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Maman, pourquoi n’es-tu plus là ?

Publié le 25 juin 2014 par Ma_zelle @ma_zelle

Rail13 ans que tu as disparu maman

Il y a 13 ans, ce n’est pas le Destin qui a décidé de t’arracher la vie. Non.

C’est pire. C’est toi maman. C’est toi maman qui a décidé d’arrêter de vivre, qui a voulu disparaître. C’est toi qui a fait ce choix sans retourpossible.

Il y a 13 ans maman, je t’ai entendu te lever…
Comme une dernière volonté, tu as voulu dormir avec moi.
Si j’avais su maman.

Etrangement, au simple son des tiroirs qui s’ouvrent et se ferment, je savais que quelque chose n’allait pas dans ton comportement.
Comment?
Je ne sais pas. L’instint peut-être ? L’instinct qui unit une fille à sa mère sans doute, car ouvrir et fermer un tiroir, aller à la salle de bain sont des choses somme toute banales. Pourtant, je le savais, là, au fond de moi ce jour-là. Ca aurait pu être avant, plus tard. J’aurai pu douter plus d’une fois avec toutes ces tentatives que tu as faites. Mais non. C’est ce jour-là que j’ai su.
Peut-être est-ce d’entendre le sèche-cheveux qui m’a mis la puce à l’oreille… Toi qui ne prenait plus soin de son apparence depuis si longtemps.
Peut-être. Je ne sais pas. Je ne saurais jamais.

La porte claque. Tu es partie.
Je me lève enfin. Je n’avais pas osé le faire plus tôt, de peur de croiser ton regard… de peur de te voir faire une crise, de peur que tu me fasses encore du mal.

Si j’avais su maman, j’aurai eu la force d’avoir mal, de te voir pleurer et hurler encore.
Si j’avais su.

Mais tu es partie et au fond de moi, je sais que tu ne reviendras jamais.
Je sais que quelque chose de grave va arriver. Je le sais. Je le sens. Mais tu es ma mère, et pour moi une mère ne peut pas faire une chose comme ça ; je me raccroche à cette idée : une mère ne peut pas s’ôter la vie. Une mère ne peut pas abandonner son enfant par la mort. Les mamans ne font pas ça.
Je me raccroche à cette idée, mais voilà, cette intuition est quand même là, au fond de moi, dans mon cœur, dans mon corps, de mes tripes.

13 ans que je suis hantée par la violence, la brutalité et la froideur de ton choix. Ces images : toi, le train, le bruit, les hurlements ? Ton corps détruit ?
Cette volonté d’en finir tellement inhumaine, tellement radicale.
Je n’ai pas vu.
J’ai juste su : la violence et la froideur des mots qu’on eu les gendarmes venus m’annoncer la « nouvelle » résonnent encore : « Il ne reste rien du corps… un tas. Elle portait un bijou qui permettra de reconnaitre le cadavre ; dîtes à votre père de venir au commissariat dès qu’il peut ».
Ils sont partis ; je suis restée seule dans notre maison.
Pas une larme. Rien. Je ne comprends pas. Je suis un monstre.

Je ne ressens rien. Je sais, mais je n’y crois pas. Une maman ne fait pas ça à son enfant. Non.
J’ai 17 ans. Ma vie vient de basculer. Complètement. Radicalement. Mais je ne comprends pas. Tout ça est tellement surréaliste.

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J’avais donc raison. Je savais. J’avais pourtant prévenu tout le monde. Je leur avais dit mais pour seules réponses, je n’ai eu que des : « Tu n’es qu’une gamine, ne te mêle pas de ça ».
Pourtant tout le monde est partie quand tu as commencé à sombrer maman. Je suis la seule à être restée, maman. Je t’ai écouté hurler, insulter. Je t’ai vu  pleurer, taper, te saouler. Je t’ai vu te déchirer, te détruire pendant 2 ans, te battre contre toi-même, te battre contre la vie. Impuissante face à ta détresse.
Tu m’en as voulu de vider tes bouteilles dans l’évier… tu m’en as voulu de t’avoir quelques fois évité, par peur de toi. Mais moi, je suis quand même restée, maman.
Alors pourquoi toi m’as-tu abandonnée ?

Ces mots me hantent.

L’image de mon père pleurant, hurlant, me hante.
L’image de moi-même, froide, impassible, me hante. J’ai mis du temps à réaliser.

J’ai lu la lettre que tu m’as laissé maman. Je ne comprends pas.
Tant de questions qui resteront à jamais sans réponse.

Pourquoi ?
Mais putain, pourquoi ?

Pourquoi comme ça ?
Qu’as-tu pensé en voyant ce train?
As-tu souffert ?
Voulais-tu vraiment mourir ou étais-tu encore bourrée et tu n’as pas mesuré le danger ?
As-tu eu peur ?

Parce que moi maman. J’ai peur.
Mais putain, pourquoi as-tu fait ça maman ?

