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Histoire de l’autonomisme alsacien-lorrain (1918 – 1939)

Publié le 31 mars 2014 par Groupe Ble Lorraine @BLElorraine

L’autonomisme alsacien-lorrain vit le jour en 1875 et fût favorisé par … la France. Si bien que le 30 mai 1911, l’autonomie fût reconnue à l’Alsace-Lorraine par le Reich. Celle-ci s’ajouta aux lois sociales de Bismarck, également en vigueur dans la région. Le retour à la France en 1918 remis en cause ces avancées …

11 novembre 1918 : Charles IV de Habsbourg-Lorraine abandonne la couronne autrichienne. Un Conseil national (Nationalrat) d’Alsace-Lorraine est constitué sous l’impulsion de notables, soutenus par la grande majorité de la population.

12 novembre 1918 : Elu président du Landtag d’Alsace-Lorraine en 1911, Eugène Ricklin prend l’initiative de convoquer le Nationalrat, dont il est devient également le président. Il propose de soumettre à l’acceptation des autorités françaises un texte dans lequel seraient garantis les droits des Alsaciens-Lorrains, qu’il sait menacés par le jacobinisme français. Mais Ricklin est mis en minorité. Une majorité de parlementaires du Zentrum et des socialistes ne veut pas irriter la France et préfèrent s’en remettre aux « promesses » des généraux. Le Nationalrat finira par se saborder.

13 novembre 1918 : Charles IV de Habsbourg-Lorraine abandonne la couronne hongroise. Le drapeau rouge flotte sur la Place d’Armes à Metz et sur la cathédrale de Strasbourg, où le soviet de la ville vient de proclamer la « République d’Alsace-Lorraine », afin de montrer qu’en Allemagne, la liberté a été établie et que l’Alsace ne sera pas le glacis du capitalisme français.

19 novembre 1918 : Maurice Barrès et Philippe Pétain entrent dans Metz aux côtés des troupes de la Xème armée, commandée en l’absence du général Charles Marie Emmanuel Mangin, victime d’un accident de cheval, par le général Leconte. Mirman y déloge avec rudesse le dernier président de Lorraine, Von Gemminger. Le soir, Barrès peut écrire à son fils : « Tu peux m’enterrer maintenant ». Les troupes serbes et françaises occupent le Banat  austro-hongrois, peuplé notamment de Lorrains établis depuis le XVIIIème siècle.

20 novembre 1918 : Le drapeau français remplace le drapeau rouge au sommet de la cathédrale de Strasbourg qui y trônait depuis le 10 novembre.

26 novembre 1918 : Entrée officielle du Maréchal Foch à Metz. L’Alsace-Lorraine est directement administrée depuis Paris.

280 000 Alsaciens-Lorrains ont combattu pour le Reich de 1914 à 1918. Moins de 1 000 ont déserté, mais 15 000 Mosellans ont été tués : leurs noms figurent sur les 730 monuments du département.

5 décembre 1918 : Le Nationalrat d’Alsace-Lorraine proclame officiellement le rattachement du Reichsland à la France. C’est la fin d’un rêve …

9 décembre 1918 : A Strasbourg, depuis le balcon de l’Hôtel de ville, Poincaré déclare à propos de l’Alsace-Lorraine : « Le plébiscite est fait ».

14 décembre 1918 : La population alsacienne-lorraine est triée en 4 catégories :

A – Habitants dont les parents et les grands-parents sont nés en France ou en Alsace-Lorraine avant 1870 et sont considérés comme Français.

B – Habitants dont un parent ou un grand-parent n’est ni Français ni Alsacien-Lorrain d’origine.

C – Habitant dont les parents ou les grands-parents sont originaires d’un pays neutre ou allié de la France.

D – Habitants dont les parents ou les grands-parents sont originaires de l’Empire allemand ou de l’Empire austro-hongrois.

