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Écorché vif disent-ils

Publié le 30 juillet 2013 par Amaury Watremez @AmauryWat

Dédié à tous les "écorchés vifs" et "écorchées vives"

Dédié plus spécialement à mes amis qui sont tous des "ércochés vifs", avec qui je partage au fond les mêmes souffrances, et toi, qui est aussi une "écorchée vive"

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Quand une personne, homme ou femme, adulte ou enfant, est dotée d'un peu plus de sensibilité au monde et donc à ses travers, on emploie l'expression un peu dégoûtante d'« écorché vif » ou « écorchée vive » qui rappelle les œuvres étranges de Fragonard frère, celui qui faisait des cauchemars annonçant Francis Bacon et non celui qui rêvait d'escarpolette, comme si avoir ce minimum de sensibilité était une torture, une inutilité, un handicap, avec un « H » aspiré très profond. Et il y a aussi ce que l'on ne dit pas le prétendu "écorché vif" est vu surtout comme un prétentieux...

Un « écorché vif » est aussi de ces personnes à qui l'hypocrisie sociale et les conventions lâches et veules répugnent, le qualifier ainsi permet de montrer combien il est déséquilibré dans un monde qui favorise les faux semblants. Les formidables progrès de la technique permettent à n'importe quel scribouillard, n'importe quel « rond de cuir » qui s'emmerde dans son « open space » de se prendre pour le Rimbaud 2.0 ou le justicier de la « Ouifi » juste en énonçant quelques lieux communs et platitudes vagument humanitaristes et « lamanièredeux » et en scribouillant dans divers "fora" et autres blogues.

L'être humain ayant ces capacités de ressentir un peu plus développées pour diverses raisons, souffrances vécues un peu vives, désamour de son géniteur ou sa génitrice, blessures profondes dont on lui dénie le droit comme une torture à petit feu , cet être humain qui parfois écrit, peint ou dessine est désigné comme un malade, un esprit tordu qui travaille contre l'harmonie tellement douce de l'humanité moderne promise depuis déjà quelques décennies, un empêcheur de grégariser en rond.

C'est surtout un biais pour ne pas avoir à considérer ce que ce minimum de sensibilité, et d'empathie, pourrait révéler de vrai et d'authentique. La personne sensible est perçue comme une sorte de Cassandre, une engeance de prophète de malheur, l'on pensera bien souvent dans les sociétés humaines, y compris chez les modernes et progressistes de progrès, qu'il vaut mieux continuer à jouer la farce habituelle des fausses indignations vertueuses et de la charité de carnaval.

A l'impudent (en l’occurrence ton auteur préféré, ami lecteur, amie lectrice) qui insisterait, on opposerait « Et bien quoi tu ne veux tout de même pas que l'on vive dans des grottes éclairés à la bougie, on a besoin de notre confort, et toi aussi, on a besoin de réseaux dits sociaux nous donnant l'illusion de la rencontre et surtout surtout d'être des esprits tellement ouverts à la différence et à l'étranger pour ensuite retrouver la routine éreintante du morne quotidien du XXIème siècle et de la standardisation des esprits et des corps qu'il implique.

C'est un chrétien, intronisé « chevalier de la Foi » sur Tak.fr par Pierre Jolibert, éminent commentateur émérite, qui le dit pourtant, c'est chose bien dégoûtante que tous ces chrétiens et ecclésiastiques extatiques affirmant que le discours du pape François sur la plage de Copacabana a changé leur vie pour toujours, oubliant la douceur du climat du Brésil, et dont on sait très bien que rentrés en France, ou ailleurs, ils retourneront bien vite à leurs petites habitudes égoïstes et leur routine narcissique où le « moi je » devient la règle ultime.

On m'objectera : « Ce sont des jeunes enthousiastes pris dans l'euphorie du moment, il faut leur pardonner ». Mais cela ne répondra pas à la question essentielle qui est que tous ces esprits « enthousiastes » se comportent comme le jeune homme riche de l'Evangile, à de rares exceptions, et oublient et leurs devoirs d'état avec leurs proches, et de faire simplement preuve d'empathie avec le pauvre qui est juste en bas de chez eux, voire chez eux. Évidemment, c'est plus exigeant spirituellement que de balancer quelques bonnes paroles qui permettent à l'ego une enflure rapide et sans douleurs.

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Car l'allégeance à la société libérale libertaire, au matérialisme le plus abject, restera la plus forte, ainsi qu'à l'esclavage le plus vil, celui de la foule et des dikats qu'elle impose. Voilà le genre de phrases qui me fera encore qualifier moi aussi d'« écorché vif » beaucoup trop sensible, mais j'en ai l'habitude. Il est à noter qu'un « écorché vif » mettant en lumière quelques vérités est vite qualifié de cynique ou de caustique, voire de méchant avec qui personne ne saurait s'entendre, l'individu médiocre ordinaire étant généralement très vite malveillant envers celui qui prétend s'éloigner des compromis moraux confortables qu'ils s'imposent pour s'assurer une survie pas trop désagréable.

en illustrations deux écorchés d'Honoré Fragonard pris ici

Ci-dessous une chanson "tube" pour un chouïa de dérision en plus


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