travers ou ne posait à l'homme parfait.

Quand il évoquait tout cela, il était trainé plus bas que terre, montré comme un type blessé, méchant, arrogant, caustique et acerbe, car la plupart des êtres humains n'aiment pas qu'on leur rappelle la vérité de leur faiblesse somme tout naturelle. Ils se construisent un personnage, se satisfont de compromis que l'on ne devrait jamais accepter et finissent à la fin par abandonner, inconsciemment ou pas, volontairement ou non, toute forme d'humanité réelle.

Ils se protègent en ostracisant ceux qui leur rappellent qu'ils sont souvent pitoyables, ou qui les force à voir leur vérité intérieure, et procèdent à cet ostracisme par la pire violence verbale, généralement exprimée en groupe, car à l'hypocrisie morale ils additionnent toujours la pire des lâchetés, reprenant de vieilles habitudes d'épistolier « modeste » (anonyme) sous couvert de bonnes intentions, ce genre d'épistolier ne voulant que le bien de la personne qu'il dénonce à l'entendre.

Pour cacher ces deux défauts et leur ignominie, toute personne parlant de crise morale ou de crise de sens est immédiatement assimilé à la réaction conservatrice ou pire encore, ce qui permet d'éviter tout débat, toute réflexion, toute critique de la dégénérescence sociale.

Le cynisme qu'il exprimait et montrait quant au monde devenait sa seconde nature, il ne s'apercevait même plus qu'il humiliait, sans même le vouloir, de nombreuses personnes, qui se sentaient ridiculisées car révélées à elles-mêmes et non à un reflet illusoire.

Celles-ci, qui étaient nombreuses, en concevaient une rancune tenace et des désirs de vengeance car on en veut toujours à celui qui vous montre tel que vous êtes. Il est plus simple d'en concevoir de la rancœur ou du ressentiment que d'essayer de se libérer de ses pesanteurs, de s'abandonner à être enfin soi-même, et de s'accepter tel que l'on est.

Mais beaucoup ne sont pas prêts à abandonner leurs haines et leur ressentiment qui leur est plu confortable et plus douillet...

Ci-dessous l'émission "la Grande Librairie" avec Alexandre Jollien


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