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Ce qui reste encore du Bond et du monde ancien

Publié le 31 octobre 2012 par Amaury Watremez @AmauryWat

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Comme l'on fait remarquer de nombreux auteurs de polars ou de Science-Fiction, ce que l'on appelle le « genre » a toujours eu plus de choses à dire sur l'époque. De nombreux longs métrages prétentieux tentent bien souvent de montrer comme leur auteur réfléchit intensément sur la société actuelle et combien il est pertinent, et puis ne surnage que le narcissisme du réalisateur et/ou de son scénariste convaincus que leur « message » doit absolument être transmis à toutes les âmes en perdition qui iraient voir le film.

Image prise sur le site de "mauvais genres"

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Bien souvent, pour être compris ils se sentent obligés de se chausser de lourds, très lourds sabots.

« Skyfall » est le « James Bond » du cinquantenaire, comme « Casino Royale », ou « Quantum of solace » il se veut plus réaliste mais conserve les scènes de poursuite parfaitement improbables sans atteindre au délire complet du pré-générique de « Dangereusement vôtre », de la poursuite en camions de pompiers dans le même opus ou de celle qui est le « climax » de « Demain ne meurt jamais » dans laquelle Bond fuit devant le méchant sur un bout de tôle qui lui sert de surf des neiges pendant qu'un rayon laser détruit un hôtel de glace.

Le dernier « James Bond » est d'abord pur objet de cinoche avec de multiples références cinéphiliques. Il surprend le spectateur qui appréciera un des slogans, « seulement au cinéma », ce n'est pas un de ces « blockbuster » qui crée le « buzz » sur Internet en se servant de l'autisme informatique des dizaines de millions d'autistes technologiques que deviennent les jeunes et moins jeunes représentants de nos sociétés dites développées.

Soulignons que par cinoche j'entends ce genre de films, parfois réputés mineurs, qui vous emportent vraiment, vous laissent encore rêveurs, qui divertit et donne du travail au cerveau, qui permet de retrouver un peu de la naïveté et l'insouciance du spectateur de films des années 70 par exemple, quand les enfants se perdaient devant les affiches géantes et les photogrammes derrière les vitrines des cinémas qui étaient encore « de quartier », des lieux de vie et non des superpositions d'individualités broutant du « pop corn » devant une niaiserie conçue pour endormir un peu plus leur cortex, ce que n'est pas « Skyfall » qui sur le plan strictement formel est également superbe.

Il y a donc un peu de « la Dame de Shanghai », le combat dans les miroirs en haut d'un gratte-ciel, « Shining », sur les routes d’Écosse avec un zeste du « Xanadu » de « Citizen Kane », les films de la série avec Sean Connery et Roger Moore.

Il parle du monde ancien dont Bond est une relique et un symbole, tout comme son Aston-Martin, ses costumes, son goût pour les alcools forts et les femmes voluptueuses, toutes choses disparaissant progressivement.

Tout est codifié y compris le divertissement.

Ce n'est pas le seul personnage dans ce cas, il se retrouve avec les deux autres à la fin du film dans le tout petit refuge qu'est la maison de ses parents, avec « M » et Kincade, le garde-chasse du domaine, joué par Albert Finney légende du cinéma britannique), l'un des deux ne pouvant que mourir à la fin, ils sont encerclés par le néant, la haine, la rancune et le ressentiment des malfaisants qui ont hâte d’annihiler définitivement ce qui reste de l'ancien monde qu'ils haïssent.

En passant, il est question des mensonges modernes sur la pseudo-transparence, ou plutôt le délire de transparence contemporain, qui impliquerait qu'il n'y ait plus de secrets, plus de conflits, alors que ainsi que le dit un personnage dans « Skyfall », il n'y a jamais eu autant d'ombres, autant d'avidités pour le pouvoir ou l'argent, et en allant jusqu'au bout de cette réplique sur les ombres, disons même que la plupart des êtres humains contemporains se perdent tels autant d'ombres dans les « non-lieux » inhumains qui font ressembler les grandes métropoles à la cité tentaculaire de « Blade Runner », Sam Mendès le réalisateur filmant d'ailleurs Shanghai de la même manière que Ridley Scott dans son chef d’œuvre de SF.

Les uns comme les autres sont toujours perdus dans leurs anciens modèles de pensée, se jetant leurs préjugés au visage, les mêmes figures de rhétorique, d'un bord ou de l'autre, et refusant l'évidence d'un monde qui s'écroule progressivement au nom du prétendu progrès qui n'implique finalement que plus de servitude et d'allégeance à des gadgets, qui n'osent plus se révolter par peur de perdre ce qu'on leur laisse encore un peu de confort matériel, ce qui n'est rien moins qu'une laisse, de plus en plus courte. Bond est de ces « cœurs héroïques » évoqués par « M » qui cite Tennyson lors de son « audit » par des technocrates, avant que le super-scélérat du film vienne mettre tout le monde d'accord en massacrant aveuglément.


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