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« Au nom du fils », film de « Rape and Revenge » engagé

Publié le 10 mai 2014 par Amaury Watremez @AmauryWat

 L'avantage, ou l'inconvénient, d'être parfois sujet aux insomnies, de celles qui réveillent en pleine forme à quatre heures du matin, c'est que l'on écoutera la radio finalement plus attentivement que pendant la journée, quitte à s'énerver plus tôt que les autres, autre privilège, comme ce fut le cas ce matin en écoutant le réalisateur belge du film « Au nom du Fils », sorti le 7 mai, Vincent Lannoo, et son actrice principale, Astrid Whettnall, évoquer ce long métrage en le défendant avec un discours mille fois entendu sur les catholiques, le silence de l’Église sur les pédophiles en son sein (les premiers à s'en émouvoir ayant été les papes eux-mêmes dont Jean-Paul II en son temps), la foi « qu'ils n'attaquent pas », « qu'ils admirent », mais enfin « il y a quand même en France un retour de la réaction et de l'intégrisme qui fait peur » depuis les « Manifs Pour Tous », je cite. Rappelons que ces catholiques tellement dangereux, pratiquants, représentent de 1 à 2% de la population française et restent en grande majorité très discrets finalement.

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Cela me confirme dans mon opinion sur le démarquage des « méchants » cathos de Frigide Barjot et d'autres qui insistaient bien sur leur amour des « z-homos » se trompant car finalement tout les cathos de « LMPT » étaient dans le même sac de réacs. Un catholique qui ouvre sa gueule, un catholique qui ne se laisse pas tondre, ne tendant pas docilement la joue droite quand on il reçoit un bourre-pif sur la gauche est forcément un « intégriss' »...

Donc, toute personne qui ne partage leurs convictions et certitudes sur la foi est intégriste en somme, tout comme ceux parmi les catholiques qui seraient choqués par leur œuvre commune, ce qui est toujours un peu facile comme argument car fermant d'office toute discussion sur leur travail. Et le tout pour défendre une histoire étant au fond une variante du genre « Rape and Revenge », à la manière de « l'Ange de la Vengeance » de Ferrara, dans lequel déjà on trouvait des allusions provocatrices au catholicisme, quoi que Ferrara soit lui-même catholique voire même mystique nonobstant son « travail du négatif » (TM°) qu'il poursuit dans tous ses films dont « Bad Lieutenant », la différence étant que Ferrara réalise des films dits « de genre » avec plus d'humilité dans le propos mettant son art au service d'une histoire, ne cherchant pas obligatoirement à faire de ses personnages des archétypes caricaturaux au service d'une démonstration idéologique. L’auteur invoquant le fait que c'est une "comédie noire", c'est "de l'humour" fait rire lui-même car il a bon dos cet argument qui rappelle celui du "rire de résistance" et d'une dérision à sens unique, la dérision la vraie frappant tous azimuts...

Certes, il est honnête de préciser que la mère jouée par Astrid Whettnall est un personnage au début du film plutôt finement décrit et amené, une croyante positive. C'est après que ça se gâte. Le réalisateur et son interprète font de plus mine de s'étonner des réactions que l'affiche du film a pu provoquer, alors que celle-ci est visiblement conçue pour provoquer le scandale et faire parler, créer le « beuze » (TM°) car il y aura toujours un catholique, et pas seulement de « Civitas » pour s'en émouvoir, ce qui quand même normal et facile à comprendre en faisant preuve d'un minimum de subtilité psychologique.

De plus l'incompréhension de ce qu'est la foi de Vincent Lannoo et Astrid Whettnall est assez commune. Elle repose sur le fait qu'ils pensent comme beaucoup d'athées que la foi doit se justifier rationnellement alors que par définition, et contrairement à ce que croient également certains chrétiens, elle ne peut l'être. Ontologiquement, la foi est irrationnelle, ce qui ne signifie pas pour autant une vision figée de l'histoire sainte, de l'histoire de l'église et de ses dogmes, la remise en cause de tout cela venant dés les origines de l'intérieur de l'Église même.

Il y a également dans ce film une absence de nuances sur toutes les figures de prêtres, tous bons à flinguer, tous odieux, tous insupportables, excepté peut-être celui joué par Philippe Nahon quand même plus crédible en ancien gangster ou en flic ripou, son personnage ne dénonçant pas la justicière maternelle car faisant en quelque sorte par là un acte de contrition. Ce manque manifeste de subtilités rappelle le film « Priest » d'Antonia Bird sorti en 1998 en salles dans lequel les deux jeunes prêtres gays et en blousons noirs étaient les deux seuls personnages d'Église à sauver, tous les autres étant forcément nuls.

Cette animosité envers l'Église, si elle naît de par une facilité, des préjugés, provient aussi finalement de l'attitude de nombreux clercs, curés et religieux ayant oublié en route qu'ils étaient d'abord des pasteurs, étant même appelés à être des « bons pasteurs » tous, ce qui n'est pas une tâche facile j'en conviens, tout comme les croyants ont perdu de vue que c'est ce qu'ils vivent quotidiennement qui compte le plus et non simplement les bonnes intentions ou les gestes sur-affectifs des grands rassemblements où tout le monde s'aime oubliant le voisin le lendemain. Nous garderons un silence pudique sur le cas des personnes seules et,ou malades qui le restent si elles ne sont pas d'un statut social reconnu, qu'elles ne font pas partie d'un milieu dans la plupart des paroisses, leurs frères et soeurs dans la foi se hâtant de justifier le plus souvent leur indifférence par une psychologisation sauvage de ces personnes réputées ou « sauvages » ou « écorchées vives »...

Enfin, je crois que ce sont des catholiques qui les premiers ont osé aborder la question de la pédophilie dans l'Église, mais tant qu'à aborder l'hypocrisie concernant ce sujet, allons-y globalement et clairement, évoquons ces politiques qui évoquaient la « sexualité infantile » encore au début des années 90, parlons de ces célébrités respectées et honorées qui avouent comme une blague leurs penchants pour les petits garçons et les petites filles sans omettre dans cet inventaire sinistres tous les éducateurs ayant profité de leur statut pour abuser sexuellement des enfants. Dans le film, la mère tue les pédophiles, en matière de justice, rappelons que ceux qui se font prendre ne demanderaient que ça, la peine de mort, subissant lorsqu'on les envoie en prison des supplices autrement plus durs de la part des autres détenus.

Et notons que notre société qui incite les jeunes filles à des tenues et des attitudes marquées par une sexualité qui se doit d'être agressive, à ressembler le plus tard possible à des ados à peine post-pubères est elle-même une société pédophile en quelque sorte...

Affiche "site metronews"


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