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Parent, ce métier impossible 1/2

Publié le 15 octobre 2013 par Vanillette
Parent, ce métier impossible 1/2

Dans cet article, je prends le parti d'utiliser indifféremment le masculin ou le féminin. Sache aussi que toutes les photos de l'article (hors schéma et ouvrages) sont les miennes. Tu n'as donc pas le droit de les utiliser sans autorisation.
Quand j'étais une étudiante désinvolte et utopique, j'avais un dipipi à rendre. Entends par là un Dossier de Pratiques Professionnelles. Tout étudiantE désinvolte et utopique (et même les autres) saura de quoi il s'agit. Pour les autres, laisse-moi rapidement t'expliquer : c'est en réalité une épreuve de certification du Diplôme d'Etat d'Educateur Spécialisé qui consiste à décrire et analyser des pratiques professionnelles observées et mises en oeuvre au regard d'éclairages conceptuels (ouais, tout ça dis-donc). Cette épreuve se caractérise par un dossier d'une quinzaine de pages souvent élaboré tout au long de la formation.
Ainsi, moi aussi, j'ai du réaliser un DPP (même que j'en parle dans mon livre). J'ai travaillé autour de la notion de cadre, si chère aux éducateurs-trices en formation, n'est-ce pas. J'ai utilisé trois situations :
1. La relation fusionnelle que j'ai pu vivre avec Naïa, une enfant accueillie en Institut Médico-Educatif (IME).
2. L'exclusion d'Ilyès, un adolescent (dé)placé en Foyer d'Action Educative (FAE), suite à un certain nombre de transgressions et d'actes de violence.
3. La rencontre avec Oscar, un homme accompagné dans le cadre d'une équipe de rue, sur un temps qu'on pourrait qualifier hors-cadre.
A l'aide d'éclairages conceptuels, j'ai essayé de démontrer les idées suivantes (sache, lecteur, que tout mon article s'appuie intégralement sur ces deux principes) :
Le cadre, avant d'être enfermant, est un espace d'émancipation et de création
L'autorité, en tant que condition de mise en place du cadre et tirant son origine étymologique du verbe "autoriser", est avant tout un espace d'autorisations et de possibles

En 2011, j'ai présenté cette épreuve à l'oral et comme j'y croyais très fort, je l'ai réussi.
Peu de temps après, je tombais enceinte (en vrai, j'étais enceinte en même temps mais je le savais même pas).
En février 2012, j'accouchais.
En Juillet dernier, je lisais dans un ouvrage d'Isabelle Filliozat la phrase suivante : "L'enfant a, certes, à apprendre les codes du vivre ensemble et un certain nombre de règles de protection. Mais une limite est une frontière qui entoure et définit un espace. Pourquoi ne pas présenter à l'enfant cet espace dans lequel on peut s'épanouir, avoir le droit de faire toutes sortes de choses, bénéficier de libertés et permissions plutôt que d'attirer son attention sur les frontières que fatalement, parce qu'on les lui aura désignées, elle sera tentée de transgresser ?"
Parent, ce métier impossible 1/2 ou encore, dans un article passionnant, "C’est vraiment l’expression « limites » qui ne me convient pas : ça met des limites, ça crée des limitations. Et je rencontre tant d’adultes limités dans leur expression, dans leur créativité, dans leurs capacités, dans leur vie parce qu’on leur a mis plus de limites qu’on ne leur a donné de permissions. Une limite enferme."
Et là je me suis dit qu'il y avait des liens à faire. Que finalement, j'avais pas écrit ce dipipi pour rien et, bien que je me trouve assez maladroite en me relisant aujourd'hui, je sais qu'au fond je défendais déjà cette idée selon laquelle un éducateur (ou un parent, ou un proche, ou un membre de la famille) doit surtout dire OUI et mettre en place un espace d'autorisations avant de dire NON et d'interdire.
