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Les Métiers du Livre - Éditrice en Romans Jeunesses

Par Bookenfolie @bookenfolie
Bonjour à tous !
Voici le sixième interview "Les Métiers du Livre" ; Auteur de romans.
Pour retrouver la présentation de ce projet, suivez le lien !
Les Métiers du Livre - Éditrice en Romans Jeunesses
Cécile Verdier – je suis éditrice chez Nathan Jeunesse, spécialisée dans la fiction pour les 8 ans et plus, jusqu’aux jeunes adultes. Je travaille notamment sur les séries Divergente ou Time Riders, ou la collection « Contes et Légendes ».
Partie 1 : Le métier
- Quel est votre parcours ; quelles études avez-vous suivies pour devenir éditrice chez Nathan Jeunesse
J’ai suivi un parcours plutôt pluraliste. Après un Bac S, j’ai fait une prépa littéraire, puis l’IEP de Grenoble. J’ai complété ma formation par un master 2 à Poitiers sur les métiers autour de la vie du document électronique – dont l’édition. C’est véritablement mon stage de master, chez Fleurus Jeunesse, qui m’a mis le pied à l’étrier et m’a ouvert les portes du monde de l’édition.
- En quoi consiste le travail d'un éditeur ? Comment se passent vos journées ?
C’est un métier assez varié ! Déjà, la journée d’un éditeur n’est pas la même selon le secteur dans lequel vous travaillez. Pour ma part, en fiction jeunesse, une grande partie de mon temps est consacré à la lecture et à la relecture : la lecture de manuscrits et de livres étrangers dont nous pourrions acheter les droits (sans compter celle des romans de la concurrence !), la relecture des textes sur lesquels je travaille… Je participe ainsi à la sélection des romans que nous éditerons. Cette décision est collégiale : nous sommes plusieurs à lire ces textes et nous discutons beaucoup de ce qui nous plaît – ou pas ! –, afin que nous soyons tous convaincus par les romans retenus. Il faut que, au sein de notre équipe, nous croyions tous aux textes que nous allons publier ! Une fois les romans choisis, j’édite le texte, c’est-à-dire que j’oriente le travail de l’auteur ou du traducteur, dialogue avec lui et le conseille pour que son roman soit le meilleur possible. C’est le plus gros de mon travail. Il faut à la fois se mettre à la place du lecteur, pour qu’il lise le meilleur livre possible, et à la place de l’auteur, pour comprendre son intention, son histoire, ses personnages, pour se couler dans son écriture. Et c’est passionnant !Je participe également à la mise en forme graphique du livre, qu’assurent le directeur éditorial et les graphistes. Ensemble, sur leurs propositions, nous dialoguons pour trouver une idée de couverture appropriée et forte, un illustrateur selon le type de livre (pour la couverture, et pour l’intérieur de nos livres pour les plus jeunes), une maquette intérieure… Le fabricant, qui est l’interlocuteur entre les compositeurs + imprimeurs et l’équipe éditoriale, participe également à ces réflexions, notamment concernant la forme du livre (quel type de papier choisir ? va-t-on gaufrer la couverture ? Comment obtenir un effet métal irisé sur le titre du livre ? …)Autour du livre, je participe également à une réflexion plus marketing. Ce n’est pas tout de faire un livre, encore faut-il lui permettre de trouver ses lecteurs ! Notre service marketing nous sollicite ainsi régulièrement pour mettre en avant nos livres. Par exemple, il nous est arrivé de faire des interviews avec un auteur pour le blog Lire en Live. Tout le travail que nous effectuons pour trouver le titre d’un livre et pour élaborer une couverture, depuis son aspect graphique jusqu’à l’accroche ou la rédaction du texte de plat 4, participe également de cela.Enfin, depuis quelques années, une partie de mon travail consiste aussi à produire le livre numérique, qui accompagne le livre papier. Pour l’instant, ces livres numériques sont des déclinaisons des livres papier, mais il est fort probable que dans l’avenir, nous publions des livres directement en format numérique – ou que nous élaborions des projets papier qui auront une extension propre dans le monde numérique…Comme vous le voyez, les tâches d’un éditeur sont multiples, impossible de décrire une journée type !
- Rencontrez-vous régulièrement les auteurs que vous éditez ?
Oui, c’est même très important. L’échange est à la base de notre métier. Il faut que chacun ait confiance en l’autre, et pour cela, rien de tel que de se rencontrer et d’échanger. Et c’est plus sympa pour tout le monde de se connaître un peu ! Après, cela dépend de chacun ; certains auteurs travaillent beaucoup dans l’échange et nous impliquent dans les phases d’élaboration de leur roman, d’autres au contraire préfèrent nous remettre des textes déjà très aboutis… Nous nous adaptons.Nous profitons aussi des salons, où les auteurs viennent en dédicace, et des interventions qu’ils peuvent faire en milieu scolaire par exemple pour les rencontrer et tisser une relation avec eux.
- Quels sont les différences, au niveau du travail donné, entre une traduction de roman de langue étrangère ou un roman en français jamais publié ?
