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“Frankenweenie” de Tim Burton

Publié le 30 octobre 2012 par Boustoune

Chalut les humains,

Alors, prêts à fêter Halloween? Parés à affronter monstres et revenants qui, traditionnellement, envahissent les salles obscures au moment de la Toussaint?
Personnellement, les fantômes et les portes qui claquent façon Paranormal activity, ça ne m’émeut pas vraiment. Ca me fait même plutôt marrer de voir des humains avoir la trouille face à des machins aussi nuls. Bon, en même temps, c’est vrai que nous les chats, on n’a peur de rien, à part des aspirateurs (hé, ne vous moquez pas!) et des chiens.

Ah tiens, justement, Tim Burton profite des vacances de la Toussaint pour nous proposer son nouveau film d’animation, Frankenweenie, l’histoire de Victor, un Frankenstein Junior qui trouve le moyen de ressusciter son toutou mort par une nuit d’orage.
Un cabot mort-vivant… Brrrr… Ca fout les jetons, ce truc. J’ai les poils qui se hérissent. Quand bien même le chien en question, Sparky, est plutôt du genre brave bête, fidèle à son maître et prompt à faire le fou.

Frankenweenie - 5

Il est le meilleur ami de Victor. Le seul, à vrai dire, car le gamin reste à l’écart des autres enfants, dans son monde. Il passe ses moments de temps libre à réaliser des films avec ses jouets et surtout, avec son chien, qui lui sert d’assistant et de vedette – il est brillant en Dogzilla, ravageant une ville en carton et ses habitants en plastique. Et quand il n’a plus l’inspiration le cinéaste en herbe sort jouer à la balle avec son toutou adoré.

C’est cela qui va provoquer le drame. 
Le père de Victor, inquiet de ne pas le voir fréquenter d’autres camarades de son âge, le contraint à aller expérimenter la pratique du baseball sur un terrain en centre-ville. Quand le garçon réussit un homerun (1), propulsant la balle hors du terrain, le brave Sparky ne peut s’empêcher de courir après et se fait violemment percuter par une voiture. Rest in pieces, doggy! (2)

Victor est dévasté. Les jours suivants, il vaque à ses occupations sans aucun enthousiasme. Rien n’est plus pareil sans son compagnon à quatre pattes.
La maison vide le déprime,  les cours l’ennuient, à l’exception du cours de science dispensé par M. Rzykruski – pas facile à écrire, ça – sosie officiel de Vincent Price (3) à l’allure de savant fou qui les pousse à expérimenter et développer leur curiosité pour la science.
Au cours d’une démonstration des effets du courant électrique sur les muscles d’une grenouille morte, Victor a le déclic. Si ça fonctionne sur un batracien, il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas sur son chien.

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Ni une ni deux, le garçon déterre son Sparky, en recoud les morceaux et l’expose à la foudre via un dispositif complexe bricolé dans le grenier de sa maison. Et hop, Alléluia, le chien revient à la vie.
Conscient que les gens ne sont pas vraiment préparés à voir les défunts se relever, Victor décide de taire cette résurrection et de vivre en cachette son amitié avec Sparky, qui est resté tel qu’avant l’accident, joueur et câlin. Rien à voir avec la créature du “Frankenstein” de Mary Shelley, type au corps hypertrophié et au cerveau dérangé obéissant à ses instincts primaux.