De fil en aiguille, me voilà aujourd'hui m'intéresser de très près à ce qu'on nomme "Education bienveillante" (mais le terme "bienveillant" laisse entendre qu'il puisse y avoir malveillance alors qu'au fond, la majorité des gens font comme ils peuvent en pensant bien faire n'est-ce pas), "Education positive", "Parentalité Positive"... Moi je préfère à tous ces termes "Education non-violente".
Depuis la naissance de Pépito, nous nous efforçons de pratiquer avec son père une éducation non-violente, donc, que l'on pourrait résumer de la manière suivante : une éducation sans jugement de valeurs, sans punitions ni récompenses, qui respecte les besoins physiologiques de l'enfant et qui lui permet de devenir la personne qu'il est (et non la personne qu'on/que la société voudrait qu'il soit).
Alors c'est assez jolimignon ce genre de phrases, on entend ça un peu partout, c'est vachement tendance et tout mais finalement, ça n'est pas si simple (et je parle en premier lieu pour moi hein). Sous-couvert de bienveillance, on peut très facilement se révéler si comblante qu'on ne permet pas à l'enfant d'exister en tant que personne à part entière. Rappelons que cet article n'a pas pour vocation à dire ce qui est bien en opposition à ce qui est mal ; même que moi aussi, j'en ai récemment fait l'expérience et qu'il y a des moments où je fais pas la maline j'te le dis.
Je dis bien Parent et Educateur, parce que c'est de ces deux positions que j'écris cet article. En pratiquant ce modèle éducatif à la maison, je me suis rendue compte qu'il y avait énormément de ponts à faire avec ce que je vivais au quotidien dans mon travail. Cet article sera certes orienté "Parentalité" mais vous saurez lire entre les lignes et en déduire des réflexions plus larges.
Cet article sera divisé en deux car j'ai envie de te parler de trop de choses à la fois. Celui-ci traitera plutôt d'aspects généraux sur la posture éducative, le prochain donnera des éléments plus concrets sur la "pratique" de l'éducation non-violente.
Laissons-les tranquilles.
Pour moi, et après quelques lectures en la matière, il est évident que l'enfant dispose d'un terreau de compétences qui ne demande qu'à émerger grâce à un environnement adapté. Contrairement à l'idée du modèle transmissif pur (intégration d'un savoir d'un maître savant à un enfant non savant), on sait aujourd'hui que le système cognitif de l'enfant se développe de manière à s'adapter à son environnement et à le modifier, dans un mécanisme d'allers et retours entre ses capacités internes et les ressources externes à sa disposition.
Hormis la proximité physique, la présence, l'écoute, les liens d'amour et de tendresse, les enfants en bas-âge savent en général ce qui est bon pour eux.
Si tu mets un nouveau-né sur le ventre de sa maman, il rampera jusqu'à son sein parce que ce dont il a besoin, c'est sentir sa mère et manger.
Si tu places un nouveau-né sur un matelas au sol, sans entraver ses mouvements, il évoluera de la même manière que les autres enfants en respectant son rythme. Parce que la nature humaine veut que nous marchions sur nos deux jambes.
Si tu sécurises entièrement l'environnement, tu n'auras absolument jamais besoin de dire NON (et d'acheter un parc).
Je développerais ces points plus loin, mais la question de l'interventionnisme est vraiment au coeur, à mon sens, de l'éducation respectueuse. Un enfant qui réussit seul à atteindre un objectif a de fortes chances de se rendre compte de ses capacités créatrices et d'avoir confiance en lui.
De manière générale, l'interventionnisme est un mal qu'on retrouve partout, dans les rapports humains : l'éducateur spécialisé qui remplit un dossier administratif sans la personne concernée, pourquoi le fait-il ? Pour aller plus vite ? Un parent qui place son bébé en position assise alors que celui-ci ne sait pas se placer seul, pourquoi le fait-il ?
Parent, ce métier impossible 1/2 Emmi Pikler a démontré que si un enfant était laissé sur le dos au sol, de manière régulière et sans entraves à ses mouvements, il atteindrait de lui-même toutes les étapes menant à la marche.
Notre société, c'est la société de la performance. De la compétitivité.
