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La princesse qui grasseyait

Publié le 14 novembre 2013 par Amaury Watremez @AmauryWat

 whirlpool.jpgAmi lecteur, je n'ai pas l'air comme ça, mais je suis un vrai cœur d'artichaut, une vraie fleur de nave vinaigrette, prêt à m'emballer en deux secondes pour une beauté qui passe et qui s'en va à jamais au coin de la rue, ou à la station de métro suivante. Je te rassure également, je ne suis pas non plus un satyre qui poursuit les femmes en jouant de la flûte de Pan, et en me cachant derrière les réverbères. C'est que j'aime la beauté féminine passionnément. Ce n'est pas seulement pour leur enveloppe que je révère les jolies femmes, mais aussi pour l'intelligence qui rajoute à leur charme et leur donne encore plus de séduction, même si on peut se leurrer bien sûr.

Avec cette jeune femme, c'était encore plus fort, bien que ne la connaissant ni d'Ève ni d'Adam, et hélas même pas bibliquement. Elle était mon supplice de Tantale quotidien. Elle passait chaque jour devant moi, laissant derrière elle un nuage de parfum délicat, dont j'étais persuadé que c'était à coup sûr quelques gouttes d'eau de Guerlain. Elle était toujours bien habillée, avec goût, et elle s'habillait avec féminité, et classe, deux choses très rares de nos jour, mettant en valeur des formes très éloignées des canons actuels de la mode qui valorisent les physiques d'ados anorexiques qui font la gueule.

Elle avait un visage ovale et parfaitement dessiné, une bouche pulpeuse de celle à vanter les mérites du « rouge baiser », des yeux noisette piquants, un nez mutin. Son dos « perdait son nom avec beaucoup de grâce » (Brassens TM°), et son buste défiait fièrement les lois de la pesanteur, j'étais certain qu'elle n'avait aucunement besoin des miracles de la technique textile moderne. Elle avait des hanches d'une rondeur incomparablement douce.Elle avait de longs cheveux bouclés qu'elle tentait parfois de discipliner, mais qui encadraient joliment ses yeux.

Elle s'habillait comme Gene Tierney dans « Whirlpool », d'un tailleur dont la jupe droite un peu longue enserrait divinement ses jambes, d'un petit chapeau élégant et chaussait de hauts talons sur lesquels elle savait marcher avec talent, ce qui est très rare de nos jours, l'art des hauts talons. Son aimable séant se balançait avec délicatesse quand elle s'en allait et je sombrais presque dans le vertige des sens que cela provoquait en moi.

Un jour, n'y tenant plus, je me décidai à l'aborder, rougissant comme un adolescent timide à peine pubère. Mais ce fut elle qui vint vers moi, elle avait besoin de mes services. Horreur et putentrailles, elle grasseyait horriblement, elle avait la voix et l'accent d'une poisonnière du marché aux poissons ! Encore plein d'espoir, je lui demandais son prénom attendant sous un prétexte futile et escomptant avidement quelque chose de romantique qui me consolerait :

Manon Lescaut, Ariane comme dans « Belle du Seigneur », Yvonne de Galais comme dans « le Grand Meaulnes »..

Hélas, le désespoir fondit sur moi, elle s'appelait « Charlène » : « Châârlaaine » et son nom de famille exsudait autant le romantisme que « Bidochon »...

Elle crut bon de rajouter qu'elle en avait marre de sortir pour utiliser son « Blaqueberry » que cela, je cite, « lui cassait les couilles », et qu'elle voulait savoir si elle pouvait le faire sans avoir à sortir de l'endroit où nous étions.

Je n'ai plus du tout aimé cette petite conne prétentieuse.

image : Gene Tierney dans "Whirlpool" prise ici


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