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Harlem Shake, nouvelle forme de communion universelle ?

Publié le 12 mars 2013 par Yann Gourvennec @ygourven

La sélection du jour …

C’est l’article du Monde d’hier, que le quotidien a généreusement mis en accès libre aujourd’hui sur son site. Le sujet en est l’inévitable – hélas ? – Harlem Shake, non pas la danse des années 1980, mais le phénomène de société (meme) de cette année dont une des premières sources revendiquées est celle de ce groupe de japonais (photo ci-dessous).

harlem-shake

Les exégèses sont nombreuses et les historiques – probablement farfelus – aussi (ici et ). Ce qui est certain, c’est que le feu de paille de cette nouvelle folie de l’Internet est indéniable, comme en témoigne cet extrait de Google Trends partagé par knowyourmeme.com

harlem-shake-buzz

Mais en dehors du fait que nous devions réécrire entièrement notre chapitre sur les buzz et ces phénomènes de partages frénétiques sur Internet pour le compte de notre prochain livre, je me pose la question de la raison sociologique de ce genre de phénomènes. Car si on nous explique le “comment ?” et le “quand ?” et le “où ?”, le “pourquoi?” fait cruellement défaut.

  1. pourquoi un “meme” surpasse-t-il tous les autres ? alors que rien ne le distingue d’un autre (après tout, ce n’est pas plus drôle que ça !)
  2. pourquoi les “memes” se multiplient-ils ?
  3. qu’est-ce qui pousse la planète à se passionner pour des clones de phénomènes a priori vides de sens.

Quelques explications sauvages qui me viennent à l’esprit et que je livre à votre sagacité :

  • la créativité : les memes sont un moyen de création aisé qui permettent à tous d’exercer leur créativité sans avoir à inventer un sujet (on prend un sujet et on élabore à l’infini : si on ne sait pas créer, on se contente de partager, cela est valorisant. Or, on le sait depuis longtemps, la création sur les espaces collaboratifs est limitée à quelques privilégiés qui sont moins de 1% de la population totale.
  • la communion : ces danses me font penser à des danses rituelles et initiatiques, à la manière du Vaudou, avec les mêmes symboles sexuels, et permettent à un groupe de se lâcher à la limite de l’interdit social, tout en étant toujours dans les clous (il y a finalement peu d’excès, on voit même des parodies de parodies qui restent très en deça de la pornographie qui, de toute façon, est censurée par les réseaux sociaux comme l’a montré pour la photo le magazine réponses photos de ce mois-ci).
  • la sédition : la chanson commence par une voix en Espagnol qui dit “con los terroristas” ; peut-être s’agit-il aussi d’un phénomène de rejet de la société de la peur générée par le 11 septembre 2001, peur qui nous suit depuis plus de 11 ans maintenant.
  • la politique : rejoint le point précédent, il est intéressant que des jeunes égyptiens et tunisiens utilisent la chanson et la danse contre les mouvances salafistes, qui peuvent être – par certains et sans que je prenne parti – considérées comme “terrorisantes”. Dans ce cas “con las terroristas” peut-il sans doute se comprendre comme étant une réaction des terroristes des terroristes ?

Le Harlem shake (lui-même un meme d’une danse plus ancienne), est sans doute difficile à analyser, mais voilà certainement un véritable phénomène de société, qui n’est pas neutre. Peut-être que nous pouvons également avancer que dans un monde difficile à comprendre et qui perd son sens, ce genre de partages non signifiants vient souligner ce malaise et est peut-être un appel à la raison et au sens.

… l’article du Monde qui a déclenché ces réflexions

Une épidémie de Harlem Shake secoue la planète (Le Monde du 11/03/2013)

C’est le nouveau phénomène Web planétaire. Le Harlem Shake, cette bombe choré-musicale – assemblage de danse, de musiques urbaines, de tradition carnavalesque –, a véritablement explosé en un mois sur la Toile, suscitant quelque 50 000 versions postées un peu partout dans le monde sur YouTube et générant plus de 30 millions de vues.

Cette mode a même pris une tournure politique, servant de prise de parole pour des mouvements en rébellion contre le pouvoir. Comme en Chine – sur la question du Tibet –, ou bien encore en Tunisie et en Egypte où les jeunes révolutionnaires du « printemps arabe » s’empoignent sur leur droit ou non à faire leur Harlem Shake.

via Une épidémie de Harlem Shake secoue la planète


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