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29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIRE

Publié le 29 avril 2014 par Marathonien67
29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIRE
29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen
SOLITAIRES, SOLIDAIRES
Après coup, il a surement dû se dire qu'il aurait mieux fait de me laisser filer avec les coureurs du semi-marathon partis de la clinique Schillerhöhe, dix minutes avant le départ du 10km. « IL », c'est Bastian Franz, second du 10km de la 29eme édition de la Solitudelauf, une course qui s'est disputée ce dimanche, à Gerlingen, une petite ville de 19 000 habitants qui se trouve à deux pas de Stuttgart. Il aurait mieux fait de me laisser partir... mais par bonheur, les coureurs à pied sont en grande majorité des gens dotés d'une grande sportivité. Un bel esprit de solidarité règne dans le peloton.
29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIRE
Histoire de finir la semaine comme je l'ai commencé, avec un numéro sur le dos, j'ai mis le cap sur l'Allemagne ce dimanche à l'aube. Sur le chemin aucun souci, nous arrivons largement avant le début des festivités avec Carole et Haloa notre mascotte préférée. Aujourd'hui Carole ne cours pas, elle vient à peine de battre son record perso sur 5km (lundi dernier au Luxembourg). C'est donc en mode « supportrice-traductrice » qu'elle m'accompagne pour cette virée outre-Rhin. Sur place nous sommes accueillis par le sympathique organisateur de l'épreuve, Gerhard Prasske, qui nous offre un petit briefing rapide. Niveau adversité, je ne sais pas trop si les kenyans seront de la partie, mais j'en fais pas une maladie, on verra bien après. Pour le moment, je passe prendre mon dossard et la puce qui va avec. Pour nous rendre sur le lieu du départ nous empruntons une des navettes prévues à cet effet et marchons quelques minutes à travers les bois accompagnés par des dizaines d'autres coureurs. Ce matin, la météo est capricieuse. Il pleut des cordes depuis que nous sommes partis de Strasbourg. Sale temps pour un bronzé. Pour un visage pâle aussi. Heureusement, dans nos cœurs, il fait toujours beau, le soleil ne s'arrête jamais de briller. Durant l'échauffement, j'emprunte un long secteur pavé et je passe devant le magnifique château de Solitude. Son blanc étincelant me rappelle celui du « Taj Mahal » indien. Gerlingen se trouve dans une zone riche de sites dignes d'intérêt. Ce palais, perché sur sa colline, est un vrai régal pour les pupilles. Le temps de me changer, et je file pour deux-trois lignes droites, après avoir laissé mes vêtements à Carole, qui va à présent rejoindre les bus qui repartent vers la zone d'arrivée (à 4 km de là).
Au départ, il commence à y avoir de l'agitation. Je vois le peloton déjà bien regroupé. En passant par le bas côté de la route, je remonte les grappes de coureurs, et au bout de quelques efforts, je parviens enfin sur la ligne. Quand je me place aux avant-postes, le speaker annonce un départ imminent. Autour de moi, les visages sont graves et plein de détermination. La tension monte, et le « Eye Of The Tiger » de Survivor ne fait qu'accentuer les traits tendus. En regardant ma montre, j'ai quand même un petit doute à l'esprit. Je vois qu'il n'est que 9h35. Je ne comprends pas bien, le départ du 10km, doit normalement être donné à 9h50. Dis-donc mon garçon, ça colle pas trop avec la ponctualité et la rigueur allemande tout ça. Pour être sûr de ne pas faire une grosse bêtise, j'interroge les camarades prêts à en découdre, et là mes soupçons se confirment : je ne suis pas à la bonne place. En fait, là, ce sont les coureurs du semi-marathon qui vont s'élancer (moi, je pensais qu'ils partaient d'un autre endroit et pas avant 10h30). En regardant un peu autour, j'aperçois que des groupes d'athlètes en tenue de compétition sont en attente sur le bas-côté de la route. Parmi eux: Bastian Franz, un coureur élite allemand. Celui-ci me confirme mon erreur et m'annonce que le 10km ne partira que dans une dizaine de minutes. Finalement, j'ai à peine eu le temps de rompre les rangs que le peloton du semi-marathon s'élance à 9h40 pile. Ouf, sauvé ! C'était moins une ! Venu pour courir dix bornes, j'ai bien faillis m'en taper vingt et une. Bon, ça m'aurait pas dérangé plus que ça, mais comme j'ai encore des tas d'autres trucs de prévu prochainement... 