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[Festival de Cannes 2014] “Party girl” de M.Amachoukeli, C.Burger, S.Theis

Publié le 16 mai 2014 par Boustoune

(Présenté dans la section “Un Certain Regard” / Film d’Ouverture)

Party girl - 2Angelique a passé sa vie à travailler comme danseuse, puis comme entraîneuse dans des cabarets,  à la frontière entre l’Allemagne et la Moselle. Elle aime encore l’ambiance de ces soirées, la danse, l’alcool, les hommes… Mais, à soixante ans passés, la beauté déclinante, elle n’a plus autant de clients qu’au temps de sa splendeur. Elle ne peut pas faire valoir ses droits à la retraite, car elle a travaillé au noir quasiment toute sa vie, et le RSA ne lui suffirait pas à se payer un logement décent. Alors elle continue de travailler et bénéficie de l’hébergement offert par le cabaret, une chambre minuscule.
Mais un jour, Michel, un de ses clients, éperdument amoureux d’elle, lui propose de l’épouser.
Elle peut emménager chez lui, avoir enfin une vrai maison, avec un jardin,où elle pourra réunir ses enfants, nés de nuits d’ivresse et d’étreintes torrides auprès de parfaits inconnus. Et le mariage est peut-être même l’occasion de renouer le contact avec sa benjamine, qui lui a été retirée, des années auparavant, pour être placée dans une famille d’accueil.
Seulement voilà, quitter le monde de la nuit pour vivre au grand jour n’est pas une chose aisée. Accepter de renoncer à une part de sa liberté non plus.
A mesure que la noce se prépare, Angélique est de plus en plus en proie aux doutes, tiraillée entre sa nature de papillon de nuit et la nouvelle vie qui s’offre à elle…

Cette histoire, c’est celle, à peine romancée, d’Angélique Litzenburger, qui incarne son propre rôle dans le film, et donne la réplique aux membres de sa propre famille et à ses propres amis.
On pourrait donc trouver logique que tout sonne parfaitement juste dans ce récit entrelaçant intimement fiction et autobiographie : les dialogues, les situations, les personnages… Mais il a probablement fallu un important travail préparatoire, à l’écriture, puis l’instauration d’une forte relation de confiance entre les auteurs et les différents protagonistes pour parvenir à un résultat aussi probant.
Le risque, avec tous ces comédiens non-professionnels, voire ces “non-comédiens”, était qu’ils surjouent leur propre personnage. Mais ce n’est pas du tout le cas ici. Tous évoluent à l’écran avec beaucoup de naturel, portés par la complicité qu’ils entretiennent  avec  le trio de réalisateurs Marie Amachoukeli/Claire Burger/ Samuel Theis, des complices de longue date qui connaissent bien la famille d’Angélique. Et pour cause : Samuel est le fils cadet d’Angélique et son premier moyen-métrage, Forbach, réalisé avec les deux femmes, avait déjà pour thème central et comédiens sa propre famille. Ce long-métrage n’en est que le prolongement…

Les cinéastes auraient pu, s’ils l’avaient voulu, se simplifier la vie en tournant un documentaire. Ils ont préféré raconter cette histoire comme une fiction, déjà parce que le romanesque est plus à même de toucher les spectateurs, et ensuite pour canaliser le tempérament bouillonnant d’Angélique, structurer un peu sa vie compliquée. La fiction sert à surligner certains traits de caractère, à amplifier des enjeux dramatiques, mais c’est bien le réel qui est affiché à l’écran. Le contexte est conforme à la réalité, l’histoire du mariage et du changement de vie aussi. Idem pour les rapports entre Angélique et ses enfants, et notamment la petite dernière, Cynthia.

Le film séduit par ce mélange de réalité et de fiction, par l’authenticité qu’il véhicule. Il a aussi le mérite de s’intéresser à une catégorie professionnelle assez méconnue – celle des entraîneuses de cabaret – et une région délaissée par le cinéma – la Moselle, région des anciens mineurs, aujourd’hui sinistrée économiquement – sans pour autant verser dans le drame social misérabiliste.

Party girl est une oeuvre irriguée par la vie et par l’amour. Un formidable portrait de femme libre et insoumise, que n’auraient pas renié les auteurs qui les ont inspirés, de Pialat à Cassavetes, en passant par Barbara Loden.

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