Nos enfants doivent faire leurs nuits très tôt, accepter d'être pas trop portés, s'asseoir puis marcher à quatre pattes, puis marcher, puis manger, puis manger sans se salir, dire des mots, être sage, ne pas trop pleurer, obéir, ne pas crier. Etc.
Si nous prenons l'exemple de la marche, il se trouve que tous les enfants finiront par marcher (sauf problème de santé grave, évidemment). Nous le savons et pourtant, à partir de 11 mois, le monde est sous tension : "Alors elle marche ?".
De la même manière, la majorité des inconnuEs gens se sent toujours obligée de porter un jugement sur ton enfant. Dernièrement, j'ai pris le train (non pas cette fois) et le voyage s'est relativement bien passé. Tous les besoins de Pépito étant remplis, elle s'est comportée de manière assez ordinaire. Oh elle est sage, votre fille... Elle est en avance, qu'on m'a dit à côté. Bien évidemment, ce genre de remarques, c'est pour faire plaisir, c'est jolimignon toussa. Moi je pense que ma fille, elle est pas en avance, elle est pas en retard. Elle est juste ELLE. Elle est juste une enfant ; il se trouve que lors de ce voyage, l'ensemble de ses besoins ont pu être remplis et ça a largement contribué au bon déroulement dudit voyage.
Dire d'un enfant qu'il est BON quand il va juste bien, c'est aussi pouvoir dire qu'il est MAUVAIS le jour où le contexte rend sa situation désagréable et qu'il n'a d'autres moyens de s'exprimer que par les pleurs ou les cris...
Et de la même manière, pousser un enfant à atteindre des apprentissages qu'il n'atteint pas de lui-même, ça vient poser la question de ce que nous attendons, déjà, de nos enfants et de ce à quoi nous les exposons.
Bref, je digresse là.
Le non-interventionnisme, c'est aussi le silence. Pouvoir être là sans entraver les découvertes de l'enfant. Pouvoir être là sans être trop là. Juste à côté parce que l'enfant a besoin de sentir qu'il n'est pas seul, mais suffisamment silencieux pour lui permettre de se concentrer sur ses explorations personnelles.
Le non-interventionnisme, c'est montrer à l'enfant que nous avons confiance en lui. Ne pas faire à tout prix, c'est lui donner la possibilité d'apprendre de ses expériences. C'est lui donner le droit de réussir mais aussi de se tromper, d'essayer, de recommencer mille fois, d'acquérir des compétences par lui-même, d'en être fier, de ressentir des émotions diverses sans jugements de valeur...
Le non-interventionnisme, tu l'as compris, c'est donc le principe qui m'anime de manière générale, tant dans mon travail que dans mon quotidien de maman... (d'ailleurs j'avais introduit cette idée dans un récent article), à tel point que j'ai souvent eu droit aux regards étonnés de certains parents : je pense à ce jour où Pépito commençait à peine à marcher, elle tentait de pousser un *machin* à roulettes et tombait à chaque fois qu'elle prenait un peu de vitesse. Elle pleurnichait un peu à chaque fois, mais se relevait et recommençait. Encore et encore. Moi je n'intervenais pas ; je la regardais, prête à l'accueillir si elle venait vers moi, mais ce ne fut pas le cas et elle continua malgré les chutes. Je pense que ce jour-là, les gens qui étaient là ont pensé de moi que j'étais une maman un peu négligente. Moi je me disais, dans mon dedans intérieur de maman gaga, que j'étais très touchée par la volonté de ma fille à essayer, encore et encore, sans se sentir vexée ou jugée lorsqu'elle tombait. J'étais touchée par sa concentration.
Et je savais que ce qui comptait pour elle, au fond, c'était de pouvoir se relever. Le reste...
L'autorisation, ça crée du cadre.