10 mn plus tard, je suis cette fois sur la bonne ligne quand le coup de pistolet retentit. C'est parti pour dix kilomètre sur un parcours sélectif.Très vite, je me retrouve devant avec Bastian Franz (auteur d'un bon 3'47'' sur 1500m et d'un 30' sur 10000m). En le voyant, tout à l'heure, je m'étais tout de suite dit que ce visage là ne m'était pas inconnu, qu'on avait sûrement déjà dû se croiser sur les routes quelque part. C'est donc pas une surprise pour moi de le voir devant. Durant un petit round d'observation (1er km en 3mn30), un concurrent nous accompagne. Mais ça ne dure pas longtemps. Car après avoir jeté un œil à son chrono, Bastian hausse le ton et nous nous retrouvons tous deux en tête.
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Le parcours est superbe mais aussi sélectif, comme c'est presque toujours le cas dans le Bade-Wurtemberg (la Forêt-Noire est toute proche). Sur le chemin, nous nous relayons bien, assurant le travail à tour de rôle. Ce circuit emprunte des sentiers bien souples, il n'y a quasiment pas de macadam en vue. Les bosses se succèdent sans arrêt. Nous passons d'abord par le parc Schloss Solitude, avant de longer le Bärenseen par une zone boisée. Durant le trajet, je constate vite que Bastian pioche un peu lorsque la route s'élève. À la faveur d'un petit raidillon, je lui mets donc la pression et me détache de quelques longueurs peu après le 8eme kilomètre.
Ensuite, une fois seul devant, je tâche de résister à son retour jusqu'à l'arche d'arrivée située aux abords du Gerlingen City Hall Square. Dans la dernière ligne droite, il règne une ambiance de folie. Chaque participant est accueilli par les cris d'une foule en liesse. Les applaudissements du public me transporte littéralement jusqu'au bout. Malgré la pluie, plus de 1700 amateurs de sport franchiront la ligne d'arrivée, une belle réussite pour Gerhard Prasske et toute l'équipe en charge de l'organisation de cette course de plus en plus populaire outre-Rhin.
Dans la zone de ravitaillement, Bastian me félicite chaleureusement.  Je le félicite aussi pour sa combativité, avant de lui lancer avec un zest d'humour: «  Tu aurais mieux fait de me laisser partir avec les coureurs du semi-marathon tout à l'heure ! » Ça le fait sourire et moi aussi. Mais, en réalité, même second, j'aurai été content de ma course. Carole me rejoint toute heureuse de m'avoir vu gagner. Je suis ravi d'avoir pu lui offrir ce spectacle aujourd'hui. Finalement, le semi marathon sera remporté (avec un temps de 1:11:28) par Tobias Sauter, un marathonien, qui en plus de posséder un record perso similaire au mien, à tout comme moi participé au championnat du monde d'athlétisme à Berlin en 2009 avec l'équipe d'Allemagne. 
Après une cérémonie de remise des prix au cours de laquelle le speaker tentera à perte de me faire parler plus de deux mots en allemand,  Carole, la p'tite mascotte et moi rejoignons l'auto et nous taillons la route. Direction le « Marriott » de Sidelfingen, à deux pas de là. Il est déjà 13h30. L'estomac commence doucement à crier famine. Il est grand temps de se restaurer convenablement. Le midi, y'en a qui vont « fluncher », et d'autres qui vont « brunsher » ! Pour tout vous dire, j'ai un petit faible pour le « brunsh ». Le service, de qualité, dure jusque 15h et le buffet laisse rêveur. Même notre Haloa a droit à sa petite gamelle. En plus, les légumes... la viande, et les desserts sont à volonté et un petit air de piano remplace la reprise foireuse du vieux tube de Gilbert Montagné. Bon allez, je vous laisse. Rendez-vous à la prochaine sortie. Nous, là, « on va brunsher ! »   
 29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIRERésultats 29eme Solitudelauf-10Km
1 Baala, Samir Team Mizuno 0:32:29
2 Franz, Bastian BMW Autohaus Müller 0:32:43
3 Hasselmann, Johannes Stahl Lauf Stuttgart 0:35:28
4 Keller, Andreas Trumpf 0:36:00
5 Kunz, Oliver LT Altburg 0:36:51
6 Hahn, Christophe Tri-Team Heuchelberg  0:37:09
7 Brosch, Markus AOK 0:37:11
8 Lütgenau, Peter Hornung Tunr-Sport 0:37:14
9 Siegl, Thorsten TEAM AR SPORT Asperg  0:37:17
10 Gerlei, Máté 0:37:35
(Photo: En compagnie de Bastian Franz dans la zone d'arrivée. Nous venons tout juste d'en finir avec un circuit de 10km bien sélectif. Place à la récup à présent.)