Inutile de préciser que ce système va conduire à une véritable « épuration ethnique ». Quelqu’un a alors l’idée de placer une carte B dans la main de la statue du général Jean-Baptiste Kléber, le grand héros alsacien. Seuls les titulaires de la carte A pourront échanger l’argent allemand contre de l’argent français à l’ancien taux de change : 1,25 Franc pour 1 Mark. Ceux de la carte D ne l’échangeront qu’à 0,80 Franc !

Décembre 1918 : Devant l’avancée des troupes françaises, la famille de Robert Ernst quitte le Reichsland d’Alsace-Lorraine. Robert prend la nationalité badoise et étudie le droit à l’université de Heidelberg puis l’économie politique à Tübingen. Il en sortira avec le grade de docteur en droit public (Staatsrechtler). Désireux de rassembler les Alsaciens-Lorrains exilés en Allemagne, il participe au développement de l’Association d’Aide aux Exilés alsaciens-lorrains (Hilfsbund der vertrieben Elsass-Lothringer) puis à la Fédération des Associations d’Etudiants alsaciens-lorrains (Verband der Elsass-Lothringischen Studentenbünde).

Parallèlement, 1 500 instituteurs de France arrivent en Alsace-Lorraine. A la fin des années 1920, les apprentis candidats à des examens professionnels sont interrogés en dialecte. En effet, désormais incapables de s’exprimer en Allemand, ils n’arrivent toujours pas à parler le Français.

L’opinion française de gauche s’insurge contre les différences qui perdurent entre ces provinces et le reste du pays : pour eux, la loi républicaine doit être la même sur l’ensemble du territoire national. Le statut spécial des écoles, comme le Concordat, qui garantit la rémunération des prêtres par l’Etat, lui semblent être des aberrations. Mais les ouvriers et les employés d’Alsace-Lorraine, eux, sont habitués aux lois du travail instituées par Otto Von Bismarck. Celles-ci sont infiniment plus protectrices et plus sécurisantes que les lois françaises. Il faut attendre 1936 en France pour bénéficier d’une protection équivalente !

Après la guerre, 111 915 Alt-Deutsche et Alsaciens sont expulsés d’Alsace-Lorraine, dont 12 500 rien qu’à Strasbourg. Parmi ces expulsés, on dénombre 20 000 Alsaciens et Mosellans de souche, qui ont été jugés pro-allemands ou autonomistes, voire indépendantistes, par plus de 300 commissions de triage. Des milliers d’Allemands sont par ailleurs expulsés de Metz en plein hiver, dont l’évêque de Metz, Willibrord Benzler. Ce dernier, qui n’avait jamais fait acte de francophobie et qui était très respecté de ses ouailles, est chassé de son diocèse alors que son prédécesseur de 1871, Paul Dupont des Loges, pourtant ouvertement francophile, avait, à l’époque, conservé son siège épiscopal sous le Reich. Eugène Ricklin, ancien président du Nationalrat et du Landtag d’Alsace-Lorraine, est également expulsé. Jusqu’au Traité de Versailles, 200 000 Allemands ou Alsaciens-Lorrains sont au total envoyés Outre-Rhin ! Un peu moins de la moitié d’entre-eux pourra revenir par la suite grâce à la pression exercée par les Etats-Unis d’Amérique. Cette réintégration sera dénoncée par les francophiles Hansi et Emile Hinzelin qui qualifieront de « Français de Wilson » ces expulsés rentrés au pays et leur attribueront par la suite la responsabilité des troubles autonomistes, pour lesquels les historiens s’accordent aujourd’hui à rejeter la faute sur le gouvernement français. Ne rentrèrent en réalité que ceux qui étaient décidés à « jouer le jeu ». Ils firent preuve d’ailleurs, dans leur grande majorité, de la plus grande discrétion.

Mars 1919 : Eugène Ricklin est expédié en résidence forcée dans la zone occupée près de Kehl. Il est même jeté dans un cachot pendant quelques temps. Malgré la protestation des maires et des curés de Dannemarie, y compris ceux des communes francophones, dont il a toujours pris la défense du temps du Reich, il ne sera autorisé à rentrer en Alsace qu’en novembre 1919, après les législatives, dont les Français voulaient l’écarter.