Là, je vous sens en train d’enrager : “Quoi!?! Pas de créature ?!? Pas de vindicte populaire ?!? Hé, Scar’, c’est Halloween, quoi! On veut des monstres, de l’effroi! Pas une histoire d’amitié entre un gosse et son chien”.
Oh! Un peu de patience! J’y viens…
Bien sûr qu’il y a des monstres dans Frankenweenie. Des balèzes, des hargneux, des vilains. A commencer par les camarades de Victor, et notamment le hideux Edgar “E” Gore, un petit bossu édenté à l’oeil torve qu’on enverrait bien aux Carpathes pour lui apprendre la politesse. 
C’est lui qui va être à l’origine de la zizanie, en éventant le secret de Victor et en permettant à d’autres gamins de créer leurs propres créatures, moins maîtrisées que Sparky. Et évidemment, les monstres en question ne vont rien trouver de plus malin à faire que d’attaquer la ville, pour de vrai cette fois…

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Mais attention, ne vous attendez pas à hurler de peur devant le spectacle proposé. Le film est estampillé Disney et se veut un produit “familial” accessible à tous. Peut-être pas aux plus jeunes enfants,  car on reste dans l’univers sombre et gothique de Tim Burton, dans la lignée de L’Etrange Noël de Monsieur Jack et des Noces Funèbres. Mais les enfants de 7 à 77 ans devraient adorer.

Les premières tranches d’âges seront sensibles à la belle histoire d’amitié entre le héros et son chien. Elles se laisseront entraîner par le final, riche en péripéties et en émotions. 

Les grands enfants amateurs de vieux classiques du cinéma fantastique seront aux anges avec cet hommage vibrant aux chefs d’oeuvres des années 1930 et des années 1960. Les références pleuvent, se télescopent avec bonheur.

Celles au  Frankenstein de James Whale sont évidentes, avec en point d’orgue ce final dans un grand moulin et la présence du bossu ”E” Gorequi rappelle Igor, l’assistant de Frankenstein. On trouve aussi une tortue nommée Shelley, en hommage à Mary Shelley, auteure du roman “Frankenstein”. Et des clins d’oeil géniaux à La Fiancée de Frankenstein, via la copine de Sparky, Perséphone, une femelle caniche coiffée comme Elsa Lanchester dans le film de 1935, et via sa maîtresse prénommée… Elsa, justement.
Ladite Elsa a pour patronyme Van Helsing, comme l’ennemi juré d’un certain… Dracula.
Cette autre figure marquante du cinéma d’épouvante se voit aussi honorée par le recours à un extrait du Cauchemar de Dracula, glissé dans le film, et par l’apparition d’un chat à l’allure vampirique (la classe, quoi…).

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Sinon, le maire a des faux-airs de Peter Lorre, un des camarades de classe de Victor, Nassor, ressemble à un mix entre Boris Karloff dans Frankenstein et Christopher Lee – l’un des plus fameux interprètes de Dracula – dans La Malédiction des pharaons. Son animal de compagnie revenu à la vie ressemble d’ailleurs à une momie… Un autre élève, Toshiaki, évoque le Fu-Manchu. Et on trouve aussi un rat-garou, un ersatz de Godzilla, des petits monstres à mi-chemin entre la créature du Lac noir et les Gremlins…
Sans oublier la référence directe à Vincent Price, dans le rôle du professeur au nom imprononçable.

Mais surtout, n’allez pas penser que Frankenweenie n’est qu’un hommage bêta à l’âge d’or du cinéma d’épouvante.
C’est avant tout, on l’a dit, une belle histoire d’affection entre un enfant et son animal de compagnie, mais également une fine évocation du deuil et de la perte d’un être cher, du côté fragile de l’existence, et enfin un petit bijou de poésie noire, qui vante les mérites de la science et de l’expérimentation tout en en dénonçant les dérives et les mauvaises utilisations que certains veulent en faire.

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Tim Burton, lui aussi, continue d’expérimenter, mais pas pour en faire mauvais usage. Après son Alice au pays des Merveilles, il continue à travailler autour du relief, pour accentuer la profondeur des images, jouer sur la mise en perspective des objets, des personnages, et proposer quelques effets saisissants.
Il n’en oublie pas pour autant de soigner l’esthétique globale de son oeuvre, optant, avec son chef opérateur Peter Sorg, pour un noir et blanc très classieux et des effets de clairs-obscurs dans la lignée des films des années 1930. 
Mais c’est l’ensemble de la conception artistique qui fait de Frankenweenie un vrai plaisir de cinéphile.