Parent, ce métier impossible 1/2
L'environnement pourrait désigner tout ce qui entoure l'enfant, de manière physique mais également en terme affectif et psychique. Le fait d'adapter l'environnement à l'enfant va de pair avec le non-interventionnisme à mon avis. C'est même, je dirais, le support (ou l'espace) incontournable du non-interventionnisme. C'est d'abord considérer que l'enfant a des besoins - toucher, explorer, se déplacer, observer - et un système cognitif qui ne lui permet pas de comprendre tout de suite que certains objets sont fragiles ou dangereux ou que certains actes ne peuvent être acceptés.
Ainsi, dans l'idée de signifier l'autorisation avant l'interdiction,
Créer un environnement physique et affectif adapté, c'est avant tout autoriser l'enfant à être, tel qu'il est, dans un espace délimité. La limite existe par l'existence même de ce qui est autorisé. La limite n'a pas besoin d'être évoquée, elle existe de fait.
Jean Piaget a dit quelque part (me demande pas où, je sais pas) : "Tout ce qu'on apprend à l'enfant, on lui empêche de le découvrir". Je crois que ça résume bien ce que je pense du rôle du parent/éducateur. Nous n'avons rien à apprendre à un enfant ; il dispose de toutes les compétences pour apprendre seul. N'apprenons pas à un enfant à marcher, il apprendra seul. N'apprenons pas à un enfant à parler, il apprendra seul.
Par contre, offrons-lui un espace sécurisé pour qu'il puisse découvrir toutes ses compétences sans être en danger (évidemment, entends également par là "supprimons tout objet alimentant l'industrie de la puériculture, genre trotteur et parc, qui ne font qu'entraver les mouvements spontanés"). Par contre, laissons-le évoluer dans un bain de langage ordinaire, sans lui parler autrement que nous parlerions à d'autres personnes. Par contre, aimons-le, rions, chantons, dansons, vivons. Soyons là.
Il est évident qu'une enfant à qui l'on apprendrait rien mais qui serait seule dans une pièce, sans adulte pour répondre à ses besoins immédiats, aurait certainement beaucoup de mal à acquérir les compétences précédemment citées ; je parle donc bien là de l'importance du lien affectif comme outil d'humanisation, d'imitation et d'absorption des apprentissages.
En plus d'évoluer plutôt ordinairement, un enfant à qui est laissé le temps de découvrir toutes ses compétences repère rapidement qu'il est capable de choses assez merveilleuses, seul, sans l'aide systématique d'un adulte. Il a notamment été démontré que les enfants laissés libres d'évoluer, sans entraves physiques ou aide d'un tiers, sont ceux qui se font le moins mal quand ils tombent ; ça paraît assez logique finalement...
Hormis cela, on peut repérer chez les enfants la volonté de "faire tout seul" à l'âge où ils commencent à s'affirmer, à faire des choix, à dire "Non", etc... Le monde des adultes n'est pas vraiment adapté à cela et on assiste souvent à ce qu'on appelle des "crises" sans comprendre pourquoi, ni ce qui a pu déclencher ladite roulade au sol assortie de destruction massive de tout objet environnant immédiatement l'enfant.
Proposer a priori un espace adapté, tant par sa fonctionnalité que par son côté attrayant, c'est offrir à l'enfant un éventail de possibilités d'expérimentations et d'autonomie (et d'autorisations !). Pour toutes les actions du quotidien, il est assez intéressant de se demander ce qui est faisable par l'enfant lui-même ; très vite, on s'aperçoit que les possibilités sont multiples.
Parent, ce métier impossible 1/2 Tu as ici l'honneur de découvrir quatre espaces de mon chez-moi, que je tente progressivement d'adapter à ma Pépito. Je me rends compte qu'en plus de permettre à ma fille une certaine autonomie, ces espaces lui donnent des points de repère dans la journée :
- Dans l'entrée, elle a accès à ses chaussures, manteaux, écharpe, bonnet ; elle a besoin d'aide seulement pour enfiler ses chaussures et son manteau. 
- Dans sa chambre, elle dispose d'un petit espace destiné à la lecture. Le tableau à sa hauteur a été placé là volontairement et elle s'y arrête souvent quelques secondes. Je le change régulièrement, toujours en restant sur des motifs simples et des couleurs claires (ici, c'est un tableau de Kandinsky). 
