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Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011)

Par Just1 @JustinKwedi
Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011)
Ce que les hommes lui font la nuit, Elle l'a oublié au réveil. Une jeune étudiante qui a besoin d’argent multiplie les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle intègre un étrange réseau de beautés endormies. Elle s’endort. Elle se réveille. Et c’est comme si rien ne s’était passé…
Auréolé d’un parfum de scandale lors de sa sortie en salle en 2011, Sleeping Beauty est un film des plus étranges. La polémique vint plus du malaise ambiant dégagé par le concept du récit que de vraies scènes explicites avec cette ambiance froide et clinique, cette héroïne à la personnalité nébuleuse mais qu'on imagine bien perturbée sous le détachement (il faut pratiquement attendre la toute dernière scène pour la voir manifester vraiment une émotion) et qui subit les évènements sans sourciller par pur nécessité pécuniaire. 
Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011) Les séquences s’enchaînent donc de façon métronomiques et mystérieuses avec Lucy s’abandonnant dans le sommeil aux assauts chastes de clients venus s’acoquiner à cette belle endormie soumise à leur désir. Ce parti pris glacial intrigue pas mal, abordant en filigrane des questionnements sur la solitude urbaine (le meilleur ami suicidaire cloitré chez lui) et l'absence d'attache qui en découle avec une Lucy qui s'épanouit sans complexe chez ces employeurs étranges et leurs demandes surprenantes. 
Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011) On pense aussi à une redéfinition du rapport hommes/femmes et son acceptation par une génération dépassée qui l'a connu plus à son avantage ce qui se manifeste par les réactions contrastées des différents vieux clients libidineux qui vienne s'assoupir au côté de Lucy : du pervers impuissant qui se défoule par la violence verbale, d'autres plus tendre qui retrouvent presque une chaleur maternelle, c'est assez particulier... Le côté neurasthénique n'atténue pas la facette sensuelle (les premières scènes avec soubrettes en porte jarretelles et uniforme façon SM) mais c'est tellement retenu et feutré que c'est cette touche morbide qui domine, le Kubrick de Eyes Wide Shut semblant être le modèle d’une Julia Leigh maniant à merveille la distance et l’ambiguïté. Composition de plan géométrique et épurée, cadrage figé accentuant le sentiment d'enfermement et une photo neutre et délavée accentuent ce sentiment d'inhumanité où tout se paie.
Sleeping Beauty - Julia Leigh (2011)  Emily Browning après Sucker Punch confirme un une attirance pour les rôles borderline et est ici fascinante parfaite de détachement las, un vrai masque presque sans émotion sauf vers les derniers instants compensant son vide intérieur en acceptant d’être réduite à un objet soumis (puisque jamais elle ne s’interrogera sur ce qu’elle subit une fois endormie). C'est lorsqu’elle se rend compte des liens certes fragiles auxquels se raccrocher dans la réalité que le film retrouve une certaine humanité, avant un estomaquant final abrupt. Un bel ovni radical qui fascine ou crispe mais qui ne laisse certainement pas indifférent. 
Sorti en dvd zone 2 français chez ARP
Sleeping Beauty

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