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"Sorry" de Gail Jones, ou la culpabilité d'être Blanc

Par Lise Marie Jaillant

Dans la série "il n'y a pas que les Français qui écrivent des bouses", je suis malheureusement forcée de parler de "Sorry": s'il n'avait pas été sélectionné pour le Orange Prize, je n'aurais jamais lu ce roman (et j'aurais bien fait!)

L'auteure de "Sorry", Gail Jones, est un pur produit de la gauche australienne, rousseauiste et infestée par le "white guilt" (le "sanglot de l'homme blanc", comme dirait Pascal Bruckner).

"Sorry" parle donc des gentils Aborigènes, proches de la nature (ils mangent des lézards) et des méchants Blancs.

Tout commence dans les années 1930 avec le départ de Nicholas Keene, un anthropologue anglais, pour l'Australie. Sa femme Stella y donne naissance à une petite fille, Perdita.

Seulement voilà: Stella ne s'adapte pas à ce nouveau pays, si différent de l'Angleterre. Quant à Perdita, elle est élevée par des servantes aborigènes. Son père étudie les moeurs des "sauvages" la journée, et viole les servantes noires la nuit.

Perdita, elle, passe son temps avec les Aborigènes qui sont les seuls à lui apporter un peu  d'affection. Elle se contente de son sort, jusqu'à ce qu'elle découvre son père assassiné...

Bon, tentons de faire une critique balancée et juste. "Sorry" n'est pas vraiment une bouse made in France: le roman parle de quelque chose, et non des délires narcissiques et autofictionnels. Mais la dichotomie "gentils Noirs/ méchants Blancs" a fini par me taper sur le système.

Tout cela doit bien sûr être lu dans le contexte du "Sorry day" australien, le jour de repentance pour les crimes commis contre les Aborigènes (notamment l'enlèvement d'enfants à leur famille: ceux qu'on a appelés la Stolen generation). En février dernier, le nouveau premier ministre australien, Kevin Rudd, a d'ailleurs fait un discours officiel d'excuses.

Cette culture de la repentance m'exaspère: en quoi les Australiens blancs de ma génération, nés dans les années 80, devraient-ils se sentir coupables et s'excuser? En quoi sont-ils responsables des crimes commis contre la Stolen Generation? En fait, le mot "sorry" ne cache qu'une chose: la culpabilité d'être Blanc. Une sorte de racisme inversé, en somme...


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