Effectivement, le travail n’est pas tout à fait le même. Pour les romans en français, on travaille avec l’auteur non seulement sur son écriture, mais aussi sur le concept même du livre et sur l’histoire. Le travail s’effectue donc sur plusieurs niveaux. Pour une traduction, en revanche, l’histoire et la langue existent déjà. Le travail que nous effectuons avec le traducteur est celui de rendre en français, le plus fidèlement possible mais aussi avec le plus de fluidité possible, le livre original. On travaille donc davantage au niveau de l’écriture. Il s’agit d’adapter le texte existant à une langue différente et un lectorat différent. Il faut trouver le bon registre de langue (est-on trop soutenu ? trop trivial ?), le bon ton, les bonnes images, les bons tics de langage… Avec le traducteur, on se pose par exemple des questions en amont sur la traduction des noms : faut-il traduire en français le nom des personnages et des lieux ? Lorsqu’il y a des univers imaginaires, comment traduire les noms inventés ? Dans Divergente, par exemple, il a fallu traduire le nom de chaque faction : certains se sont imposés d’eux-mêmes, comme les Altruistes (Abnegation, en anglais) ; pour les Audacieux, en revanche, nous avions d’abord pensé aux Téméraires, avant de rejeter ce mot qui portait une connotation un peu négative, un soupçon d’inconscience, qu’il ne nous semblait pas trouver dans le Dauntless anglais. La traduction demande un ajustement constant entre le texte source et le lectorat français.
- Comment se passent les foires du Livre lorsqu’il faut obtenir des droits de traductions ?
Ces grandes foires du Livre sont l’occasion privilégiée pour des éditeurs et agents littéraires étrangers de nous présenter leur travail (et notre service de droits étrangers en fait autant avec nos livres !). Chez Nathan, ce sont mes responsables éditoriales qui y vont. Leur journée est découpée en tranches de 30 minutes, où elles rencontrent des éditeurs étrangers et des agents qui leur présentent leur catalogue, leurs auteurs, leurs nouveautés… Nous sommes en contact toute l’année avec certains. Nous profitons alors de ces Foires pour parler aussi de nos attentes, de projets que nous avons signés avec eux… bref, d’échanger de façon plus informelle – y compris autour d’un café ou d’une soirée de lancement, en dehors de ces rendez-vous de 30 minutes !Ces Foires sont donc surtout un moment d’échange et de rencontre pour tout le petit monde de l’édition. C’est aussi un temps fort pour la découverte des manuscrits étrangers, mais il ne s’accompagne pas systématiquement d’achats de romans ; nous lisons et achetons des romans étrangers toute l’année !
- Quels conseils voudriez-vous donner à un futur éditeur ? Quels sont les qualités requises ?
Bien sûr, mieux vaut avoir le goût des livres, du texte, et des images ou du graphisme pour être éditeur ! Pour ma part, dans le domaine de la fiction jeunesse, il me semble qu’il faut avoir un réel sens du texte, savoir sentir « sa petite musique » afin de repérer les éventuels couacs et savoir comment les régler. Des qualités comme la curiosité, la rigueur et le tact (derrière chaque livre, il y a toujours des êtres humains, qui y mettent parfois beaucoup d’eux-mêmes – auteurs, traducteurs, illustrateurs…) sont aussi importantes. D’un point de vue plus prosaïque, je pense qu’il ne faut pas hésiter à multiplier les expériences, même si elles ne sont pas toutes purement éditoriales. Cela permet de mieux comprendre la chaîne du livre et d’autres métiers (traducteur, correcteur, graphiste, libraire…), et de découvrir différentes façons de travailler et d’appréhender le livre (on ne travaille pas de la même façon dans une petite ou grande maison d’édition, par exemple).
Partie 2 : Vous & les livres
- Quels sont vos romans préférés ?
Vaste question ! Je pourrais en parler pendant des heures… J’aime beaucoup les formes courtes, aux histoires simples mais puissantes et aux écritures ciselées ; en général, ce sont les livres qui m’ont le plus touchée. J’ai ainsi adoré Des souris et de hommes, de Steinbeck ; ou La petite fille de M. Linh, de Claudel. À part cela, je suis très éclectique. Je lis des romans français comme étrangers, classiques comme contemporains, dans de nombreux genres… Parmi quelques lectures marquantes, je citerais Le Lion, de Kessel (un des premiers livres qui m’ait bouleversée) ; Les liaisons dangereuses, de Laclos (magistral !), 1984 d’Orwell (je trouve les histoires de manipulation passionnantes), Un barrage contre le Pacifique de Duras (l’écriture est si belle), dernièrement La malédiction des colombes de Louise Edricht (une formidable conteuse !), ou les livres d’autres conteurs comme Isabel Allende et Amitav Ghosh (j’adore leur façon de faire vivre une contrée, des personnages, des histoires).Côté young adult et jeunesse, j’ai dévoré Hunger Games, que je trouve très très bien ficelé, bien écrit, haletant… Je trouve que la dystopie offre des possibilités infinies, des histoires passionnantes et très riches. Dans un genre totalement différent, j’ai aussi lu d’une traite Le Clan des Otori, dont l’écriture est très belle, et qui fourmille de jolies idées. Enfin, parmi les livres sur lesquels je travaille, j’ai adoré Divergente, que j’ai d’abord lu d’une traite avant de le reprendre avec un œil plus éditorial !
Partie 3 : les questions de lecteurs :
- Est-ce possible de faire des stages en maison d’édition ? Quels sont les critères pour y être accepté ?
Chaque maison propose des stages dans plusieurs secteurs (service de presse, marketing, graphisme…), dont l’édition. En général, nous cherchons des personnes motivées, avec un parcours cohérent par rapport au stage proposé. Les filières spécialisées dans les métiers du livre s’étant développées, nous apprécions beaucoup le profil des étudiants des masters d’édition. Selon le type de stage proposé, on peut prendre des personnes débutantes, ou d’autres qui ont déjà eu un premier stage dans l’édition ou les métiers du livre. Je vous recommande donc de bien lire les annonces de stage lorsque vous postulez, afin de savoir quel est le profil recherché ; et n’hésitez pas non plus à faire des candidatures spontanées, toutes les offres ne passent pas par des annonces.
Un immense merci à Cécile Verdier pour s'être spontanément proposée pour l'interview d'éditrice et pour ses réponses claires et passionnante !Merci également à Mirage pour sa question !

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