Danke Schön Herr Prasske ! Bis nächsten Jahr ! Ich freuhe mich. 
 
 
 
 


SOLITUDE  ET COUREUR DE FOND

29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIRE
La solitude (du latin solus signifiant « seul ») est l'état, ponctuel ou durable, d'un individu seul qui n'est engagé dans aucun rapport avec autrui.

Merci, Tonton Wiki, pour cette définition au ton très explicite. C'est drôle, mais moi la solitude, ça me fait penser à une chanson de Laura Pausini, et surtout, à un ouvrage d'Alan Sollitoe, qui a pour sujet la rébellion d'un jeune chenapan doué pour la course à pied. Ce livre là, des générations entières de coureurs à pied l'ont lu. Avec son titre évocateur, empreint de mysticisme, « la solitude du coureur de fond », dégage quelque chose de puissant. Entre les pages de ce bouquin mythique, la course à pied devient une métaphore de la vie et de la survie. Perso, je me souviens l'avoir lu pour la première fois, en 1998, à la bibliothèque de Strasbourg. Un lieu fort apaisant où je squattais souvent faute d'avoir pu dénicher un job qui me convienne (vous avouerez qu'il y a pire comme endroit pour tuer le temps en attendant que sonne l'heure de l'entrainement). Depuis, je l'ai lu, relu, et même vécu ce bouquin. Et, je continu de le vivre intensément. À chaque fois, que je chausse ma paire de « Wave Rider », je le vis. À chaque fois que je contemple les tempêtes, comme un homme jeté sur une île déserte qui se plait par une secrète mélancolie, à voir les flots se briser au loin sur les côtes où il fit naufrage. À chaque instant, je vis ce livre. Et je le vivrai encore longtemps. Parce que j'appartiens à la race des coureurs de fond. Et que nous autres les coureurs avons beau être des millions, on est toujours tout seul au fond. Le monde tourne avec nous mais on fait nos armes seul. Des heures durant, on tourne en rond. On s'échine autour d'un anneau diabolique, sur un tourniquet usé jusqu'à la corde à force de voir nos pas se poser, se multiplier, se démultiplier.
Désir de liberté, recherche d'identité à travers le jogging, soif de se surpasser, envie de prouver sa valeur aux yeux des autres. Peut-être parce que les autres ne respectent aucunes règles, peut-être parce qu'ils se croient souvent tout permis, parce qu'ils se croient supérieurs. Peut-être aussi parce que le chronomètre ne ment jamais. La course à pied peut devenir un exutoire, former une personnalité. Il y a une différence entre courir sans but, sans repères et faire la course. Faire la course c'est la vivre, la sentir. C'est aussi caresser du bout des doigts l'objectif que l'on s'est fixé. C'est tout ça à la fois. Plus un paquet d'autres choses qui ne peuvent se vivre que de l'intérieur. Des choses que les autres ne peuvent pas comprendre. Des moments qu'on ne peut pas partager. Des histoires qui s'écrivent avec les tripes. « Serais-je capable d'aller au bout ? » « Serais-je à la hauteur de la tâche qui m'attend ? » Ces questions là ne trouvent pas de réponse ailleurs que dans la