16 avril 1919 : La France crée à Baden un commissariat général pour l’Alsace-Lorraine. En réponse à cet acte unilatéral, le « trio badois », composé du comte Rapp, de René Ley et de Kaspar Muth, qui ont appelé le 23 janvier 1919 les Alsaciens-Lorrains à se soulever contre la France, installe également à Baden un Comité exécutif de la République d’Alsace-Lorraine. Ils créent aussi le Parti nationaliste et autonomiste alsacien-lorrain.

11 mai 1919 : Alexandre Millerand prend un arrêté créant les Commissions Spéciales d’Examen, autrement dit les organismes chargés du triage de la population d’Alsace-Lorraine.

7 août 1919 : Le général Maud’huy annule l’interdiction officielle qui défend aux Alsaciens-Lorrains de s’exprimer en dialecte ou en allemand en public ou dans les rues après 22 heures !

17 octobre 1919 : Dissolution de l’Alsace-Lorraine et création des trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Une loi admet cependant avec réalisme la nécessité d’un régime particulier et le maintien en Alsace-Lorraine des lois en vigueur jusqu’à l’introduction progressive du droit français. Cela dit, sous le nom de loi locale, on laisse subsister les textes qui réglementent les professions de notaire, de syndic et les lois religieuses (Concordat) et sociales.

30 octobre 1919 : Le Parti fédéraliste alsacien-lorrain et la Ligue alsacienne-lorraine sont interdits.

De 1919 à 1934 : Robert Parisot écrit son Histoire de Lorraine, œuvre magistrale et synthèse de tous les efforts du mouvement lotharingien.

20 janvier 1920 : Le commissaire général de l’Alsace-Lorraine Alexandre Millerand est porté à la présidence du Conseil (jusqu’au 23 septembre). Il avait auparavant déclaré : « L’Alsace et la Lorraine sont passionnément françaises, mais elles sont en même temps profondément alsaciennes et lorraines. Comment pouvons-nous leur en vouloir d’un particularisme qui leur a permis de se conserver à nous ? Millerand est remplacé dans l’ancien Reichsland par Gabriel Alapetite, ancien ambassadeur de France à Madrid.

Avril 1920 : 40 000 fonctionnaire alsaciens-lorrains mènent une grève générale pour la sauvegarde de leurs droits acquis et la reconnaissance d’un statut régional spécial.

15 mai 1920 : Le « trio badois » est condamné par un tribunal français à la déportation à vie par contumace.

A partir de 1921, l’autonomiste alsacien Robert Ernst publie la revue mensuelle Elsass-Lothringen Heimatstimmen (Voix de la patrie d’Alsace-Lorraine).

1923 : Robert Ernst fonde l’Alt-Elsass-Lothringische Vereinigung (Union des Alsaciens-Lorrains de souche), qui ne cessera jamais d’apporter son soutien aux autonomistes.

17 juin 1924 : Dans un discours devant l’Assemblée nationale, Herriot affirme vouloir :

- fermer la fâcheuse parenthèse décidée le 2 août 1914
(mesures qui devaient frapper, en application des lois de 1901 et 1904, les derniers établissements scolaires dépendant des congrégations) ;

- ne pas maintenir une ambassade française au Vatican ;

- et introduire en Alsace-Lorraine « toute la législation républicaine ».

Le père Doncoeur, expulsé en 1901 et qui est revenu s’engager en 1914 avant d’être trois fois blessé et neuf fois cité, lui répond par une lettre ouverte : « Jamais pendant 52 mois vous n’êtes venus me trouver […] ni au fort de Vaux, ni au Reichackerkopf […]. Je ne vous ai vu nulle part me parler de vos lois sur les congrégations et vous osez me les sortir aujourd’hui. Mais nous ne partirons plus. Donc nous resterons tous. Nous le jurons sur la tombe de nos morts ». Face à la révolte des Alsaciens et des Lorrains, qui manifestent à Strasbourg, Obernai, Colmar et Metz, et face à la puissante Fédération nationale catholique, forte de 1 200 000 membres et dirigée par le général de Castelnau, Herriot fait marche arrière.

