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Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989)

Par Just1 @JustinKwedi
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989)
Dans un monde futuriste, la police de Tokyo, comme de nombreux industriels, utilise des robots géants appelés Labors. Alors que la ville est en passe de devenir une nouvelle Babylone grâce à l’utilisation massive de ces Labors, le gouvernement constate de plus en plus de dérèglements des robots géants qui mettent en péril la population. Le nouveau système d’exploitation créé par la très puissante corporation Shinohara, en charge de la construction des Labors, serait à l’origine des incidents. Défaut de fabrication ou sabotage, les officiers Noah Izumi et Azuma Shinohara mènent l’enquête...
Patlabor est la première œuvre maîtresse d'un Mamoru Oshii enfin libre de ses ambitions. Au sortir de ses études, Oshii comme tant d’autre intègre le rigoureux monde de l'animation japonaise et plus précisément télévisée où il gravit progressivement les échelons. Il réalise notamment de nombreux épisodes de la célèbre série Lamu au début des années 80, au point de de s'en voir confier les transpositions cinématographiques. C'est avec la seconde, Lamu : Un rêve sans fin (1984) que Oshii signera sa première œuvre personnelle avec ce récit préfigurant Un jour sans fin (1993) d'Harold Ramis et contenant déjà toutes ses thématiques et questionnements sur l'illusion et le réel. On y découvre le style lent et contemplatif d'Oshii aux antipodes de la comédie sentimentale hystérique du manga original de Rumiko Takahashi (qui montrera une grande réticence face à cette adaptation) décontenançant les fans qui bouderont le film. Les curieux et les cinéphiles décèleront par contre la présence d'un vrai artiste saluant ce premier éclat.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989)  Après cette réussite et quelques projets avorté (le film Anchor qu'il devait signer pour Ghibli mais qui ne se fera pas faute d'entente avec Hayao Miyazaki et Isao Takahata) il passera en indépendant le temps de quelques tentative expérimentales comme L'œuf de l'ange (1985). Oshii prend son envol en intégrant le collectif Hedgear où il retrouve plusieurs amis partageant sa sensibilité comme le scénariste Kazunori Ito ou le compositeur Kenji Kawai et où à la manière du Studio Gainax au même moment le groupe se propose d'offrir des productions différente.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Patlabor sera donc le premier grand projet du collectif, décliné en OAV, série tv, manga (soit le processus inverse où le support papier vient en premier dans ce type de projet) et enfin films signés Mamoru Oshii. Chaque déclinaison se déroule dans un même univers et avec les mêmes héros mais avec à chaque fois une tonalité propre. Patlabor se déroule dans un Japon au futur proche où les hommes utilisent à grandes échelles de gigantesques robots appelés les Labor. Loin de l'utilisation héroïque à la Goldorak, on est ici dans une veine réaliste où ces machines n'ont qu'un rôle fonctionnel, les intrigues intimiste privilégiant les personnages au sein notamment l'Unité de police usant des Labor.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Patlabor : le film déploie donc une intrigue complexe où l'usage et la dépendance à ces machines est remise en cause. Le nouveau système d'exploitation des Labor, le HOS semble provoquer un dérèglement chez les Labor qui deviennent incontrôlable et menace la population par leur capacité de destruction. Oshii entremêle trame policière captivante, questionnement politiques et philosophiques avec un brio rare.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Le dérèglement semble ainsi dû à un virus inséré par le créateur du programme aux motivations nébuleuses et disparu avec le secret de son invention. Contrairement au deuxième volet où il s'en détachera grandement, Oshii équilibre idéalement ici le ton léger de la série avec les attachants personnages de l'unité Labor (Noa entichée de son robot Alphonse et sa relation tapageuse avec son partenaire Asuma, le charismatique Capitaine Goto) et la profondeur thématique qui lui est propre.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Les collusions politico-industrielle sont ainsi dénoncées ici avec une entreprise rechignant à rendre publiques les défaillances de son outil synonymes de gros contrats malgré le danger encouru et ce couvert par le gouvernement. Cette soumission inconsciente à la technologie reflète en fait l'état d'esprit d'un Oshii s'interrogeant sur la quête de modernité du Japon. Les phénomènes provoquant la défaillance des Labors proviennent en effet des derniers quartiers populaire ayant résisté à l'invasion de tours de verre et de bâtiments High Tech constituant désormais Tokyo.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) L'enquête nous promène dans ces lieux amenés à disparaître dans de fascinantes séquences bercées du score entêtant et hypnotique de Kenji Kawai. La symbolique est marquée puisque cette modernisation s'inscrit dans le projet Babylone tandis que le plan de sabotage des Labor est quant à lui nommé Babel. Tout comme dans l'Ancien Testament, les hommes ayant voulu égaler Dieu se voient donc punis pour leur impudence avec la confusion semées dans leur machines.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Toujours dans cette analogie religieuse, c'est par L'Arche, architecture symbole de cette toute puissance technologique que viendra le chaos final. Après tout le captivant ton feutré qui a jusque-là dominé, Oshii offre un final haletant et spectaculaire en forme de course contre la montre spectaculaire. La menace lourdement asséné tout au long du film devient concrète par un cheminement parfait, faisant de Patlabor un thriller technologique brillant et bien au-dessus de la majorité des tentatives "live" en la matière. La mise en scène d'Oshii cherche d'ailleurs constamment à se rapprocher au plus près de prise de vue réelle.
Patlabor, The Movie - Kidō keisatsu patorebā -The movie (1989) Les motifs de japanimation généralement utilisé pour économiser des photogrammes ont ici une vraie justification artistique. Les longues scènes où les visages ne sont pas visibles lors des scènes de discussion (permettant de ne pas à avoir à animer leur visage) s'inscrivent ici dans cette volonté d'atmosphère lente et pesante voulue par Oshii. Le sens du détail et les compositions de plan fouillées de ce monde futuriste surchargé participe également à ce sentiment de réalisme étouffant, l'action n'en étant que plus impressionnante lorsqu'elle se déchaîne tel cet extraordinaire face à face entre deux mécha au lever du soleil. Une grande œuvre SF qui allait mettre sur orbite le talent de Mamoru Oshii.
Sorti en dvd zone 2 et en bluray chez Kaze à l'unité ou dans un coffret réunissant l'excellent 2e volet et le moins réussi 3e épisode

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