solitude. Cette solitude qui flatte notre instinct animal, en nous offrant des abris d'autant plus tranquilles que les agitations de notre vie ont été plus grandes. Dans l'ouvrage d'Alan Sillitoe, le jeune Colin Smith s'est sauvé dans la solitude et a décidé d'y mourir. Cette garce lui a offert des perspectives où les beautés naturelles et morales se présentent avec tous les attraits des sentiments. Dans un monde sans foi ni loi, quoi de plus beau que l'éthique ? Quel bel abri que la passion authentique, pure comme de l'eau de roche, vierge de tout soupçon.
29. Gerlinger Solitudelauf, Gerlingen SOLITAIRE, SOLIDAIREJusqu'à il y a peu, le coureur de fond œuvrait dans l'ombre d'une forêt isolée. Loin des curieux et des regards envahissants, c'est en ermite qu'il vivait sa préparation et sa course. Mais ça c'était avant... avant que l'ère du web 2.0 ne s'invite juste dans les coins les plus reculés de la planète. Depuis, c'est allé vite, très vite. Si vite que maintenant, même le dernier survivant d'une tribu amazonienne isoléeet inconnue sait se servir d'un i-pad. Aujourd'hui, même Robinson Crusoé est connecté aux réseaux sociaux. Comme s'il fallait combler cette solitude et satisfaire un impérieux besoin de partager ses aventures. Derrière un écran d'ordi, le coureur de fond exprime son ressenti, partage photos, récits et émotions avec des tas de gens de partout qui comme lui aiment courir longtemps. Bloggeur invétéré depuis un bon nombre d'années, je n'échappe bien-sûr pas à ces nouvelles habitudes. Même si je vous avoue que 140 caractères ne suffisent pas toujours pour narrer toutes mes aventures. Partager, c'est bien beau. Mais quelque part vous avouerez que ça casse un peu le mythe du cowboy Malboro. Tout récemment, l'oiseau bleu a quitté les branches de son chêne pour venir nicher sur la toile. Mais, du calme, chers amis les écolos. Du calme, car la déforestation n'a rien à voir là-dedans. Dans un monde ultra connecté où nos pensées se limitent souvent à 140 caractères, pas évident de trouver sa place. Mais bon, « faut bien vivre avec son temps » comme dit la sagesse populaire.
"La solitude, pour qui la vit sans mentir, me révèle mon néant, m'enseigne ma vanité, le vide en moi de ma présence" je me retrouve souvent dans cette citation d'André Comte-Sponville. Parait qu'à force de vivre en autarcie, on fini par perdre le Nord. Je n'en suis pas si sûr... Apprendre à vivre en communauté, d'accord, oui, mais pas à n'importe quel prix. La solitude offre des instants beaucoup trop précieux pour être partager avec n'importe qui, n'importe quand et n'importe où. « Coureur, d'ici où d'ailleurs, ne te laisse pas amocher par le monde extérieur. Ainsi fond, fond, fond. Laisses libre cours à ton imagination. Cours ! Ne cesses jamais d'y croire. Trace seul ton chemin vers ta victoire. »     
Samir BAALA
 
 




"Paupières collées au ciment blues, performance blues..." 
http://www.youtube.com/watch?v=x2I-gDExi1U

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