- Dans la salle de bain, elle se lave les mains toute seule depuis qu'elle marche. Certes, elle lave aussi le sol et sa mère par la même occasion mais nous ne pouvons pas demander à un enfant de son âge de maîtriser ses gestes ; c'est physiologiquement pas possible. 
- En bas à droite, il s'agit d'un meuble que j'ai trouvé dans la poubelle en bas de chez moi et qui demanderait un petit coup de neuf ; en attendant, un étage est réservé à ses couverts et un autre à des outils de "nettoyage" si on peut dire. Lorsque c'est l'heure du repas, elle se sert elle-même et pose ce dont elle a besoin sur la table.
Personnellement, j'ai un penchant pour les choses simples, unies ou avec peu de motifs. Je pense que l'adulte est capable de supporter un certain nombre de stimulis et qu'on ne se rend parfois pas compte de la sur-stimulation que subissent les enfants en bas-âge. Tout comme les trotteurs et autres transats entravent les mouvements spontanés des enfants, je pense que les jouets colorés, lumineux et bruyants qu'on leur place au-dessus des yeux sitôt sortis de la maternité sont aussi des entraves à la découverte naturelle du monde qui les entoure.
Pour faire un lien rapide avec ma profession, je trouve ça assez parlant sur le rôle qu'une éducatrice spécialisée peut avoir auprès des gens qu'elle accompagne. Toujours dans l'idée du non-interventionnisme (à outrance), on peut penser à une implication citoyenne (ou politique, ou militante) du travailleur social qui consisterait à donner accès à un espace au sein duquel les usagers n'ont pas souvent accès : l'espace politique, les réunions de cadre, les réunions de financeurs etc...
L'enfant, cet être différent qui a besoin de toi.
Parent, ce métier impossible 1/2Je me rends compte, à ce stade de l'article, que je n'ai toujours pas parlé de ce postulat de base qui consiste à dire qu'un enfant n'est pas un adulte en miniature. Mais j'irai même plus loin, je revendiquerai même qu'un enfant qui dit "non" à tout, qui crie, se roule par terre quand il est frustré (et quand il est dans un supermarché), qui ne contrôle pas trop ses gestes etc... c'est pas parce qu'il est mal élevé.
C'est parce qu'il est normal.
C'est parce qu'il est un enfant.
C'est parce qu'il ne dispose pas des capacités neurologiques et cognitives pour supporter le trop plein de stimulations (cf. le supermarché), la difficulté de la frustration etc...
Et c'est entre autres pour ça qu'il a besoin de nous. De toi, l'adulte.
A chaque fois que nous montons dans notre appartement, Pépito aime bien avoir les clés dans la main car elle apprécie le bruit qu'elles font entre elles. Ce jour-là, elle les a en main mais j'en ai besoin pour rentrer la poussette. Je lui demande de me les donner. Elle est très frustrée alors elle tape du pied par terre, pleure, et se tape même sur la tête mais me donne les clés. J'interprète ça comme le fait qu'elle a intériorisé la frustration (le fait que j'ai besoin qu'elle me donne les clés et que ça la fait chier, mais grave) mais qu'elle ne dispose pas du contrôle suffisant pour comprendre que dans dix secondes, elle les aura récupérées. Aussi, elle ressent le besoin d'extérioriser sa frustration par le corps (sensibilité sensori-motrice) et c'est plutôt "normal". Je me baisse vers elle : "C'est difficile pour toi de laisser quelque chose que tu as dans les mains. Je te remercie. Je te les rends dès que j'ai fini". Bien que ce genre de comportements n'est pas forcément admissible en société lorsque nous sommes adultes, il est important pour moi de prendre en compte ses capacités d'enfant et de ne pas être jugeante même si son comportement ne me paraît pas adapté. Ses capacités évolueront et la transformeront à mesure qu'elle grandira.
