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“Skyfall” de Sam Mendes

Publié le 31 octobre 2012 par Boustoune

“Quel est votre hobby, Mr Bond?” demande le renégat Raoul Silva (Javier Bardem) à l’agent secret le plus connu de la planète (Daniel Craig).
”La résurrection”, répond l’espion 007…
Il le prouve de plusieurs façons dans Skyfall, le nouveau film de la franchise – le 23ème, pour être plus précis.

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Déjà en revenant prendre son poste après que ses collègues du MI6 aient versé une larme à ses funérailles.
Ce n’est pas la première fois que James Bond utilise cette vieille ruse. Il s’était déjà fait passer pour mort dans On ne vit que deux fois. Mais cette fausse mort avait alors été décidée avec l’appui de ses supérieurs, pour lui laisser davantage de marge de manoeuvre.
Là, il manque réellement de mourir, touché par balle au terme d’un prologue en forme de longue course poursuite, dans les rues d’Istanbul, puis sur le toit d’un train en mouvement. 007 tombe dans le vide avant de pouvoir mener à bien sa mission – intercepter un espion ennemi ayant dérobé la liste des agents du MI6 infiltrés dans les organisations terroristes. Le comble, c’est que la balle qui l’a heurté venait d’un tir allié, ordonné par M (Judi Dench) en personne. La responsable du MI6 a préféré risque r la vie de son meilleur agent plutôt que de laisser l’ennemi filer avec les précieuses informations.
Mauvaise inspiration : Bond est porté disparu et déclaré mort et sa cible repart avec la liste, bien décidé à la vendre à des personnes peu scrupuleuses…
James, fâché, décide de profiter de son trépas en se saoulant à mort et en bullant au soleil, mais sa conscience professionnelle le rattrape quand le siège du MI6 est soufflé par une gigantesque explosion… Trop, c’est trop, l’agent 007 décide de ressusciter pour trouver le psychopathe responsable de ce massacre.
Son enquête le mène sur la trace de Raoul Silva, un ancien agent entretenant des rapports ambigus avec M…

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La capacité de résurrection de James Bond se manifeste aussi quand il se sort aisément de situations périlleuses qui seraient fatales pour le commun des mortels : jeu avec un scorpion venimeux, combat avec un dragon de Komodo, flirt avec une femme fatale (Oui, James Bond aime bien les animaux…), bagarres, courses-poursuites endiablées en moto, en voiture ou à pied, fusillades épiques et explosions spectaculaires, etc… Et ce, toujours en conservant un flegme british et distinction…

Enfin, James Bond réussit la prouesse d’inspirer encore des scénaristes et des cinéastes, cinquante ans après James Bond contre le Docteur No, et d’être le héros de divertissements de qualité, réalisés quasiment avec les mêmes recettes qu’aux origines – de l’espionnage, de l’action, du suspense, des jolies pépées et une pointe d’humour – et des figures imposées devenues cultes – le générique psychédélique, la réplique “My name is Bond. James Bond”, le cocktail Martini-vodka “au shaker”… 

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Comme les diamants, Bond est éternel. Six acteurs se sont succédés pour lui donner vie (1) : Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et, aujourd’hui, Daniel Craig. Chacun y a apporté sa touche personnelle , ses qualités propres, tout en respectant les fondamentaux du personnage, avant d’être rattrapés par leur âge et de céder la place à un collègue plus jeune et plus motivé.
Même chose pour les collègues et supérieurs de 007. M a pris les traits de Bernard Lee, Robert Brown, Mathieu Chédid (euh non… pardon) et Judi Dench, depuis 1995. L’actrice anglaise, en proie à des problèmes de santé et désireuse de s’investir dans d’autres projets professionnels sera prochainement relayée par un autre acteur à ce poste.
Et que ce soit au MI6, à la CIA, au KGB ou DSK, un Q est toujours remplacé par un autre Q… (hum, un peu facile celle-là…)
Après Peter Burton, l’excellent Desmond Llewelyn, et John Cleese, place au jeune Ben Whishaw…
Ne manque plus que le retour de Miss Moneypenny, absente du MI6 depuis l’arrivée de Daniel Craig…