L’univers de Tim Burton a parfaitement été assimilé par le chef décorateur, l’expérimenté Rick Heinrichs, et le directeur artistique, Tim Browning, qui réussissent à reconstituer une petite ville de banlieue américaine semblable à Burbanks, la ville où Tim Burton a grandi, ou à celle d’Edward aux mains d’argent. Le responsable des marionnettes, Andy Gent, et celui qui les anime à l’écran, Trey Thomas ont aussi réussi à donner vie aux personnages dessinés par Tim Burton, très typiques de son style graphique et dans la continuité des Noces funèbres et de L’Etrange Noël de Monsieur Jack.
On s’attache rapidement à ces personnages décalés aux rondeurs rassurantes ou inquiétantes. Personnellement, j’avoue avoir un petit faible pour “la fillette étrange” – c’est comme ça qu’on l’appelle – une gamine aux yeux fixes et à la mine sinistre, toujours accompagné d’un volumineux chat angora dont les excréments lui permettent de lire l’avenir (!!!).

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Plaisir des yeux, mais aussi plaisir des oreilles avec la musique de Danny Elfman, le vieux complice de Burton, qui sait mieux que quiconque trouver les notes et les accords aptes à soutenir l’ambiance de ses films. Sans être d’une originalité folle, sa bande-originale est tout à fait adaptée à l’univers de l’oeuvre et participe à la rythmique du récit.

Ce qui est important, c’est que l’on sent, à tous les niveaux , une véritable implication artistique, un amour du travail bien fait. Les membres de l’équipe sont tous des maîtres-artisans qui peaufinent chaque détail, un par un, jusqu’à la perfection. Et des passionnés qui se donnent du mal pour réussir cette prouesse de donner vie à des êtres inanimés, et se mettre ainsi au diapason du jeune héros du film.
Un jeune héros qui, d’ailleurs, doit beaucoup ressembler à l’enfant qu’était Tim Burton. On imagine sans peine l’auteur de Ed Wood s’enfermer dans le grenier avec une caméra pour reconstituer avec ses jouets les films qui l’émerveillaient au cinéma. Et prolonger les histoires en sollicitant une imagination déjà très active.

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Non, on ne frissonne pas de peur en regardant Frankenweenie. On frissonne de plaisir, heureux de constater que Tim Burton n’a rien perdu de son envie de faire du cinéma et de communiquer des émotions au public.
Après l’amusant Dark shadows, qui renouait avec délice avec la veine plus sombre du cinéaste, Frankenweenie vient confirmer que le cinéaste entend encore réaliser des films très personnels tout en rendant hommage aux oeuvres qui l’ont marqué jadis. Pour notre plus grand bonheur.

Bon, il faut que je vous laisse, je dois essayer ma cape de Chat-cula avant la soirée de Halloween. Je vais voir si ça fait suffisamment peur à mon maître pour qu’il me refile une double ration de nourriture. Des croquettes ou je te croque!  Ah ah ah ah (rire démoniaque).

Plein de ronrons et happy Halloween,

Scaramouche

 

Frankencat

(1) : homerun : coup de circuit, coup gagnant au baseball.
(2) : “Repose en pièces, toutou!” (réplique piquée aux Expendables)
(3) : Vincent Price, idole de Tim Burton, avait fait la voix-off du court-métrage Vincent et avait joué dans Edward aux mains d’argent  

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Frankenweenie
Frankenweenie 
Frankenweenie

Réalisateur : Tim Burton 
Avec les voix de: Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau, Martin Short, Catherine O’Hara, Atticus Shaffer
Origine : Etats-Unis
Genre : burtonien
Durée : 1h27

Date de sortie France : 31/10/2012
Note pour ce film : ●●●●●○

Contrepoint critique : Myscreens

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