19 juin 1924 : Robert Schuman, de l’Union Républicaine Lorraine (URL), lit une déclaration de protestation devant l’Assemblée nationale française contre la politique française en Alsace-Lorraine.

1er juillet 1924 : M. Alapetite, successeur de Millerand en 1920 au commissariat général de la République à Strasbourg, présente sa démission. Il est en effet en désaccord avec le « Cartel des gauches ».

13 novembre 1924 : 21 députés alsaciens-lorrains quittent l’Assemblée nationale pour protester contre la politique de francisation systématique de leur pays. L’Alsace-Lorraine est de nouveau administrée directement de Paris par une direction générale.

10 avril 1925 : Démission du gouvernement du « Cartel des Gauches ».

1925 : Le Parti Communiste Français (PCF) reçoit l’ordre de la IIIème Internationale de reconnaître aux Alsaciens-Lorrains le droit de disposer d’eux-mêmes, y compris la séparation d’avec la France. Cette position sera encore adoptée en 1929.

1er février 1926 : En Alsace-Lorraine, l’aile autonomiste de l’Union Populaire Républicaine conclut un front unitaire avec les communistes de Karl Hueber.

18 mars 1926 : La Sarre est occupée par l’armée française.

24 mai 1926 : Fondation de l’ « Elsass-Lothringer Heimatbund », qui réclame l’autonomie complète de l’Alsace-Lorraine dans le cadre de la France.

7 juin 1926 : Manifeste du Heimatbund, signé notamment par Eugène Ricklin. C’est sous sa direction que le Comité du Heimatbund va entrer en relation avec les autonomistes bretons et corses et développer la stratégie de l’Einheitsfront.

8 juin 1926 : Le PCF soutient le Heimatbund.

23 juillet 1926 : Raymond Poincaré redevient président du Conseil, il le sera jusqu’au 27 juillet 1929, pour faire face à la crise financière. Il parvient à stabiliser le franc dès 1926 grâce au « Franc Poincaré ». L’élu nancéien Louis Marin participe au cabinet Poincaré.

8 août 1926 : Coopération entre le Heimatbund (Alsace-Lorraine), A Muvra (Corse) et Breiz Atao (Bretagne).

22 août 1926 : Affrontements sanglants entre patriotes français et autonomistes alsaciens aidés de communistes à Colmar.

31 octobre 1926 : Fondation du Parti progressiste alsacien.

29 novembre 1926 : En Alsace-Lorraine, l’Union Populaire Républicaine vote un programme autonomiste.

1926 : Professeur à l’école primaire supérieure de Colmar, l’autonomiste Joseph Rossé est révoqué pour avoir rédigé le manifeste du Heimatbund. Il s’oriente alors vers le journalisme et entre à l’Elsässer Kurier, dont il devient le rédacteur en chef. Membre du Comité directeur de l’Union Populaire Républicaine, il se fait le défenseur d’une idée empruntée aux sociaux-démocrates allemands de 1917, à savoir la création d’une grande Lotharingie alémanique, glacis rhénan et catholique entre la France et l’Allemagne, comprenant la Belgique, le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine et la Suisse.

Du 8 au 12 avril 1927 : Premier procès de Colmar contre les autonomistes alsaciens-lorrains.

25 septembre 1927 : Fondation du Parti autonomiste alsacien-lorrain (Unabhängige Landespartei) par Karl Roos.