Pourquoi as-tu gardé ce bracelet que je t’ai offert à la fête des mères juste avant ? Pourquoi n’avoir gardé que celui-ci ? Sais-tu maman que ce putain de bracelet est la seule chose qui a permis d’identifier ton corps? Sais-tu dans quel état est ce bracelet maintenant ? Je ne peux qu’imaginer la violence du choc.
Pourquoi faire ça maman ?
Avais-tu envisagé ce scénario macabre ? Depuis combien de temps savais-tu ?
Pourquoi ce jour-là ?
Pourquoi as-tu voulu dormir avec moi cette nuit-là… Pour que je sois près de toi ? Par Amour d’une mère pour sa fille ? Alors pourquoi as-tu fait ça putain ?

As-tu pensé à tout le reste ? Les gens que tu aimais et que tu as laissé. Les gens qui t’auraient aidé dans les bons comme les mauvais moments, ceux qui t’ont soutenu malgré ta descente aux enfers…
Maman, sais-tu qu’il existe des gens de confiance sur Terre ? Des gens qui t’aiment quelque soit ta vie, tes choix, tes erreurs, tes souffrances ?
Maman, tu es partie trop vite pour en prendre conscience.

Maman, comment vais-je faire sans toi ? Sans toi dans mes choix de vie, mes projets ?
Maman, que dirai-je à tes petits enfants sur toi alors que je me souviens à peine….
Que vais-je leur raconter ? Que mamy était triste, tellement triste qu’elle s’est tuée ? Quelle leçon vont-ils en tirer ?
Pourquoi as-tu pensé que tu soulagerais tout le monde en partant, alors qu’en fait tu as fait tant de mal en disparaissant ? Depuis ton départ, je ne peux pas prononcer ton nom à ta meilleure amie sans qu’elle s’éffondre. Ta mère a sombré dans l’alcoolisme, ta soeur dans la dépression, ton père a déclenché Alzheimer dans la foulée. Mon père s’est encore plus renfermé et tous tes autres « potes » nous ont fuit comme la peste ; J’ai même dû récupérer notre chienne qui était en train de se laisser mourir de tristesse… Quant à moi. Non.
N’en parlons pas.

Tu es dans mes veines ; je suis un peu de toi.
Ton existence se résume maintenant au poids de ton absence.
Tu as présumé, à tord, que je pourrais vivre sans toi. Tu m’avais même posé la question la veille… et je te l’avais dit. Je t’avais dit qu’un enfant a toujours besoin de sa maman. Quel que soit son âge. Mais toi non plus, tu ne m’as pas écouté.

Les années passent. Le manque, la peine, les questions sont toujours là. Tous les jours.
Maman, tu n’imagines pas à quel point tu me manques. A quel point j’aimerai pouvoir vivre quelques heures à tes côtés pour te connaitre un peu. Juste un peu ; pouvoir te dire « je t’aime » ; simplement. Des mots que j’ai à peine eu le temps de te dire.
17ans de vie à tes côtés, c’était trop court. Beaucoup trop court.
Tous les jours depuis 13 ans j’y pense. Je pense à ce que tu aurais pu me dire, penser. Tous les jours… et ça sera ainsi jusqu’à la fin de ma vie. Y as-tu pensé à ça ?
Non

Les années passent… il parait que je deviens ton portrait craché avec les années. Je renvoie ton image à nos proches.
Mais maman, qui étais-tu ?

Tu m’as toujours dit que j’étais ta plus belle réussite. Ta plus grande fierté.
Maman, toi, tu es ma plus grande absence, ma plus grande incompréhension.
Mon plus grand vide.

La mort a été ton appel, ton échappatoire; la seule issue que tu as vu à ce moment là.
Maman, si tu savais à quel point tu t’es trompée.
Le suicide n’est pas un choix, c’est un «non-choix» : on se suicide parce qu’on pense ne plus avoir aucune solution pour cesser de souffrir. Or, la mort ne supprime pas seulement la souffrance, mais la vie toute entière ; le suicide ne règle pas un problème. Il enlève une vie. Il enlève une amie, une femme, une fille. Une maman.

Maman, je suis maintenant ta continuité.
Tu vis en partie à travers moi.
Tu as fait le choix d’en arrêter avec la vie et à travers cette décision, tu m’as aussi donné la plus énorme des leçons de vie. J’ai longtemps cru qu’on échappait aux problèmes par la fuite. La disparition. Mais c’est faux.
Par ton geste, je suis devenue celle que je suis à présent. Je sais grâce à toi que rien n’est insurmontable. Maman, tu t’es trompée… Si tu savais. Si tu savais à quel point rien n’est impossible.
Mais tu n’es plus là pour que je te le dise.
Alors j’avancerai pour toi. J’avancerai quoiqu’il arrive pour te montrer ; te montrer que malgré tout ce qu’il peut se passer, on s’en sort toujours. J’aurai préféré le faire avec toi à mes côtés. Je ferai sans. Mais j’y arriverai. Tu verras. Pour toi. Pour nous. Pour te montrer que finalement tu avais raison : je suis plus forte que ce que je ne pense.

Mais maman, ça fait 13 ans que je ne t’ai plus vue, et que je ne te reverrai jamais plus ; si tu savais comme tu me manques et comme cela fait mal. Si seulement tu savais maman.

Le temps n’efface pas la douleur, ni le manque.
Le temps permet seulement de mieux les canaliser.
Chaque année qui passe me le rappelle un peu plus. Mais c’est tellement dur.

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