Evidemment, c'est pas moi qui ait inventé ça hein. C'est la neuroscience en particulier qui étudie - entre autres - le fonctionnement neuronal de l'enfant face à certaines stimulations et qui nous dit clairement que le cerveau d'un enfant n'est pas le cerveau d'un adulte.
Physiologiquement parlant donc,
Nous ne pouvons demander à un enfant de produire des comportements d'adulte. Au fil du temps, l'enfant parviendra à acquérir un comportement en adéquation avec les attentes sociales, notamment parce que son système cognitif le lui permet (par ex, dire à un enfant qui met les mains dans sa purée de carottes à 8 mois "On ne joue pas avec la nourriture" est un non-sens pour lui ; il ne joue pas, il découvre. A 6 ans, c'est une autre histoire).
Ce qui est assez difficile avec ce genre de choses, c'est le regard de l'autre. Le regard de la société, qui croit toujours mieux que toi ce qui est bon pour ton gosse. Evidemment, quand ledit gosse se roule par terre dans le supermarché et que le chaland friand de sensations fortes te regarde, tu te rappelles plus trop que ton enfant, c'est pas un adulte.
T'as honte. C'est tout.
Moi au début, j'avais honte. Même que des fois, je grondais Pépito alors que je ne l'aurais pas fait en temps normal (et elle, elle y comprenait rien tu parles). Alors un jour, nous nous tenions la main en regardant le plafond et je me disais que ce qui me gênait finalement, c'était la sensation de ne pas faire BIEN. Voilà, le mot était posé. Ou plutôt, les mots : Faire BIEN ou faire MAL.
On ne se détache pas facilement d'un fonctionnement moraliste, n'est-ce pas.
Non, si un enfant pleure, crie, tape des pieds, ça n'est pas parce que tu fais MAL. C'est pas parce que t'as tout raté. Ca n'existe pas, ça.
Non, tu as juste un enfant.
L'enfant, cet être aux besoins singuliers.
L'enfant, il est différent de l'adulte. Et le monde est surtout prévu pour les adultes, n'est-ce pas.
Je pense donc qu'il est d'autant plus important de toujours répondre aux besoins immédiats de l'enfant.
J'entends par là :
- Le besoin d'être porté,
- Le besoin d'être nourri,
- Le besoin d'être aimé, entouré, caressé,
- Etc...
Pour moi, le non-interventionnisme, l'adaptation de l'environnement et la liberté laissée à l'enfant dans ses découvertes, c'est à la seule et unique condition que ses besoins immédiats puissent être satisfaits.
Par exemple, tu connais toi aussi cet enfant qui tombe, regarde son parent et qui, en fonction de la réaction dudit parent, pleure ou non ? Tu la connais celle-là hein ? Alors effectivement, ne pas intervenir et tenter de rester neutre, c'est une chose. Mais je ne suis pas non plus partisane du silence face à un enfant qui demande. Je ne suis pas une adepte du "c'est pas grave" (mais ça, j'en parlerai dans l'autre partie de cet article).
Je considère, comme dans mon travail d'éducatrice spécialisée, que je n'ai pas à juger la légitimité du besoin de mon enfant. L'enfant sait. Quand elle n'a pas envie qu'on intervienne, elle continue son activité. Quand elle a besoin d'être rassuré, consolé, entouré, c'est assez simple : au choix, elle pleure, elle hurle "Papaaaaaaa" ou "Mamaaaaan", elle court vers son parent, elle demande les bras etc...
Je pense qu'il est important de répondre aux besoins de portage et de proximité physique des enfants. S'ils demandent, c'est que c'est nécessaire.
Comme la faim.
Comme la soif.
C'est tout.
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Alors comme notre monde, c'est le monde de la performance et de la compétitivité, déjà très tôt, au berceau en fait, on entend les affirmations suivantes à tout bout de champ :
- Ne la porte pas trop, elle va s'habituer
- Ne l'allaite pas à la demande, il va jamais décoller
- Laisse-le pleurer, c'est pas lui qui fait la loi
- Etc...
