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[Reportage] Et si les journalistes et les blogueurs, eux-aussi, utilisaient des drones ?

Publié le 11 juillet 2013 par Alanlimo @ChristoChriv
L'AR Drone de Parrot (DR)

L’AR Drone de Parrot (DR)

Près de la gare Saint-Lazare, dans les locaux de l’hebdomadaire l’Express, environ 80 personnes assistaient hier au sixième rassemblement du chapitre parisien de « Hack/Hackers » – un réseau international de journalistes et de hackers passionnés par les nouvelles technologies qui cherchent, ensemble, à penser le futur du traitement de l’information. Le thème du jour : l’utilisation par les journalistes de drones, ces engins volants autonomes dans l’autonomie et dans la navigation plus connus pour leur utilisation militaire et létale en zone de conflit que pour leur potentiel journalistique.

Le marché des drones civils se porterait pourtant à merveille selon Parrot, une entreprise française de 700 personnes créée en 1994, spécialisée dans les produits sans-fils et qui, en 2010, a lancé le « Drone AR » – « le premier drone civil grand public » annonce Nicolas Halftermeyer, directeur marketing de la compagnie, invité par les organisateurs à présenter son jouet de 300 € (et vendu à 300 000 exemplaires dans le monde à en croire Parrot) aux journalistes et hackers présents ce soir.

Une caméra embarquée, des difficultés de pilotage

Dans la salle Jean-Jacques Servan-Schreiber de l’Express, le quadricopter de 420 grammes, pilotable par iPhone ou iPad, se met à voler avec aisance. Une caméra embarquée filme, prend des photos, permet de piloter l’engin même en le perdant de vue. Et puis, le voilà qui s’immobilise en l’air, en vol stationnaire, alors que Nicolas Halftermeyer met sa tablette de côté et continue sa présentation sans plus se soucier de son drone. L’engin ressemble à un OVNI futuriste de cinquante centimètre de diamètre qui, immobile dans les airs, serait prêt à tirer des rayons lasers à tout moment. Le bruit est quelque peu imposant. L’effet est néanmoins saisissant.

Le directeur marketing évite de faire voler son engin au-dessus des têtes. « Les pales de l’AR drone ne peuvent décapiter personne mais on n’est jamais à l’abri d’une chute malheureuse » dit-il, en référence au principal problème que connaissaient les drones civils à leurs débuts au milieu des années 90, lorsqu’ils subissaient régulièrement des arrêts intempestifs en plein vol. Les crashs étaient nombreux et le matériel ne résistait pas souvent. « Des milliers d’euros qui partaient régulièrement en fumée » se souvient Julien Avarre, un ingénieur autodidacte et photographe amateur qui a commencé à utiliser des drones aux débuts des années 2000 à des fins de création artistique.

A l’époque, les drones ressemblaient à des ballons gonflés à l’hélium ou à de petits hélicoptères radiocommandés, très peu maniables, à l’autonomie et à la stabilité plus qu’hasardeuses ; alors que les modèles actuels proposent tous plusieurs rotors et un gyroscope intégré, gages de stabilité et de maniabilité. Les crashs sont beaucoup plus rares – mais pas inexistants.

Voler au-dessus des manifestations

L’AR Drone, lui, se pilote à une distance de 110 mètres maximum. « Mais, si vous arrivez à voler à 50 mètres de hauteur, vous êtes déjà un champion » prévient Nicolas. Et pour cause: un drone ne s’affranchit pas des lois de la physique et doit se soumettre aux vents, aux problèmes de stabilité et d’aérodynamique ; et piloter à travers la caméra intégrée n’est pas une chose aisée.

Qu’importe : même s’il ne sera pas possible de faire des photos aériennes à la Yann Arthus-Bertrand (la qualité limitée de l’optique et les problèmes de stabilité ne le permettent pas), les journalistes présents dans la salle se prennent à imaginer des centaines de possibilités journalistiques avec ces engins.

« Je ne sais pas comment ces drones fonctionnent et j’ai peu d’idées précises sur ce qu’ils sont capables de faire » confiait à la salle, avant la présentation de Parrot, Eric Mettout, directeur adjoint de l’Express chargé du numérique, qui présentait le projet « Drone It » – un pôle chargé de tester l’utilisation de drones par une rédaction. « Je ne sais pas le possible, je ne sais pas où on va et je ne sais pas combien ça va coûter. Mais on est là pour essayer des choses – et puis, comme tous les garçons, faire voler des hélicos est un vieux fantasme ».

Il évoque les manifestations anti-mariage gay de dimanche dernier. Peut-être aurait-on pu envoyer un drone au-dessus des manifestants pour compter, en temps réel, le nombre de personnes présentes ? Peut-être pourrait-on survoler Notre-Dame des Landes ? Mais quels problèmes légaux faudrait-il affronter ? Faudra t–il faire signer une décharge à chacun des milliers de manifestants avant de les filmer ?

Photographier la Terre vue du ciel

D’autres imaginent utiliser un drone en zone de guerre. En le programmant pour qu’il suive automatiquement le journaliste, il pourrait le filmer in vivo, de haut, de loin, de derrière, à la façon d’Antoine de Maximy dans l’émission J’irai dormir chez vous. Il pourrait servir à repérer les snipers ou les militaires hostiles. A voir l’avancée de troupes, à repérer les endroits où ne pas aller.

Pour les rédactions à petits budgets qui ne peuvent pas se payer d’hélicoptères, il pourrait servir à prendre des photos aériennes d’inondations, de sècheresses, de feux de forêts, comme le fait le journal kenyan The Star en partenariat avec le collectif français Drone Attack, installé aux États-Unis ; suivre en temps réel des courses à la voile ou permettre … aux paparazzis de se rapprocher encore plus près de leurs cibles.

A l’Express, on est convaincu qu’il faut croiser les regards techniques, artistiques, journalistiques, voire militants, pour réussir à inventer le « Drone Journalisme » de demain. A condition d’améliorer les protocoles de sécurité : les drones communiquent avec les terminaux mobiles des pilotes par des ondes Wifi aisément piratables – comme l’ont démontré des hackers à Nantes lors d’un « Hackaton » de 72h.

« L’interface de programmation est volontairement hackable » se défend Nicolas Halftermeyer. « Jusqu’à un certain point. On permet aux hackers de bidouiller le terminal, l’interface et le programme, mais le Firmware (microgiciel intégré, NDR) reste bien protégé ».

Il faudra également résoudre les problèmes juridiques liés au survol du territoire français. « On est des amateurs, certes, mais on fait en sorte de définir un cadre pour que tout se passe bien » annonce avec enthousiasme Raphaël Labbé, directeur de l’Innovation du Groupe Express Roularta.

Le laboratoire de « Drone Journalisme » de l’université du Nebraska, pionnier en la matière, vient, d’ailleurs, de publier un article sur le sujet : « les drones arrivent, mais nos lois ne sont pas prêtes ».


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