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La bécasse et les trisomiques

Publié le 29 juin 2014 par Amaury Watremez @AmauryWat

Télévision, société, politique, Enora malagré, Amaury Watremez, bécasse

Mon ode à Enora par ici

 image ci-contre sur "le plus" du Nouvel Obs

Enora Malagré est un « sapin de Noël » (je rappelle que pour éviter de dire que quelqu'un est con, il faut dire que c'est un « sapin de Noël », technique desprogienne). Elle concentre en elle tout ce que j'adore (ironie ami lecteur, je précise) dans cette époque étonnante quant à la bêtise qu'elle laisse passer sur les écrans : la suffisance, l'inculture assumée sans problèmes, le premier degré sans remords ni honte, les lieux communs balancés sans scrupules.

Et le pire est que la plupart des gens que ce soit sur le réseau des réseaux ou dans la vie réelle, deux plans d'existence de plus en plus confondus, disent ne pas regarder le genre de shows décérébrés qui font pourtant des scores faramineux à l'Audimat et dans lesquels on trouve des « sapins de Noël » par paquets de douze sans honte de l'être, comme la blonde Enora. Dans les sondages concernant la télévision, tout le monde regarde « Arte » avec passion il est vrai, personne ne regarde jamais les trucs à la noix.

Enora Malagré donc de l'émission « Touche pas à mon poste » sur « Direct 8 », la chaîne de Roselyne Bachelot, c'est dire sa hauteur de vue,, de ces spectacles à donner le vertige des abîmes, a sorti concernant les trisomiques une sottise grotesque sur leur laideur, leur mocheté. Elle n'essayait pas de titiller le politiquement correct ou de faire du second degré caustique dans le genre d'un sketch de Desproges ou de Timsit, où l'humour est juste la politesse du désespoir, elle n'a pas le talent de « l'humour de cimetières », c'était juste débile, une saillie d'une potiche parlante qui se donne le genre affranchi en plaçant un mot en verlan par ci un « wesh » par là qui ne juge que sur les apparences et le pognon exhibé.

Sur les réseaux dits sociaux sa bêtise a suscité aussitôt une levée de boucliers, dont le mien, que l'on peut parfois trouver certes un peu hypocrite, car dans ceux qui se sont scandalisé de la « blague », la majorité se soucie d'abord et avant tout de l'apparence chez les autres, comme Enora, et dans la vie de tous les jours a généralement un reniflement de dégoût à peine camouflé quand elle croise un mongolien dans la rue, tout en affirmant combien elle les trouve sympacool et gentils par ailleurs et teeellement pleins de joie de vivre.

Et curieusement les handicapés dans notre société sont toujours autant méprisés voire dédaignés. Les mêmes qui s'émeuvent de la phrase d'Enora n'inviteront pas plus les parents d'enfants trisomiques parce qu'ils trouvent que « quand même...bon, c'est pas que.... mais enfin... (silence gêné) ». C'est un peu comme ces laudateurs de la « beauté intérieure » sur « fècebouc » ou « Touitteure », qui recherchent d'abord et avant tout « l'amitié » des jolies filles et jolis garçons ce qui flattera leur « ego ».

Cela m'a rappelé aussi ce que l'écrivain Norman Spinrad disait dans les années 80 après la sortie du film « Rain Man ». Il rappelait que les autistes dans la vraie vie sont beaucoup plus violents, avec eux-mêmes, avec leur entourage, qu'ils font parfois leur besoin à même le sol, qu'ils sont moins « mignons » que Dustin Hoffman dans le film, que par ailleurs il aimait bien.

Et que là par contre c'est un challenge autrement plus fort que de s'y intéresser avec sincérité que de faire preuve d'humanité à leur encontre. Mais il s'agirait alors de dépasser la superficialité, et l'égotisme fou, et cynique, et étriqué, qui sont devenus les normes de comportement en 2014.


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