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Le point fort de Skyfall, justement, c’est qu’il joue malicieusement avec le côté éphémère des interprètes des personnages de la saga.
Daniel Craig avait été engagé pour donner un coup de jeune à la franchise James Bond, en proposant un agent 007 plus rugueux, plus voyou. Mais déjà, voilà qu’il commence à sentir le poids des années, usé par les épreuves rencontrées et les nuits torrides auprès d’accortes créatures, aptes à prouver que le “repos du guerrier” n’a de reposant que le nom.
Ici, une fois décidé à revenir d’entre les morts, Bond doit repasser des tests d’aptitude professionnelle. Tant sur le plan physique que psychologique, il serait aujourd’hui recalé… Sa blessure nuit à sa précision arme au poing, les excès d’alcool et de tabac ont mis à mal son endurance, et son côté réfractaire à l’autorité est aujourd’hui exacerbé par les sacrifices consentis à son métier – la perte de Vesper Lynd, entre autres – et l’ingratitude de M.
Cette dernière le réhabilite pourtant et renouvelle son permis de tuer. Par intérêt, certes. Car, menacée de mort par Silva, M ne souhaite pas se priver du renfort de son agent préféré…
Pourtant, nombreux sont ceux qui verraient d’un bon oeil la retraite anticipée de Bond. Comme le nouveau supérieur de M, Gareth Mallory (Ralph Fiennes), fraîchement nommé responsable du renseignement et de la sécurité, qui ne semble pas trop apprécier l’agent rebelle.
Ou le nouveau Q, un jeune geek qui voit en ce bon vieux James un dinosaure accro aux coûteux gadgets technologiques et incapable de voir que le nec plus ultra de l’espionnage moderne est informatique… 
Mais James Bond s’en moque. Il a une mission à accomplir et entend la mener à bien, façon “old school”, quitte à ressortir la mythique Aston Martin, le smoking et le vieux tromblon de son défunt papa…

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Sam Mendes, qui a été choisi pour diriger ce 23ème épisode des aventures de Bond, s’amuse à constamment opposer le classicisme des premiers films de la saga et ses gimmicks récurrents à la vision moderne du film d’espionnage, telle qu’induite par les films de la franchise Jason Bourne. Et le résultat est assez savoureux, gommant les défauts de Quantum of solace, dans lequel les trop nombreuses scènes d’action nuisaient à l’intensité dramatique du récit, assouplissant légèrement le côté trop rigide du Bond version Daniel Craig et surtout, en remettant la psychologie des personnages au ceur du récit. 
Tout tourne en effet autour des  les liens unissant ses différents personnages au coeur de l’intrigue, jusqu’à un final quasi-shakespearien – et émouvant – opposant James Bond, Raoul Silva et M.

Bon attention, hein, cela reste un film de divertissement. On ne va pas crier au chef d’oeuvre cinématographique non plus, d’autant que le film n’est pas exempt de défauts.
On déplorera, par exemple, que Javier Bardem en fasse un peu trop dans le rôle du méchant de service. Certes, il apporte son charisme et sa présence imposante au personnage, mais son cabotinage est embarrassant par moments et donne l’effet inverse de celui escompté : transformer le salaud psychopathe en être humain blessé, une variante de Bond qui aurait mal tourné.

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On s’agacera aussi des nombreux placements de produits au long du récit. Ce n’est pas nouveau, d’accord. A chaque sortie de film, l’agent 007 sert de matrice à de nombreuses publicités, et il y a toujours des négociations entre la production et des firmes automobiles désireuses de voir Bond et/ou ses ennemis conduire leurs voitures lors des inévitables courses-poursuites qui émaillent les longs-métrages. Mais là, ça se voit et s’entend un peu trop. On a conscience d’être bombardés de messages publicitaires pendant ce qui est censé être un moment de détente, et ce n’est pas franchement agréable.

Et puis, le récit, une fois n’est pas coutume, est un peu trop acadabrantesque pour être honnête. Mais cherche-t-on encore des intrigues crédibles dans ce genre de film?

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Cela dit, Skyfall n’en demeure pas moins un bon James Bond, apte à satisfaire les attentes du public.
L’inexpressivité chronique de Daniel Craig passe pour du flegme et fait que l’acteur s’en sort bien. Les James Bond girls sont toujours aussi sexy : l’anglaise Naomie Harris d’un côté, la française Bérénice Marlohe de l’autre. Le générique de début s’inscrit dans la lignée des génériques de Maurice Binder, avec une chanson entêtante signée Adele. Il y a de l’action bien dosée, de l’humour bien dosé et une pointe de suspense. Bref, c’est réussi et cela devrait enthousiasmer les fans comme le grand public.
Quant à ceux qui, d’ordinaire, n’apprécient pas les aventures cinématographiques de 007 , ils auront compris, en espionnant cette critique, qu’ils ne devraient pas plus aimer ce nouvel épisode, qui respecte parfaitement la charte de la franchise.

Une franchise toujours vaillante, après un demi-siècle d’existence, et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Comme précisé usuellement dans le générique final “James Bond will return”. James Bond reviendra pour au moins deux films supplémentaires avec Daniel Craig dans le rôle principal, deux films qui constitueront une sorte de diptyque, comme l’étaient Casino Royale et Quantum of Solace. A surveiller pour 2014 et 2016…

(1) : Et même 007 acteurs, si on compte David Niven, qui officiait dans Casino Royale, réalisé en 1967, hors franchise officielle  

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Skyfall
Skyfall
Skyfall

Réalisateur : Sam Mendes 
Avec : Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Ben Whishaw
Origine : Etats-Unis, Royaume-Uni 
Genre : Bon Bond 
Durée : 2h23
Date de sortie France : 26/10/2012
Note pour ce film : ●●●●●○
Contrepoint critique : Libération

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