1927 : Le « Comité des minorités nationales de France », créé cette même année à l’initiative de l’autonomiste alsacien Paul Schall, encourage les autonomistes Catalans, Bretons, Flamands, Corses et bien sûr Alsaciens-Lorrains à devenir séparatistes, afin de démembrer la France. Membre fondateur de l’Unabhängige Landespartei (ULP), Paul Schall est immédiatement invité au premier congrès de Breiz Atao aux côtés d’Hermann Bickler.

12 novembre 1927 : Les journaux Die Zukunft, fondé par Paul Schall et René Hauss le 9 mai 1925, Die Volksstimme et Die Wahrheit sont interdits par les autorités françaises.

19 novembre 1927 : Le Parti autonomiste alsacien-lorrain devient le Parti National Indépendant.

1er décembre 1927 : Joseph Rossé, de l’Union Populaire Républicaine (UPR) d’Alsace-Lorraine, est arrêté par les autorités françaises.

24 décembre 1927 : Le gouvernement français fait effectuer une centaine de perquisitions, suivies de plusieurs arrestations, dans le milieu autonomiste alsacien.

30 décembre 1927 : Paul Schall, du Parti National Indépendant, est arrêté par les autorités françaises.

30 janvier 1928 : Le journal Der Schliffstaan est interdit.

1er février 1928 : Le périodique Der Müehlstaan est interdit.

24 février 1928 : Marcel Stürmel, du Parti communiste alsacien-lorrain, est arrêté par les autorités françaises.

16 mars 1928 : A Mulhouse, les autorités françaises arrêtent et enferment Eugène Ricklin de l’Union Populaire Républicaine d’Alsace-Lorraine. Du fin fond de leur cachot, Joseph Rossé et Eugène Ricklin ne se laissent pas intimidés et se portent candidats aux élections législatives. Ils sont élus députés bien qu’étant en prison !!!

17 mars 1928 : Le journal Das Neue Elsass est interdit.

29 avril 1928 : 9 autonomistes alsaciens-lorrains sont élus à l’Assemblée nationale, dont Camille Dahlet, adjoint au maire de Strasbourg et membre du Parti Progressiste (Fortschrittspartei).

Camille Dahlet participe cette même année, en tant qu’observateur, aux côtés de l’autonomiste breton Maurice Duhamel, au Congrès des nationalités organisé à Genève sous l’égide de la Société des Nations. Ce congrès est en réalité contrôlé par des partisans allemands du Nazisme. Camille prendra ensuite de très nettes distances avec l’aile pro-allemande du mouvement autonomiste alsacien et récusera toute collaboration avec l’Allemagne hitlérienne. Son courant politique demeurera libéral et laïc. Camille siégera jusqu’en 1936 au sein des parlementaires du centre-gauche, année où il rejoindra le groupe des Indépendants d’action populaire, d’orientation sociale-chrétienne.

Du 1er au 24 mai 1928 : Second procès de Colmar. En raison de la faiblesse de l’accusation pour le délit de « complot contre la sûreté de l’Etat » et malgré quelques déclarations tonitruantes, le tribunal ne peut, au bout de 12 jours, que prononcer des peines légères, qui seront cassées en appel, et des relaxes contre les 22 inculpés. Les députés Joseph Rossé et Eugène Ricklin sont condamnés à un an de prison et à cinq ans d’interdiction de séjour. L’autonomiste Paul Schall est condamné à cinq ans de prison. Parmi les accusés, on trouve même … Albert Schweitzer, Erwin von Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, qui a vécu de 1250 à 1318, ainsi qu’Albrecht Dürer (1471-1528) ! L’autonomiste alsacien Robert Ernst est condamné par contumace à 15 ans de prison et à 20 ans d’interdiction de séjour sur sa terre natale. Il ne remettra pas les pieds en Alsace avant 1940.

12 juin 1928 : L’autonomiste alsacien René Ley est condamné à 20 ans de prison par contumace. Karl-Philippe Roos, qui a fui à Bâle avant le procès, Robert Ernst et Emil Pinck sont condamnés à 15 ans de prison.