Tu les connais toi aussi ?
Evidemment, chacun fait comme il veut, comme il peut, comme il sait. Ici, je parle d'un point de vue personnel et global et je laisse à chacun la liberté d'être d'accord ou pas, de critiquer ou pas, voire de rejeter en bloc mon discours hein.
Mais personnellement, je me suis toujours posée les questions suivantes :
- Mais à quoi mon enfant va s'habituer ? A ma présence ? A ma proximité ? A ma tendresse ?
- En quoi cela est dangereux ?
- Sommes-nous devenus si craintifs de nos enfants ?
- Qu'est-ce que ça veut dire un caprice ? (je cherche toujours, après 19 mois d'expérience...)
A côté de ça, j'ai lu des livres et notamment un, qui s'appelle "Solitude". C'est un psychanalyste jungien qui l'a écrit (mais je me rappelle plus qui pardon), mais d'autres aussi le disent : Un enfant qui est suffisamment sécurisé pendant la toute petite enfance, et dont les besoins ont toujours été satisfaits, est un enfant qui saura être à l'aise seul. Parce qu'il sait qu'il peut satisfaire ses besoins quand ils se présentent, il ne recherche pas le lien affectif en permanence et se sent à l'aise avec lui-même.
Cépamoiquiledi.
Le temps, ça n'existe pas.
Toi, tu es un adulte. Tu as un emploi du temps plus ou moins précis : tu travailles, t'as rendez-vous avec ton esthéticienne, tu dois prendre le bus, tu manges trois fois par jour. Etc.
Elle, c'est une enfant. Elle s'en fout complet de ton emploi du temps. Et c'est normal. Elle a autre chose à faire : regarder le monde, observer les oiseaux, écouter les bruits, toucher, goûter, faire rouler, jeter, marcher avec ses pieds, pousser un truc qui roule. Etc.
Le temps, c'est important. Avoir le temps de perdre son temps, c'est important.
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Avoir un enfant et l'accompagner en oubliant le temps, c'est accéder à l'infiniment petit. Regarder une fleur pendant cinq minutes et s'arrêter pour ramasser un caillou. Se mettre à sa hauteur et laisser le silence faire son oeuvre. C'est d'ailleurs assez merveilleux de redécouvrir ce que nous ne voyons plus parce que nous sommes trop grands pour nous baisser vers l'infiniment petit. Non, je ne crois pas comme certains disent, que nous revivons notre enfance. Nous vivons une autre enfance.
Je digresse.
Mais non. Je voulais juste te dire que le temps, ça n'existe pas. Ca n'existe pas a priori. Ce qui compte, au fond, c'est d'être là. Juste là. Ici et maintenant. C'est LA condition du respect des besoins de l'enfant. LA condition à la mise en place d'un contexte favorable. Parce qu'au fond, tout cela n'est qu'une histoire de contexte n'est-ce pas.
Et peut-être qu'il faut accepter de ne pas trop faire, ou mettre en place de longues plages horaires pour le plus ordinaire des quotidiens. Pour créer un espace d'autorisations. Pour s'autoriser à perdre du temps.
Tout ça, c'est qu'une histoire de contexte.
J'ai l'impression d'avoir abordé pleins de sujets en vrac sans jamais avoir défini de ligne directrice. Mais peut-être que c'est pas grave et que tu sauras saisir la globalité de mon propos.
S'il y a une chose à retenir à mon avis, c'est que le contexte crée l'enfant. L'environnement fait l'enfant.
S'il y a autre chose à retenir, c'est que toi, parent, tu ne sers pas à grand-chose en fait. Enfin... si. Tu sers à quelque chose d'essentiel. De fondamental. Tu sers à l'amour. Tu sers à la sécurité. Ton regard enveloppant, encourageant, ta présence silencieuse mais bienveillante, ton attention... Tout ça, ton enfant en a besoin, comme de manger et de boire.
La prochaine fois, je te parlerai des émotions, des récompenses, des punitions, de la communication, du pouvoir.
Si tu as envie d'approfondir.
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