26 juin 1928 : L’autonomiste Camille Dahlet fonde l’hebdomadaire Freie Zeitung.

14 juillet 1928 : Le président de la République française Gaston Doumergue gracie les députés autonomistes alsaciens Joseph Rossé et Paul Schall et les faits libérer.

23 juillet 1928 : Eugène Ricklin est à son tour gracié.

31 juillet 1928 : Fondation du Front unitaire alsacien-lorrain entre l’UPR, le Parti national indépendant, le Parti communiste d’opposition et le Parti progressiste.

21 octobre 1928 : Aux élections cantonales, le Front Unitaire Autonomiste obtient 13 sièges sur 35 en Basse-Alsace et 11 sur 26 en Haute-Alsace.

8 novembre 1928 : L’Assemblée nationale invalide les élections des deux députés autonomistes alsaciens-lorrains Eugène Ricklin et Joseph Rossé par 195 voix contre 29 et 416 abstentions, à la suite du procès pour « complot contre la sûreté de l’Etat ».

9 novembre 1928 : L’autonomiste Karl-Philippe Roos apparaît comme orateur lors d’un meeting du Parti national indépendant avec les communistes au palais des fêtes à Strasbourg.

10 novembre 1928 : Karl-Philippe Roos se rend à la police française. Il est ensuite interné à Besançon puis envoyé en prison.

2 décembre 1928 : Premier congrès du Parti progressiste alsacien-lorrain. Camille Dahlet en est le président.

Janvier 1929 : Débat sur la question alsacienne-lorraine à l’Assemblée nationale. Joseph Brom (UPR), Michel Walter (UPR), Robert Schuman (UPL) et Camille Dahlet plaident pour l’autonomie.

22 mars 1929 : Le Conseil d’Etat invalide les mandats de conseillers généraux des autonomistes Eugène Ricklin et Joseph Rossé.

Avril 1929 : Le président du Conseil Aristide Briand décide de l’évacuation de la Rhénanie par les troupes françaises.

4 mai 1929 : Manifestations à Strasbourg en faveur de Karl-Philippe Roos.

12 mai 1929 : Aux élections municipales, le Front unitaire autonomiste obtient 53 % à Strasbourg. Le Docteur Karl-Philippe Roos est élu maire de la ville. Comme il est en prison, il démissionne et c’est le communiste Karl Hueber qui le remplace. Ce dernier est ainsi parvenu à vaincre en s’alliant … avec les cléricaux, ce que ses chefs parisiens dénoncent en ironisant sur les « Herz-Jésu-Kommunisten » avant de l’exclure du PCF.

2 juin 1929 : Les autonomistes alsaciens Eugène Ricklin et Joseph Rossé sont réélus conseiller généraux ! Le Conseil d’Etat ressuscite un décret organique datant du 2 février 1852 pour pouvoir prononcer une nouvelle invalidation !!!

10 juin 1929 : Second procès de l’autonomiste alsacien Karl-Philippe Roos à Besançon. Il est acquitté le 22 juin.

Juillet 1929 : Fondation du Parti Communiste d’Opposition (KPO) par l’autonomiste et communiste alsacien Karl Hueber.

7 décembre 1929 : Fondation de l’Elsass-Lothringer Zeitung (ELZ) en tant qu’organe commun du Parti national indépendant et du Parti progressiste alsacien-lorrain. Une communauté de travail entre les deux partis est également créée.

Mai 1931 : Lors de l’élection du président de la République française, et en signe de protestation pour qu’Eugène Ricklin soit enfin amnistié et réhabilité, six députés autonomistes alsaciens-lorrains glissent dans l’urne le nom du « Docteur Eugène Ricklin, ancien président du Parlement d’Alsace-Lorraine ». Ricklin ne sera jamais réhabilité.

24 décembre 1931 : Pierre Laval amnistie tous les condamnés du procès de Colmar.

1931 : L’autonomiste Karl-Philippe Roos entre au Conseil Général, dont il devient le vice-président. Le député-autonomiste Joseph Rossé est amnistié suite à sa condamnation pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

11 mars 1932 : Un « camarade d’Alsace-Lorraine » est appelé au Praesidium du VIIème congrès du PCF. Dans un rapport de quatre heures, Maurice Thorez, qui n’est pas encore secrétaire-général, rappelle le devoir des communistes et tient à se démarquer de la gauche jacobine : « Le mouvement autonomiste en Alsace-Lorraine, qui est au fond un mouvement d’émancipation nationale, constitue un large mouvement des paysans, de la petite bourgeoisie et des ouvriers dirigé objectivement, malgré les intentions de ses dirigeants, contre l’impérialisme français [...]. Plus la crise se renforce, plus l’oppression et le pillage du peuple d’Alsace-Lorraine s’aggravent [...]. Défendant la libre disposition, les communistes de France doivent mettre l’accent sur le droit de séparation d’avec la France du peuple d’Alsace-Lorraine. Il faut que les communistes français dénoncent les privilèges de l’impérialisme français. Il faut flétrir le rôle impérialiste chauvin et assimilateur du parti socialiste français ». L’arrivée d’Hitler au pouvoir ne modifiera en rien cette position doctrinale.

8 mai 1932 : Victoire de la gauche au second tour des élections législatives. Les communistes obtiennent 12 députés, les socialistes SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) 129, les républicains socialistes 37, les radicaux et les radicaux-socialistes 157, le centre 91, la droite et l’extrême-droite 183. 11 autonomistes alsaciens-lorrains sont élus à l’Assemblée nationale française.

Février 1933 : L’autonomiste alsacien Karl Roos est emprisonné.

4 septembre 1935 : Eugène Ricklin, ancien président du Landtag d’Alsace-Lorraine, décède à 20h20 à Dannemarie.

1935 : L’autonomiste Karl-Philippe Roos est réélu au conseil municipal de Strasbourg.

26 avril et 5 mai 1936 : Victoire du « Front populaire » aux élections législatives.

En Lorraine, François Valentin arrache à la gauche un siège de député. Le seul autonomiste lorrain vainqueur aux élections législatives est l’ancien secrétaire régional du PCF, Emile Béron. Cet ancien tourneur d’Hayange est élu député de Thionville-Ouest en 1928 puis réélu en 1932. Il rompt avec Maurice Thorez lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

L’autonomiste alsacien Joseph Rossé est de son côté de nouveau réélu.

18 juin 1936 : Fondation du Parti Alsacien-Lorrain (Elsass-Lothringische Partei) par Hermann Bickler.

22 octobre 1936 : Les décrets d’application de la loi des 9 et 11 août 1936 (scolarité jusqu’à 14 ans) prévoient, dans le cas de l’Alsace-Lorraine, une prolongation d’une année supplémentaire pour les garçons, prolongation qui aboutit simplement à garder un an de plus des enfants déjà munis du certificat d’études et qui ne sont pas destinés à aller plus loin ! Les élus alsaciens-lorrains protestent auprès du gouvernement français en lui démontrant les conséquences néfastes d’une pareille mesure. Dans sa lettre du 30 janvier 1937 au sénateur Eugène Muller, Léon Blum reconnaîtra à demi-mot qu’il s’agissait bien d’un chantage. En effet, comme les élèves alsaciens-lorrains avaient des cours d’Allemand ainsi que des cours de religion qui alourdissaient leur programme, il était normal de leur imposer une année supplémentaire pour qu’ils puissent tout assimiler : il y avait risque de surmenage ! Bien entendu, il suffirait de renoncer à ces cours et la scolarité serait ramenée à 14 ans. Blum réconciliait ainsi dans la même hostilité envers sa politique les germanophiles et les cléricaux. Quand Blum démissionne le 21 juin 1937, Chautemps veille à mettre en veilleuse les décrets contestés en attendant le verdict du Conseil d’Etat qui finit par les annuler à la fin de l’année. Cette offensive, qui fait figure de nouveau coup d’épée dans l’eau, atteint une nouvelle fois à la crédibilité de la France en Alsace-Lorraine.

13 février 1937 : Réunion d’une diète alsacienne-lorraine à Metz. Robert Schuman (UPL) et Hans-Peter Murer (KPO) y plaident pour l’autonomie.

21 février 1937 : Manifestations autonomistes à Strasbourg et à Colmar.

15 mai 1937 : Réunion de la diète alsacienne-lorraine à Strasbourg. Robert Schuman (UPL), Camille Dahlet (ELFP), Thomas Seltz (UPR), Paul Schall (ULP) et Michel Walter (UPR) y plaident pour l’autonomie.

1937 : L’autonomiste Karl-Philippe Roos perd son siège de conseiller général au profit du socialiste Marcel-Edmond Naegelen.

21 avril 1939 : Faisant application des dispositions de la loi du 10 janvier 1936 au « Parti des Alsaciens-Lorrains », qui « présente par ailleurs certaines caractéristiques de milices privées », un décret dissout le « Groupement » (Journal Officiel du 25 avril 1939). Le rapport au président de la République associe la Moselle aux deux départements alsaciens comme secteur d’activité des séparatistes.

Juillet 1939 : Le Parti national indépendant de l’autonomiste Paul Schall fusionne avec le Parti ouvrier et paysan d’Hans-Peter Murer pour devenir le Parti Ouvrier et Paysan alsacien-lorrain (Elsass-Lothringen Arbeit Bauer Partei).

31 août 1939 : L’Elsass-Lothringen Zeitung est interdit.

1er septembre 1939 : Evacuation des localités situées sur la Ligne Maginot et au-delà : Sur 700 000 Mosellans, 302 700 ressortissants des arrondissements de Sarreguemines, Forbach, Boulay-Moselle et Thionville sont évacués, soit la population de 300 villages sur 765. C’est le début de l’exode. Les habitants doivent quitter maisons, terres, bétails et biens avec seulement 30 kg de bagages autorisés. 90 000 Alsaciens-Lorrains vont échouer en Charente, 90 000 en Dordogne, 60 000 dans la Vienne, 40 000 en Gironde et 25 000 dans les Landes, soit autant de départements pauvres et mal préparés à les accueillir dans les lesquels ils se feront traiter de « sales boches de l’Est ». La quasi-totalité de la récolte de 1939 est perdue, soit : 200 000 quintaux de froment, 320 000 quintaux d’avoine, 12 000 quintaux de seigle et d’orge et un million de quintaux de pommes de terre. Le bétail, qui n’a pas suivi le déplacement, sera en grande partie anéantit : 141 000 porcs (sur 180 000), 140 000 têtes de bétail (sur 285 000) et 21 000 chevaux (sur 38 000).

Du 2 au 24 septembre 1939 : Les habitants de Strasbourg et de tous les villages situés dans une zone de cinq km le long du Rhin sont évacués par les autorités françaises.

29 septembre 1939 : Le leader autonomiste lorrain Victor Antoni est incarcéré à Nancy.

10 octobre 1939 : Le député autonomiste Joseph Rossé et l’autonomiste alsacien Paul Schall sont arrêtés par les autorités françaises.

Du 23 au 26 octobre : Karl-Philippe Roos est condamné à mort pour « espionnage au profit de l’ennemi ».

31 octobre 1939 : Le Parti Ouvrier et Paysan alsacien-lorrain est interdit. Les députés Joseph Rossé (UPR), Marcel Stürmel (UPR) et Hans-Peter Murer (ELABP), ainsi que Joseph Oster, Jean Keppi, Paul Schall (ELABP), René Hauss (ELABP), René Schlegel (ELABP), Camille Meyer, Hermann Bickler (ELP), Peter Bieber (ELP) et Victor Antoni sont internés à Nancy. Ils deviennent les « Nanziger ».


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